Les détails du reprofilage de la dette des Autoroutes du Maroc
Les Autoroutes du Maroc est l’une des entreprises les plus endettées du Maroc, et pourtant c’est une situation considérée comme normale dans ce son secteur. ADM a lancé un reprofilage de sa dette. Détails.
Autoroutes du Maroc a deux problèmes: l’endettement et l’investissement. Le second est un peu sa raison d’être et l’entreprise arrive à réaliser 100 km supplémentaires par an. Le premier est un talon d’Achille. Les deux sont liés.
Une concession d’autoroute a une durée de vie de 50 à 60 ans pour dégager sa rentabilité. La rentabilité d’une autoroute tient à un point essentiel: le trafic journalier. A 8.500 véhicules/jour, un tronçon atteint son équilibre d’exploitation.
Actuellement, le réseau compte près de 1.800 km dont seuls 800 km sont rentables. Le trafic journalier actuel est de 320.000 véhicules/jour, transportant 700.000 passagers. En été, 1 million de passagers se déplacent quotidiennement sur les autoroutes marocaines.
ADM doit améliorer son bilan et pour cela, a lancé la restructuration de sa dette. La maturité moyenne de celle-ci est de 15 ans. Autrement dit, on rembourse très vite ce qui ne peut être amorti que sur 20 à 25 ans en raison notamment de l’évolution du trafic au Maroc.
L’idée est de reprofiler la dette de sorte à ce que les remboursements soient étalés sur des périodes plus longues, et parfois les taux renégociés à la baisse, de sorte à baisser le poids financier annuel.
A court ou moyen terme, l’entreprise espère devenir rentable. Ce qui pourrait ouvrir la voie à la privatisation d’une partie du capital.
C’est donc avec un nouveau visage que l’entreprise publique des Autoroutes du Maroc (ADM) entame cette nouvelle année. Préparé au cours de l’année dernière, un plan pour le reprofilage de la très grosse dette de la société est lancé en ce début d'année. Globalement, le bâtisseur des autoroutes marocaines traîne une dette de 40 milliards de DH. Faisant d’elle, l’une des entreprises les plus endettées du pays.
Des montants énormes certes, mais qui ne semblent pas faire trembler les dirigeants actuels de l’entreprise.
"Dans notre secteur d’activité, c’est une situation plutôt normale", nous explique une source bien informée chez ADM.
"Si nous restons sur l’ancien scénario, le breakpoint sera atteint au maximum aux alentours de 2032, sans prendre en considération les nouveaux investissements", prévient notre source.
Très loin de l’équilibre
Pour la petite histoire, l’entretien est coûteux. Par exemple, l’entreprise décaisse annuellement entre 500 et 700 millions de DH, rien que pour la maintenance de la chaussée et notamment la remise à niveau de la partie bitume.
Lorsque le Maroc a commencé son programme autoroutier, "les emprunts obligataires au Maroc et les durées de crédit dépassaient très rarement 15 ans, maintenant c’est différent", se réjouit notre interlocuteur.
Il est donc actuellement possible qu'ADM contracte des emprunts dont les durées peuvent aller jusqu’à 25 ans. En plus de cela, la courbe des taux obligataires a pris une tendance baissière depuis quelques mois, ce qui arrange les affaires des emprunteurs. Deux facteurs importants sur lesquels le management de l’entreprise publique, dirigée par Anouar Benazzouz, peut jouer pour faire baisser les charges d’intérêts et les mensualités aussi.
Rallongement des maturités
C’est, en tout cas, la réflexion qu’ont menée les équipes d’ADM pour aboutir à cette nouvelle feuille de route dédiée à la gestion active de la dette. Deux principales opérations d’optimisation ont été validées au cours du dernier conseil d’administration.
La première concerne le rachat d’une partie de la dette en dinars koweitiens, contractée auprès du Fonds arabe pour le développement économique et social (Fades), l’un des plus anciens partenaires et bailleur de fonds de l’entreprise. Le montant de 2,9 milliards de DH sera couvert par une nouvelle dette auprès de banques marocaines. Dans le détail, ce sont Attijariwafa bank et la Banque centrale populaire qui vont accorder une nouvelle ligne de crédit sur 20 ans à ADM.
La seconde se trouve du côté de la dette interne. Un emprunt obligataire de 5,9 milliards de DH de type in fine arrive à échéance en 2019. "C’est une modalité de remboursement qui ne nous arrange pas, car le jour J, nous allons devoir décaisser les 5,9 milliards de DH pour honorer nos engagements", explique notre source. D’un point de vue financier et dans la situation dans laquelle se trouve ADM, c’est juste impossible. En plus de cela, c’est une levée qui a été faite à un moment où les taux étaient très élevés, contrairement à ce qu’offre le marché actuellement.
C’est la raison pour laquelle, les équipes de managements de l’entreprise sont parties à la quête des porteurs d’obligations pour négociation. "Ce sont majoritairement des institutionnels et notamment des caisses de retraite dont les gérants de portefeuille ont été très réceptifs vis-à-vis de notre proposition".
La proposition d'ADM est simple. Racheter les anciennes obligations et émettre de nouvelles avec des taux plus réduits. Une opération qui conforte les finances de l’entreprise et qui arrange aussi les investisseurs vu que la dette sera garantie par l’Etat. "Cela sera réalisée incessamment sous peu", avance notre source.
Il restera donc précisément, 31,2 milliards de DH de dettes avec des maturités qui ne dépassent que rarement 15 années. Il y dans un premier temps, la Banque européenne d’investissement à laquelle ADM doit encore quelque 9 milliards de DH avec des maturités allant de 15 à 20 ans. "Nous allons devoir refaire la même gymnastique, à savoir un rallongement des maturités et chercher des taux plus bas, pour les dettes qui arrivent à échéance", prévoit notre source.
Sans oublier évidemment, les 5 milliards de DH que l’Etat doit à son entreprise sur la TVA récupérable. "C’est un montant qui couvrira une partie de notre endettement, nous attendons le dénouement", conclut-elle.
L’opération de reprofilage de la dette prendra certainement plusieurs années et le département de l’ingénierie financière a du pain sur la planche. In fine, c’est un meilleur visage qu’on aura des ADM. Il sera même envisageable que l’Etat lance une opération de privatisation, vu que la valorisation sera certainement plus importante qu’elle ne l’est actuellement.
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