Quelle diplomatie culturelle pour le Maroc? Une étude de l'IRES
L’Institut royal des études stratégiques vient de diffuser une étude qui propose un nouveau modèle de diplomatie culturelle. Elle s’est appuyée sur un benchmark regroupant 7 pays qui sont la France, l’Espagne, les Etats-Unis, la Turquie, l’Inde, la Chine et l’Egypte.
Le rapport réalisé par Ahmed Aydoun, économiste de la culture et musicologue, et Mohammed Kenbib, professeur universitaire, pose des questions essentielles. Comment le Maroc doit-il être représenté à l'étranger? Quelle culture exporter? Qui doit s’en charger? Quels sont les moyens à mettre à contribution? Que font les autres pays?...
Des moyens financiers insuffisants
La diplomatie culturelle du Maroc reste confrontée à des moyens humains et financiers bien en deçà des objectifs que requièrent les besoins et la stratégie du pays en la matière.
Une étude comparative des budgets de la culture en Afrique du Nord le montre clairement.
En l’absence d’une rubrique budgétaire dédiée à la diplomatie économique dans le budget de la Culture, le rapport évalue l’enveloppe qui lui est allouée à 1MDH. "La morasse du Budget de 2012 distingue exceptionnellement entre le budget de la coopération (1MDH) et celui de la participation à des festivals et événements internationaux (4MDH)", explique le rapport.
"Il est vrai aussi qu’en cas de nécessité politique, des montants additionnels peuvent être virés, à l’action culturelle externe, à partir d’une autre ligne budgétaire en plus des dépenses des autres départements et institutions tournées vers l’action culturelle externe", ajoute-t-il.
Des actions dispersées
"On peut énumérer au moins une vingtaine d’acteurs qui se réclament de la diplomatie culturelle. Chacun travaille en se focalisant sur sa mission propre, abstraction faite de la mission des autres, même quand une même activité les réunit dans le temps et dans l’espace. Une connaissance relativement limitée des interlocuteurs alors que c’est à ce niveau que se situe l’une des conditions sine qua non de la diplomatie tant classique que culturelle", souligne l’étude.
La création d’une instance de coordination placée sous la double tutelle des Affaires Etrangères et de la Culture est fortement recommandée par le rapport.
Ce que révèle l’étude benchmark
La diplomatie culturelle menée dans sept pays a été étudiée dans ce rapport. Ils ont été choisis dans quatre continents: la France, l’Espagne, les Etats-Unis, la Turquie, l’Inde, la Chine et l’Egypte. Le rapport retient ce qui suit:
-Le Maroc peut s'inspirer de l'expérience française, ne serait qu’à travers la définition des missions et des profils, le type de gouvernance, la gestion des centres et des espaces dédiés à la culture, l’utilisation des médias et des nouvelles technologies, et les modes d’intégration du culturel à l’économique.
-Les Etats-Unis donnent, quant à eux, l’exemple d’une implication efficiente du secteur privé, des universités et même des citoyens dans la vision globale de l’Etat. Un modèle à suivre également tant au niveau de la démarche prospective des politiques publiques, la veille stratégique...
-L’expérience de la Turquie est édifiante quand il s’agit de réfléchir à établir une influence régionale axée par exemple sur les liens spirituels. Elle confirme l’orientation marocaine dans sa politique africaine actuelle, mais aussi montre que la position géostratégique peut donner au Maroc ce rôle de relais pour les grandes puissances européennes, américaine et depuis peu chinoise et indienne.
-La synthèse que l’Inde semble avoir réalisée entre, d’un côté, la préservation de ses traditions, voire de ses mythes quasiment fondateurs et, de l’autre, son ouverture à la modernité et aux progrès scientifiques et technologiques les plus avancés donne également à réfléchir. L’importance du marché indien, gros client d'OCP, ne serait pas non plus à négliger.
-Le mode opératoire de la Chine est centré sur la culture locale, mais sans se cantonner dans la présentation de sa culture ancienne.
-En instituant des projets culturels de référence, l’Egypte maintient vivante sa production culturelle et artistique et gage sur l’avenir.
-L’Espagne fournit l’exemple d’une gestion décentralisée et déconcentrée de la culture, bien qu’en définitive c’est le gouvernement central à Madrid qui aménage ces espaces de liberté d’action. A l’heure où l’expérience de la régionalisation est à ses débuts au Maroc, il est intéressant de réfléchir à des formes de coopération internationale décentralisée. La formule des "casas " est également intéressante par ce qu’elle associe le culturel au touristique et au gastronomique, pour un tourisme culturel de qualité.
Bien définir les cibles, l’une des principales recommandations de l’IRES
Le principe est simple, à chaque cible son plan d'action.
"Pour toucher les élites et les classes dirigeantes étrangères, la diplomatie culturelle mettra l’accent sur les programmes de formation, la coopération scientifique et universitaire, les think tank et le "réseautage", dans une démarche de diplomatie d’influence. S’il s'agit, en revanche de s’adresser à la société civile, aux jeunes générations, aux artistes et aux créateurs et surtout aux classes moyennes des pays émergents, il y a lieu de développer la diffusion des industries culturelles, d’intégrer la culture de masse aux outils et aux réseaux numériques", conseille le rapport.
Mais dans les deux cas, il s’agit de diffuser l’image d’un Maroc nouveau loin de cette vision héritée de l’ethnographie coloniale, présentant une sorte de "Maroc pittoresque et immuable" attaché à des traditions figées et à son "folklore".
Autre recommadation: Tout en gardant des centres culturels physiques permettant une mise en contact avec les intellectuels et artistes à travers l’organisation de conférences, de concerts, d’expositions ou projections de films, le numérique doit être investi et vite.
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