Tourisme: “Il est trop tôt pour se prononcer sur l’incidence des attentats parisiens”
Toute la profession se pose la question de savoir comment se portera le secteur touristique d’ici fin 2015. Les réactions sont à l'attentisme.
Interrogés par Médias 24, le ministre du Tourisme, l’ONMT, le CRT de Marrakech et le syndicat national français des agents de voyages (SNAV) temporisent et réfutent l’alarmisme ambiant.
Malgré ce que l’on pourrait penser, l’impact négatif des attentats à Paris sur le tourisme marocain ne s’est toujours pas fait sentir de manière sensible sur des destinations phares comme Marrakech.
Abdellatif Abouricha, chargé de communication du centre régional du tourisme de la ville ocre, réfute l’affirmation de ceux qui pensent que la saison touristique est d’ores et déjà compromise.
"Il y a eu quelques annulations au lendemain des attentats parisiens mais rien de dramatique car les marchés français et belge chutent depuis un an. La conjoncture mondiale est à la baisse mais les Anglais et les Allemands sont de plus en plus nombreux à visiter Marrakech et le reste du Maroc."
Selon lui, il faudra attendre les jours suivant les fêtes de Noël pour se prononcer sur l’éventuelle incidence des attaques terroristes sur la destination Marrakech.
"Noël permet de réunir les membres d’une famille autour d’un bon dîner. Nous aurons donc une vraie visibilité au lendemain de cette fête car c’est à partir de là que les gens se décident à voyager. Il est beaucoup trop tôt pour juger de l’impact et faire un bilan car tout se joue à la dernière minute."
Il pense prématuré de se livrer à des conjectures car même le Maroc a passé sans beaucoup de dégâts une période difficile durant les 11 derniers mois; le pays s’est distingué en résistant au lendemain des attentats tunisiens.
"Notre système de sécurité et notre crédibilité à l’international fait que le Royaume a fait preuve de résilience. Nous avons 50.000 étrangers résidents à temps plein dans la ville de Marrakech sans parler des 1.200 propriétaires étrangers de maisons d’hôtes qui appartiennent à 70% à des Français. "Je ne me réjouis pas du malheur des autres mais si les terrasses à Paris ou à Bruxelles sont désertées, celles de Marrakech sont pleines d’Anglais, d’Allemands, d’Italiens et même de Français."
Pour lui, le problème des opérateurs n’est plus de gérer des périodes post-attentats qui touchent toute la planète mais est plutôt de s’adapter à la donne des réservations qui a complètement changé.
Le last minute et les réservations par internet changent le tourisme
"Il n’y a pas si longtemps, les réservations hôtelières se faisaient entre un à trois mois à l’avance. Désormais, le last minute bouscule toutes les prévisions, un hôtel vide peut se remplir en 3 jours. Les décisions d’achat des offres véhiculées par internet ont complètement changé le choix des voyageurs."
Le ministre du touriste, Lahcen Haddad reconnaît quant à lui que 48 heures après les attentats de Paris, il y a eu des annulations de départ mais que 10 jours après, ce phénomène a disparu. "Il est trop tôt pour se lancer dans une analyse, il faudra attendre le 28 décembre pour être fixés."
Interrogé sur la portée de l’étude sur le tourisme interne dévoilée lundi 23 novembre, le ministre déclare que le tourisme national n’a pas vocation à remplacer totalement les marchés étrangers. "C’est un marché important qui représente 30% de l’ensemble de nos recettes touristiques (31 MM DH sur 107 MM DH). Nous allons continuer à le développer en poussant les opérateurs à fournir des offres plus adaptées au portefeuille des Marocains."
Abderaffie Zouiten trouve qu’il est indécent de céder à l’alarmisme alors que la France enregistre des baisses de recettes comprises entre 50% et 80% dans les secteurs de la distribution et du tourisme. "Après ces terribles attentats, il ne faut pas s’étonner que les gens n’aient pas la tête à voyager dans le contexte actuel au départ de la France. Le conjoncturel impactera pendant un à deux mois certaines destinations mais il est trop tôt pour se prononcer sur les répercussions. Je m’inscris en faux contre les déclarations alarmistes car le meilleur moyen de casser un produit est d’en parler négativement."
Le directeur de l’Office National Marocain du Tourisme poursuit que l’attractivité touristique du Maroc est excellente surtout en cette période où l’amalgame fait partout ailleurs des ravages. "Il faut continuer à démarcher des clients car ce qui nous manque, c’est une force commerciale capable de vendre. Pour Marrakech, il n’y a pas de craintes à avoir car les fondamentaux sont bons."
Abderrafie Zouiten rappelle qu’entre 2000 et 2014, le Maroc est passé de 4 millions à 10,7 millions d’arrivées alors que la planète a vécu une multitude d’événements tragiques ou géopolitiques.
"Direction Maroc" pour promouvoir le tourisme national
Sur la place du tourisme interne, notre interlocuteur révèle que l’ONMT a créé il y a quelques mois un nouveau département intitulé "Direction Maroc" chargé de la promotion du tourisme national.
"Le tourisme interne fait partie d’une stratégie permanente de l’office. Pour marcher à l’international, une destination doit d’abord marcher à l’intérieur du pays."
Contre toute attente, le vice-président du syndicat national français des agents de voyage nous apprend qu’en octobre dernier, la destination Maroc a connu une belle reprise en matières de départs et de réservations des touristes français passant par les agences de voyage. "Les chiffres sont bons et le Maroc est revenu dans le top 5 des destinations préférées des Français. Quantitativement et qualitativement, les prises de commandes ne cessent d’augmenter."
Concernant l’impact des attentats parisiens, Richard Soubielle pense lui aussi qu’il est trop tôt pour se livrer à des commentaires. "La baisse de la consommation générale a été tellement brutale en France et à Paris en particulier qu’il serait hasardeux de commenter les répercussions à l’international."
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