Comment de hauts responsables “empruntaient“ des manuscrits précieux sans jamais les rendre
La rumeur en courait depuis plusieurs années. Des personnalités marocaines influentes auraient pillé la Bibliothèque nationale, la dépouillant de nombreux manuscrits précieux. Confirmation aujourd’hui même si les noms ne sont pas révélés.
Driss Khrouz, le dynamique directeur de la BNRM (Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc), vient de le confirmer. Dans une interview au quotidien Al-Ittihad Al-Ichtiraki, il en parle avec pudeur et retenue, mais on sent bien, sous les mots, une certaine amertume et la douleur de l’homme de culture.
M. Khrouz ne cite pas de noms. Ils sont tous décédés. Mais ses mots fusent comme des missiles: des manuscrits et des collections ont été dépouillés, volés, offerts en cadeaux. Les auteurs étaient des responsables de haut niveau. Cela s’est passé après l’indépendance et il a fallu le démarrage de la BNRM en 2004 et la nouvelle direction, pour que cette hémorragie soit définitivement stoppée. Ahmed Toufiq avait été nommé en 1995 directeur de la Bibliothèque générale et avait immédiatement entrepris un travail de longue haleine pour répertorier, classer, préserver et protéger les manuscrits. Mais c’est en 2004 qu’il a été mis définitivement un terme aux vols.
Un exemple? Dans le même entretien, M. Khrouz cite des manuscrits de malhoun : “nous savons qui les a pris, mais nous ne savons pas où elles sont“. Car l’auteur du larcin est décédé. Et ses héritiers disent n’en trouver aucune trace.
Joint par Médias 24, M. Khrouz confirme et refuse de citer des noms. “Il y avait l’impunité la plus totale. Heureusement que le Maroc est sorti de ce système“.
En 2004, M. Khrouz prend la direction de la BNRM. Il écrit plusieurs fois aux familles des personnes qui ont “emprunté“ des manuscrits ou des livres rares pour en demander la restitution, nous raconte-t-il. “Il y a eu quelques restitutions par des héritiers“, mais il ne s’agit pas des documents les plus précieux. “Mon inquiétude, ce serait que ces ouvrages aient quitté le Maroc“.
Peu après l’ouverture de la BN, l’un des responsables connus come emprunteur endémique de manuscrits, se présente en personne pour se livrer à sa passion favorite et probablement lucrative. Avec beaucoup de persuasion et de douceur, les responsables de la BN arrivent à le convaincre que ce n’était plus possible. Ce fut le dernier épisode de ce triste feuilleton.
Et aujourd’hui ?
Les temps ont changé. La bibliothèque nationale n’est pas un simple lieu de stockage comme le fut la Bibliothèque générale. Elle est dotée d’une vision, il y a un projet, un budget, des activités, un siège digne du Maroc.
Elle est le centre d’une multitude d’activités de la création et de la pensée, les deux mamelles d’une civilisation. Avec aux commandes Driss Khrouz, ami des artistes et des penseurs, généreusement impliqué, mécène désintéressé.
“Depuis 2004, il y a un rétablissement de la confiance à l’égard de la BN. Nous recevons énormément de dons, y compris de nombreux manuscrits.“
La BNRM contient aujourd’hui plus de 600.000 ouvrages, 35.000 manuscrits, 20 km de linéaires de journaux et 110.000 revues.
Elle est devenue une institution et un creuset de culture.
Si vous voulez effectuer une donation ou simplement connaître les activités accueillies par la BNRM, se connecter sur le portail.
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