Lentilles, pois chiches... Les raisons de la flambée des prix
Les récentes hausses des prix des légumineuses alimentaires renvoient aux problèmes de la filière dans sa globalité. Le Maroc devenu depuis les années 90 importateur quasi-net est à la merci de la volatilité des cours à l’international.
De nouvelles semences adaptées aux conditions nationales seront disponibles dans quelques années, permettant de booster la production et de contrecarrer cette dépendance.
Les prix ont grimpé ces derniers jours de 40% pour les lentilles, 20% pour les pois chiche et 15% pour les fèves. La sécheresse, à elle seule, explique-t-elle cette hausse? La réponse est négative, sachant que le Maroc importe 90% de sa consommation, essentiellement en provenance du Canada, grand producteur et exportateur mondial et de Turquie (en particulier pour les pois-chiches).
Une dépendance qui a commencé dans les années 90
«Cette hausse est normale. Elle fait suite à l’augmentation des prix à l’international. Le Maroc produit actuellement en petites quantités à des prix qui ne sont pas compétitifs par rapport à des producteurs mondiaux», souligne une source au sein de Comader (Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural.
Comment le Maroc, ce pays exportateur jusqu’aux années 90, a-t-il basculé dans la dépendance et la non compétitivité? «Quatre principales raisons expliquent ce revirement de situation», répond d’emblée Mohamed Badraoui, DG de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique).
Ces raisons sont les suivantes:
1 -Des conditions climatiques de plus en plus difficiles pour produire des légumineuses alimentaires, étant donné qu'il s'agit de cultures printanières. Les sécheresses répétées dans la saison ont fait que les rendements de ces cultures étaient nuls pendant des années consécutives.
2 -La politique étatique en matière de sécurité alimentaire depuis les années 70. Elle a ciblé essentiellement le blé, notamment le blé tendre pour assurer des quantités suffisantes de pain. Les efforts de la recherche, y compris au niveau des semences sélectionnées, ont été donc essentiellement orientés vers les cultures céréalières.
3- Absence de semences sélectionnées des légumineuses alimentaires.
4-Coût élevé de cette culture, qui exige beaucoup de main-d’œuvre pour lutter contre les mauvaises herbes.
Des semences sélectionnées bientôt disponibles sur le marché
Depuis quelques années, notamment en marge du Plan Maroc vert, des expériences pour réinstaller cette cultures sont menées.
«Pour la Comader, il s'agit du dossier de diversification agricole prioritaire. Techniquement, procéder à des rotations entre cultures céréalières et légumineuses est une exigence, mais qui n’est plus observée depuis quelques années. Cette rotation est bénéfique pour les cultures et les sols», ajoute ce membre de la Confédération.
En tant que culture bour, celle des légumineuses alimentaires est concentrée au niveau de trois bassins: le Saiss, la Chaouia et Rommani.
Il s’agit également d’un dossier important pour l’INRA, qui travaille sur l’amont de la filière. «L’un des principaux goulots d’étranglement se situe au niveau de la semence. En tant qu’obtenteur de variétés au niveau national, l'INRA a cédé un certain nombre de variétés marocaines à la Sonacos, qui est en train de les multiplier en partenariat avec des spécialistes marocains en la matière. Cela prendra du temps, sachant que le processus de production et de multiplication d’une variété peut durer jusqu’à 10 ans», selon Mohamed Badraoui.
La production est faite. Il reste à assurer la multiplication.
«Dans 2 à 3 années, le Maroc mettra sur le marché des semences sélectionnées en bon nombre et de bonne qualité. Elles seront parfaitement adaptées aux conditions locales et tolérantes, aussi bien à la sécheresse que résistantes aux maladies, avec de grandes capacité de productivité», poursuit le DG de l’INRA.
Il est prévu en outre que les nouvelles variétés aient un port érigé et soient donc mécanisables au niveau de leur récolte, contrairement aux actuelles variétés qui exigent une main-d’œuvre abondante.
«L’objectif est de satisfaire les besoins en légumineuses alimentaires en travaillant sur le volet qualitatif et sur l’adaptabilité aux conditions nationales. Si nous ne pouvons pas atteindre l’autosatisfaction, il ne faudra pas hésiter à importer le reliquat», tient à préciser notre interlocuteur.
Les légumineuses, ces fixateurs naturels de l’azote
L’intérêt pour les légumineuses alimentaires s’explique également par des considérations climatiques. Elles permettent de réduire la dégradation des sols. Introduites dans le système de culture en alternance avec les céréales, elles contribuent efficacement à la durabilité de l’agriculture, à travers le système de rotation avec les céréales. En fixant symbiotiquement l’azote de l’atmosphère dans les sols, elles constituent un substitut aux fertilisants, permettant de réduire le coût de production.
«Dans 4 à 5 années, le Maroc aura suffisamment de semences et de superficie en rotation avec les céréales pour pouvoir produire des légumineuses en grandes quantités», ajoute M. Badraoui.
En matière de recherche dans le domaine, l’INRA travaille en collaboration avec l’Inde -premier producteur mondial avec 12 à 14 millions de tonnes par an et également premier consommateur et importateur, avec des besoins qui dépassent 20 millions de tonnes par an-.
Ce programme de recherche est de 64 MDH financé par OCP, le Maroc et l’Inde. Il sera bouclé en 2017.
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