Biographie d’un âne, le nouveau roman de Hassan Aourid
Sirat Himar, paru le mois dernier aux éditions Dar al Amane, est une critique à l’omniprésence de la religion, à la décadence culturelle de l’Afrique du Nord et à certains aspects du pouvoir.
L’histoire se passe à Alili, la capitale de la Maurétanie-Tingitane, province africaine de l’Empire roman. De retour au bercail, après de longues et riches études, Aderbal, un jeune homme pétri de culture et de philosophie, s’éprit de la femme du gouverneur de la ville.
A mesure que leur idylle se développe, le besoin de fuir les yeux réprobateurs et l’anathème, auxquels leur relation secrète pourrait les exposer, s’intensifie. La servante leur propose alors un élixir qui a le pouvoir, ou la magie, de transformer des êtres humains en oiseaux. Aderbal ouvre le bal et boit la liqueur jusqu’à la lie. Mal lui en a pris, le jeune érudit s’est métamorphosé, devant les yeux pétrifiés de sa maîtresse, en âne plutôt qu’en oiseau.
C’est ainsi que commencent les tribulations de l’animal, qui n’a gardé de son ancien “statut“ d’humain que les facultés intellectuelles.
Tantôt honni, tantôt adulé, Aderbal met le lecteur, au gré des aventures et des situations, face à des questions philosophiques ouvrant la voie à différentes interprétations. L’auteur critique ici l’omniprésence de la religion et l’instrumentalisation dont elle fait l’objet ainsi que la décadence culturelle de l’Afrique du Nord.
Une allusion est faite, en filigrane, à la déception qu’a engendrée ce qu’il est convenu d’appeler «le Printemps arabe» notamment en Egypte, qui, autrefois, brillait par son art et son ouverture au monde. L’auteur de «Le Morisque» revient aussi sur l’ancienne culture amazighe où la raison et la rationalité primaient sur les dogmes. «Il s’agit de rappeler qu’il existait bien des cultures avant la nôtre», nous explique Hassan Aourid.
D’ailleurs, «Sirat Himar» s’inspire, du moins dans la forme, d’un livre d’Apulée, un romancier berbère du 2ème siècle. L’Ane d’or, c’est le titre du roman, connu aussi sous le titre «Les Métamorphoses», raconte l’histoire d’un amant transformé, par accident, en âne par sa maîtresse.
Toute la symbolique est là: il s’agit d’un roman écrit en latin par un berbère, probablement le premier romancier de l’histoire, où l’amour et l’érotisme sont présents.
Un autre chef-d’œuvre a guidé la conception de Sirat Himar: “La Métamorphose“ de l’écrivain tchèque Franz Kafka, dans lequel le personnage principal, Gregor Samsa, découvre, au réveil, que son corps s’est métamorphosé en un grand insecte.
Tout comme La Métamorphose de Kafka et Les Métamorphoses d’Apulée, le roman offre autant d’interprétations que de lectures. D’inspiration autobiographique? «Le livre contient surtout des questions philosophiques. Il n’y a que deux parties du livre qui contiennent des messages politiques», nous répond Hassan Aourid
Lisez-le, de préférence, sans a priori.
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