Maroc. Incertitudes quant au sort de Benkirane à la tête du PJD: ce qui se dit en coulisses
Aussi étrange que cela puisse paraître, il n’est pas impossible que Benkirane quitte la tête du PJD à la fin de cette année 2016. Voici les scénarios.
Etrange, parce que Benkirane est un animal politique, qu’il a un incontestable leadership et qu’on avait fini par les confondre, lui et son parti. Le PJD, c’est Benkirane. Benkirane, c’est le PJD.
En marge de la session ordinaire du Conseil national du PJD et également à travers des communications téléphoniques, Médias 24 a pu recueillir différentes positions et indiscrétions au sujet de la problématique du renouvellement du mandat du secrétaire général du PJD.
Le contexte:
-Le PJD doit tenir son congrès ordinaire au cours de l’année 2016. Ce congrès doit renouveler les instances dirigeantes et élire un nouveau secrétaire général. A priori, sauf amendement du règlement intérieur, Abdelilah Benkirane ne peut pas se représenter car il boucle son deuxième mandat et c’est le maximum autorisé.
Les législatives ont lieu cette année 2016, probablement fin septembre, au plus tard début décembre. La Constitution prévoit que le Chef de gouvernement est choisi au sein du parti arrivé en tête.
L’enjeu est donc de savoir comment le PJD va gérer cette étape.
La question ne sera pas tranchée avant la fin de l’année. Il existe en effet une tendance majoritaire consistant à reporter le congrès pour après les législatives. Si le PJD perd les législatives, la question est d’avance tranchée. S’il gagne, la question se posera.
De plus, la culture du PJD consiste à ce qu'un candidat ne prenne pas d’initiatives lui-même, il ne se porte pas candidat. Et la décision d'amender le règlement intérieur appartient au Conseil National. Mais pour qu’il s’en saisisse, il faut qu’il soit sollicité soit par son propre bureau, soit par le tiers de ses membres, soit par le secrétariat général du parti.
Le courant favorable à Benkirane:
Quelques dirigeants du PJD sont ouvertement favorables à Benkirane. Au moins l’un d’entre eux lui en a parlé. L’argumentaire est simple et coule de source: Benkirane a un leadership incontesté, il est populaire, sans lui la campagne du PJD n’aura pas les mêmes chances, il a commencé des réformes et doit les achever.
Selon cet interlocuteur, de nombreux dirigeants appuient Benkirane, mais ne l’expriment pas (encore) ouvertement, car ils sont “intimidés“ par un second courant. Un courant défavorable à l’introduction d’un troisième mandat.
Le mot “intimidés“, exprimé dans la langue de Molière, n’est pas expliqué avec précision. S’agit-il de timidité ou d’intimidation? On ne le saura pas.
Le courant défavorable à un troisième mandat:
L’un des dirigeants les plus en vue, qui pourrait être candidat à la succession, répond à une question de Médias 24:
-le Conseil National va-t-il examiner la question d’un troisième mandat du secrétaire général?
-Absolument pas!
Le ton est sec. Définitif. Sans réplique.
Un autre dirigeant, ministre dans l’actuel gouvernement, est aussi catégorique :
-Allez-vous modifier le règlement intérieur pour autoriser un troisième mandat?
-Pas question. Il faut respecter l’institution. Nous ne sommes pas une zaouia.
-Sans Abdelilah Benkirane, le PJD aura-t-il les mêmes chances et sera-t-il le même?
-Abdelilah est un homme. Il est remplaçable.
-Mais si vous gagnez les élections, il n’acceptera jamais de diriger le gouvernement sans diriger le parti.
-Pour la direction du gouvernement, ce n’est pas lui qui décide, mais Sa Majesté. Pour la direction du parti, c’est nous qui décidons.
Ce qu’en dit Benkirane:
En privé, Benkirane lâche parfois quelques phrases sur ce sujet qui le taraude.
Tous les éléments que nous avons obtenus et recoupés de sources sûres, permettent de croire qu’il vit une période de désarroi, car il n’a pas envie de quitter la politique. En fait, il deviendrait au fil du temps, plus politique que prédicateur.
Benkirane confie qu’il n’acceptera pas de diriger le gouvernement sans diriger le parti. Mais si son parti arrive en tête des élections, Benkirane aura-t-il le choix?
Lui dit que déjà, en étant secrétaire général du PJD, c’est déjà compliqué avec ses propres troupes. Alors, sans diriger le PJD, ce sera impossible.
Il lui arrive aussi d’aller sur le registre émotionnel: qu’il est fatigué de la responsabilité et de la politique, que c’est extrêmement dur et qu’il lui arrive d’avoir envie de tout lâcher.
Il annonce qu’il ne fera pas de lobbying et ne demandera rien. Qu’il laissera faire les courants antagonistes. Implicitement, et s’il s’en tient à cette passivité, la décision lui échappera. C’est comme une équipe sportive qui attend le résultat d’un match de barrage entre deux autres équipes pour savoir si elle sera qualifiée.
Au final, toutes ces incertitudes donnent du piment à la vie politique et la rendent plus intéressante, car moins prévisible.
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