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BUSINESS

Comarit. Plus que 2 navires, toujours à quai

La flotte de la compagnie marocaine défunte se réduit comme peau de chagrin. Les bateaux amarrés à l’étranger ont tous été vendus ; il ne reste plus que le Boraq et le Mistral, à Tanger et à Nador.

Comarit. Plus que 2 navires, toujours à quai
Jamal Amiar
Le 3 juin 2015 à 14h44 | Modifié 3 juin 2015 à 14h44

Fondée en 1985 par Abdelali Abdelmoula, la compagnie maritime voit ses navires vendus aux enchères l’un après l’autre.

Jeudi 28 mai, quatre navires de la Comarit ont été vendus aux enchères pour des prix allant de 450.000 à 1 M d’euros chacun.  Il s’agit du Boughaz, du Banasa, de l’Ibn Batouta et de l’Al Mansour.  Les acquéreurs sont turcs et espagnols.

Le Marrakech, l’Ibn batouta, le Boughaz vendus

Avant cela, il y a eu le fameux car-ferry Marrakech vendu au port de Sète en avril 2004 pour un peu plus d’un million d’euros. Il a été racheté par une société enregistrée à Casablanca.

En novembre dernier, c’est le Berkane qui était vendu au port d’Alicante pour 1,8 million d’euros. Il a pris la direction de la Turquie en janvier 2015.

Aujourd’hui, il reste le fast-ferry Boraq bloqué au port de Tanger en attendant que le dossier suive son chemin auprès de la justice, et le car-ferry le Mistral, amarré au port de Nador. Des procédures de redressement de la compagnie sont en cours depuis 2013 à Tanger.

Créée et développée avec des capitaux marocains et norvégiens, la Comarit est devenue dès la fin des années 1990, une des compagnies de transport de passagers leaders sur la zone du détroit, et cela jusqu’à la deuxième moitié des années 2000.

Avec d’un côté l’arrivée du fils d’Ali Abdelmoula, Samir, au poste de président-délégué et, de l’autre,  la crise en Europe qui freina l’arrivée des MRE au moment où le business des vols low cost décollait, la situation de la compagnie a commencé à se dégrader.

Mauvais alignement

La conjoncture économique défavorable, un style de management mal partagé par Samir Abdelmoula et la réalisation d’investissements importants au mauvais moment allaient mettre l’ancien fleuron du détroit de Gibraltar en difficulté :

-la part des Norvégiens dans la Comarit, 51% du capital, est rachetée pour 700 MDH en 2008,

-la Comanav, rachetée une année plus tard pour plus d’un milliard,

-le rachat de la Limadet-Ferry, ancienne propriété de la défunte BNDE, l’année suivante pour 800 MDH,

-la construction d’un siège flambant pour 150 MDH sur la place des Nations et le boulevard Mohammed V face au siège de la cour d’appel de Tanger.

En 2009, la compagnie comptait 11 navires, un volume pénalisant alors que s’amorçait la crise et que les prix du carburant restaient élevés.

La Comarit desservait les lignes Tanger-Tarifa, Tanger Med-Algésiras, Tanger-Sète et Nador-Almeria. Durant deux saisons, elle desservira même Malaga au départ d’Al-Hoceima. C’était l’époque de Samir Abdelmoula au PAM et de la proximité avec Ilyas El Omari, natif de la ville méditerranéenne et un des barons du parti.

Car entretemps, tant Ali que Samir Abdelmoula sont entrés en politique. Ali Abdelmoula sous les couleurs du PPS en 2003 et Samir Abdelmoula sous les couleurs du PAM en 2009 avant de quitter le parti de Fouad Ali Himma pour le PJD en 2011.

Samir Abdelmoula continue d’être élu au conseil de la commune de Tanger et conseiller à la deuxième chambre. Son père Ali a été élu sur une liste du PJD dans la région de Kénitra.

Banques « antiéconomiques »

A la veille de l’été 2012, la Comarit sera interdite de travailler aux ports de Tarifa et d’Algésiras. C’est le début des problèmes. Quelques semaines plus tard, la Banque populaire, tête de file, qui avait financé une partie des acquisitions, ferme le robinet des crédits et des facilités de caisse.

Lors d’un précédent entretien avec un dirigeant de la Comarit depuis « éloigné des affaires de la compagnie depuis plus d’un an », celui-ci indiquait à Médias 24 que « la compagnie avait été victime de l’attitude des banques et du rachat de la Comanav et de la Limadet » dont les prix des navires auraient été surévalués. Comanav et Limadet étaient contrôlées par l’Etat.  « Avec le recul, juge-t-il aujourd’hui, la BP a eu une attitude antiéconomique ».

Depuis 2013, le Maroc n’a pratiquement pas de navires sous son pavillon sur le détroit de Gibraltar. En tous les cas, pas du tout assez pour faire face à une dizaine de compagnies espagnoles qui desservent le Maroc au départ de Tarifa et d’Algésiras, vers Tanger, Tanger Med et Sebta. La dernière compagnie, IMTC, est moribonde depuis 2013 et deux de ses car-ferries, amarrés à Tanger Med doivent être mis en vente.

Reconstruire un pavillon

L’absence de pavillon marocain sur le détroit de Gibraltar en 2013 et 2014 a mis le service maritime entre le Maroc et l’Espagne entre les mains des compagnies espagnoles malgré l’arrivée de la petite Inter Lines à l’été 2012. Créée par un ancien cadre de FRS, les deux compagnies viennent de créer Nav Lines qui desservira la ligne Tanger Med-Algésiras dès le 15 juin prochain. Une maigre consolation.

Pour faire face au trafic sur le détroit cet été, 2,5 millions de passagers et 600.000 voitures attendus,  Médias 24 a appris que les responsables de Tanger Med et le ministère des Transports s’orientent vers la location de deux car-ferries pour faire face aux pointes de trafic.

L’été dernier, des centaines de voitures et des milliers de passagers avaient parfois attendu plus de trois jours avant d’embarquer à Tanger Med.  L’objectif cet été est de ne pas répéter ce genre de situation.

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Jamal Amiar
Le 3 juin 2015 à 14h44

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