Le rapport d'expertise conclut à l'incapacité de la Samir à rembourser ses dettes
Dans sa forme, dans ses précautions de langage, dans ses chiffres, dans son analyse, comme dans ses conclusions, le rapport d’expertise commandé par le tribunal de commerce de Casablanca dresse un tableau pessimiste de la situation du groupe. Médias 24 l’a lu.
“A la lumière de la situation provisoire et non auditée, arrêtée au 31 décembre 2015, qui nous a été fournie par la Samir, cette entreprise est incapable de rembourser ses dettes dans sa situation actuelle. Ces dettes ont dépassé 30 milliards de DH, chiffre qui ne prend pas en compte 1,6 milliard de DH exigés par les Impôts dans le cadre d’un redressement fiscal“. En d’autres termes, seules une recapitalisation ou une cession peuvent sauver la Samir.
Telle est la conclusion du rapport d’expertise financière commandé par le tribunal de commerce, réalisé par les experts comptables Issam Maguiri, Mohamed Sefrioui et Thami Laghrissi.
Les 50 pages du rapport comportent quatre parties principales:
-la description du groupe, son historique, ses principaux chiffres, sa composition, son organigramme;
-la liste des réunions tenues depuis le 14 janvier 2016 par les trois experts dans le cadre de leur mission;
-les chiffres tels qu’ils figurent dans les documents officiels de la Samir;
-l’analyse financière: indicateurs, ratios, chiffres re-traités.
Le tout est émaillé de précautions de langage, qui expriment une distance par rapport à la réalité des chiffres. Il ne s’agit pas d’un audit ni d’une investigation, mais d’un travail basé sur les chiffres, tels qu’ils ont été communiqués, notamment par la Samir.
Les réunions tenues par les experts avec des créanciers représentant une part significative des dettes ont montré que tous les créanciers étaient soucieux de trouver un arrangement et acceptaient de signer des compromis. Tous exigeaient également une recapitalisation ou des garanties avant de signer un arrangement.
Or, on le sait et cela ne figure pas dans le rapport qui est resté, comme l’a demandé le tribunal, focalisé sur les chiffres et les ratios, l’actionnaire de référence de la Samir n’a jamais tenu ses engagements de recapitalisation. La dernière décision d’augmentation du capital remonte au 16 octobre 2015. En décembre 2015, cet actionnaire a annoncé que cette décision n’était plus à l’ordre du jour.
Les trois experts se sont réunis avec la douane, les banques créancières, Glencore (fournisseur de la Samir), l’Office des Changes (qui s’est engagé à fournir des documents relatifs à son contrôle, mais ne les a jamais envoyés), la direction des impôts, qui a confirmé un redressement fiscal de 1,6 milliard de DH et enfin les fameux commissaires aux comptes de la Samir, KPMG et Price Waterhouse (qui ne fait plus partie du groupe PwC).
Les indicateurs, ratios calculés par les trois experts, se basent sur les chiffres non audités communiqués par la Samir et les auteurs du rapport le rappellent à plusieurs reprises. La situation qui s’en dégage est assez catastrophique. Mais on ne connaît pas la situation réelle. Deux chiffres nous donneront une indication :
-la situation établie par l’Etat marocain fait ressortir près de 45 milliards de DH de dettes, en tenant compte du redressement fiscal de 1,6 milliard de DH.
-la situation communiquée par la Samir se contente de 29,6 milliards de DH de dettes (800 MDH de dette obligataire, 17,382 MMDH pour divers fournisseurs et la douane, 11.438 MDH de dettes à l’égard des banques) situation qui ne tient compte ni du redressement fiscal ni des pénalités éventuelles à verser à l’Office des changes.
En travaillant sur les chiffres a minima communiqués par la Samir, les trois experts soustraient le compte client (2,375 MMDH) et la valeur du stock (2.005 MDH), “si ces montants sont confirmés“, précisent-ils. De la sorte, le besoin immédiat pour faire face aux exigibilités ressort à 25,240 MMDH.
Si les chiffres communiqués par la Samir sont minorés, le besoin serait alors de 40 milliards de DH!!
On peut supposer, dans un cas comme dans l’autre, que la Samir recapitalisée et arborant un compte d’exploitation prévisionnel crédible, dirigée par un management sérieux et qui tient ses engagements, correctement auditée, on peut donc supposer qu’une telle société reprendrait la confiance du marché, obtiendrait ses financements “normaux“, tels que le crédit d’enlèvement à l’importation ou des financements bancaires de ses cycles d’exploitation. Cela réduirait d’autant le besoin immédiat en liquidités. Tout cela est possible. Mais il faudrait auparavant remplir les cases “recapitalisation, crédibilité, sérieux, audits“.
La seconde audience devant la Chambre de conseil du tribunal de commerce est fixée au lundi 7 mars. Le tribunal doit aller vite. Jusqu’à présent, le management et l’actionnaire de référence ont gagné beaucoup de temps et ils ont mené en bateau tous leurs interlocuteurs. Aucun engagement n’a jamais été tenu, même pas celui du 16 octobre dernier en assemblée générale extraordinaire.
Le destin de la Samir, c’est désormais une affaire de jours. Ce sera la liquidation ou le redressement judiciaire.
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