Démarrage de l’année 2016, ce qu’en pensent les décideurs économiques
Dans cet article, Médias 24 donne la parole au ministre de l’Economie et des finances, à des banquiers, ainsi qu’à des présidents de fédérations et d’associations professionnelles. Chacun d’entre eux nous fait part de son appréciation de la conjoncture en ce premier trimestre 2015 et de ses prévisions pour le reste de l’année.
Dans le microcosme économique, le constat est quasi-général : l’année démarre difficilement. Le retard des pluies a accentué ce sentiment de malaise, mêlé à de l’attentisme. Pour y voir plus clair, il faudra que le premier trimestre soit bouclé et que les bilans soient déposés, nous confient de nombreuses sources.
Et puisqu’il s’agit de perception, le côté cérébral a son mot à dire. Le terme sécheresse revenait en boucle depuis décembre 2015 jusqu’à la mi-février 2016, créant un climat d’insécurité tous secteurs confondus. La crise que connaît l’Europe, principal partenaire économique du Maroc, a apporté son petit grain de sel.
«Dans les affaires, la décision d’investir ou pas est motivée in fine par le flair. Personne ne sait exactement de quoi demain sera fait, si les signaux envoyés ne sont pas bons, peu de chefs d’entreprise font le pari d’investir», déclarent en substance des opérateurs que nous avons interviewés. Pour évaluer l’actuel, ils regardent dans le rétroviseur et comparent ce début d’année avec la même période de 2015. Le constat est sans appel.
Certains secteurs considèrent la stabilisation comme une prouesse et démarrent l’année avec optimisme. D’autres, en perte de vitesse depuis 2012, font figure de prudence et préfèrent attendre les premiers signes concrets de relance pour reprendre confiance.
Témoignages.
Ahmed Rahhou, PDG du CIH
2016 n’a pas connu de fléchissement, mais elle a continué sur la tendance constatée en 2015. Globalement, les volumes d’engagement de crédits sont restés stables, les dépôts continuent, quant à eux, de progresser.
Suite aux différents échanges avec les autorités, Bank Al Maghrib et la CGEM, nous nous attendons à ce que des mesures concrètes puissent être prises dans les prochaines semaines, pour booster l’investissement. Des annonces ont été faites, mais elles n’ont pas encore donnée de résultats perceptibles.
Si on fait une analyse par secteur, force est de constater que l’automobile se porte très bien, avec l’annonce de nouveaux investissements. Idem pour les énergies renouvelables et l’aéronautique.
Les secteurs traditionnels souffrent un peu. Je peux citer à titre d’exemple la métallurgie, le textile ou l’agroalimentaire, mais des perspectives de relance existent. Et c’est important.
Pour ce qui est du BTP, il paye le prix du ralentissement de l’immobilier et d’un certain nombre de grands projets.
Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des finances
Notre économie connaît une décélération du crédit depuis quelques années, mais celle-ci s’est accentuée en 2015. Le crédit n’a augmenté que de +2,5%.
Entre autres, nous constatons une pause salutaire dans les crédits immobiliers, qui tiraient l’ensemble. Par contre, l’investissement étranger progresse et l’investissement industriel reprend.
Les banques évoquent une baisse de la demande de crédits de la part des opérateurs, qui à leur tour critiquent les banques.
La vérité est entre les deux : les banques sont certainement plus prudentes, car il y a eu des défaillances.
L’impression générale qui prévaut dans le microcosme économique est que l’année a démarré avec un retard de pluies, en plus de l’équation politique, car le Maroc est en année électorale et enfin, avec la perception d’un gap avec l’année qui a précédé.
Personnellement, je suis confiant. Il faut attendre la fin du 1er trimestre, les pluies ont provoqué un déblocage psychologique, certains secteurs comme les textiles surperforment.
Mfadel Lahlaissi, directeur général délégué pôle entreprises BMCE-Bank.
La baisse de la demande de crédits n’est ni catastrophique ni inquiétante pour notre économie:
-le taux de croissance global de ces dernières années ne permet pas de créer une demande forte en investissements, en consommation, en immobilier,…
Nous avons subi les affres de la crise chez nos partenaires, en particulier l’Espagne et la France. L’économie marocaine a montré une résilience extraordinaire. 5 à 6 ans après, notre résilience s’essouffle et c’est normal. Nous ne voyons toujours pas de reprise dans ces deux pays.
Notre taux de croissance situé entre 3,5 à 4% n’est pas suffisant pour une économie jeune comme la nôtre.
Il existe donc une corrélation entre la baisse de la demande de crédits et le taux de croissance.
-Le marché domestique a lui aussi subi le contrecoup de la situation chez nos partenaires.
Le taux de croissance insuffisant a impacté les créations d’emplois, la demande, les entreprises et les investissements.
-Cette situation est épisodique. Il faut regarder le trend historique, sur 4 à 5 ans au minimum, pour tirer des conclusions.
- Il faut également relativiser cette baisse de la demande de crédits. En effet, il faut tenir compte des remboursements forcés en dations en paiement, assez conséquents en 2015. Ils ont représenté 10 à 11 MMDH.
-On n’en est qu’au début de l’année 2016. Le 1er trimestre n’est pas significatif, il y a toujours un attentisme. Les entreprises attendent les bilans.
-On ne sent pas de difficultés chez les entreprises, c’est un langage pessimiste que je n’aime pas.
Nous attirons énormément d’investissements, les investisseurs étrangers auraient-ils davantage confiance que nous-mêmes ? J’en reçois tous les jours de partout, de toute l’Afrique de l’Ouest, du Nord, du Moyen-Orient, même de l’Ouzbékistan.
Les Marocains doivent en être conscients, notre pays recèle des opportunités extraordinaires.
Driss Maghraoui, directeur exécutif du groupe Attijariwafa bank, en charge du marché des particuliers et professionnels
La baisse des crédits bancaires est la résultante d'une série de mesures adoptées durant les dernières années et ne traduit pas seulement le recul de la demande des particuliers et des entreprises. A cela s'ajoute la crise, qui frappe nos principaux partenaires économiques.
La demande est actuellement en train de se reconstruire, avec l’émergence, chaque année de 100.000 nouveaux ménages. Ces foyers s'accumuleront, au fil des années, jusqu'à relancer à nouveau la demande et notamment concernant le crédit immobilier.
Le marché tend vers l'auto-régulation. Il s'agit d'un mouvement cyclique que nous constatons au fil des générations. C'est le même scénario qui s'est produit en 2000 et qui a donné naissance à l'essor du crédit bancaire en 2006.
Avec un taux d'inflation raisonnable, les consommateurs pourront s'endetter dans les prochaines années pour l'acquisition de biens qu'ils considèrent aujourd'hui trop chers. En tout cas, de notre côté, nous faisons de notre mieux pour faciliter l'accès au crédit.
Amine Berrada Sounni, président de la Fédération nationale de l'agroalimentaire
L’agroalimentaire n’est pas très concerné par la décélération du crédit. Ceci dit, nous pensons qu’une meilleure visibilité de la politique économique permettrait de gagner plusieurs points de croissance sur le secteur de l’agroalimentaire et de créer plus d’emplois. C’est ce que nous avons communiqué à Bank Al Maghrib, lors d’une réunion à laquelle la CGEM a pris part fin janvier. .
Aujourd’hui, les investissements dans le secteur agroalimentaire ne représentent que moins de 12%, alors que ce secteur représente 30% du PIB industriel. Cela dénote que c’est un secteur qui investit peu et que beaucoup d’industriels sont partis vers d’autres branches d’activité.
La conjoncture est difficile, mais certaines mesures permettront au secteur de tirer son épingle du jeu. Je cite par exemple l’entrée en vigueur de la TVA non apparente pour la branche des fruits, légumes et légumineuses et l’entrée en vigueur du contrat-programme, qui donnera à notre secteur la visibilité nécessaire, mais permettra également de booster les investissements y afférents. Ce sont deux leviers importants, qui nous permettront peut-être d’avoir une bonne année 2016, malgré une mauvaise récolte.
Mostafa Meftah, DG de la FNBTP
La baisse du volume de la commande publique en dit long sur le ralentissement économique. Rien qu’en matière de travaux publics, l’enveloppe dédiée était de 36MMDH en 2015, réalisée à hauteur de 78%. Elle n’est que de 32MMDH cette année et on ne sait pas à quelle hauteur elle sera réalisée. Le secteur qui créait entre 50.000 et 60.000 emplois par an, a commencé à en perdre depuis 2012. Quelque 70.000 emplois ont été perdus en trois ans (2012-2014)
En matière de commande privée, la faiblesse de la demande en logements sociaux n’arrange pas les choses.
Les promoteurs, à leur tour, subissent de plein fouet les conséquences du durcissement des conditions d’octroi des crédits. Contrairement aux années fastes de l’immobilier, l’accompagnement ne se fait plus dès le démarrage des travaux.
Sur un autre registre, nous accueillons favorablement la position du gouvernement au sujet de la réforme de la loi sur les délais de paiement. Mais nous restons prudents, en attendant de voir comment les choses évolueront sur le terrain.
David Tolédano, président de l’association des matériaux de construction.
Pour écouler les stocks en logements, il faut soutenir et crédibiliser les demandes de crédit. C'est ce qui permettra de faire tourner la machine.
Certes, en 2014 et 2015, le risque pour les banquiers était réel. Mais aujourd’hui, les grands promoteurs ont assaini leur situation financière. Or, comme ces risques étaient forts, le mot d’ordre était de réduire les crédits, serrer la vis. Et aujourd’hui, il s’avère difficile de regagner la confiance.
À découvrir
à lire aussi
Article : SIEL : le Prince héritier Moulay El Hassan préside à Rabat l’ouverture de la 31e édition
Le Prince héritier Moulay El Hassan a présidé, le jeudi 30 avril 2026 à Rabat, l’ouverture de la 31e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), organisée du 1er au 10 mai sous le haut patronage du Roi Mohammed VI.
Article : Maroc-Chine : l’ambassadeur du Royaume à Pékin mise sur le zéro droit de douane pour stimuler les exportations
Dans un entretien à CGTN, Abdelkader El Ansari indique que des discussions techniques sont en cours pour appliquer la mesure chinoise prévue le 1er mai 2026 pour 53 pays africains.
Article : Cuivre : des résultats de forage prometteurs pour CMR sur le projet d’Agadir Melloul au Maroc
Le groupe britannique annonce des intercepts allant jusqu’à 5 mètres à 1,20% avec or et argent associés, et vise une première estimation de ressource dès le troisième trimestre 2026 sur un site encore très peu exploré.
Article : Gaz : Predator accélère ses projets au Maroc et prépare un pilote de production à Guercif
Le groupe britannique cible en priorité un réservoir estimé à près de 62 milliards de pieds cubes, avec des forages prévus en 2026 après des travaux techniques sur le puits MOU-3.
Article : TPME : le Maroc lance un plan 2026-2030 pour accélérer la croissance des petites entreprises
Porté par Maroc PME autour de quatre axes d’accompagnement, le dispositif doit faciliter l’accès des petites structures à des expertises en digitalisation et en management, avec l’appui de la CGEM et des régions.
Article : Paiements : UnionPay obtient le statut CFC et renforce son ancrage au Maroc
Déjà présente dans 51 pays africains, la filiale du réseau chinois entend faire de Casablanca sa base régionale pour accélérer le déploiement de services transfrontaliers auprès des entreprises et des particuliers.