CLIMAT. Fabius: “La situation est désastreuse”
Laurent Fabius publie à la veille de la COP22 un livre qui relate son expérience à la tête de la diplomatie française. "37, Quai d’Orsay, diplomatie française 2012-2016", c’est son titre, démarre sur l’Accord mondial de Paris sur le changement climatique, la COP21 et les défis qui attendent les délégués de la COP22.
"J’aborde d’entrée l’Accord mondial de Paris sur le réchauffement climatique", car il s’agit d’une avancée internationale majeure, souligne celui qui occupe à présent la présidence du Conseil constitutionnel français, mais n’abandonne pas l’idée de mener le combat pour un "Pacte universel pour l’environnement".
De fait, depuis la sortie de son livre, Fabius est sur de nombreux médias, alertant sur l’importance et la fragilité du travail accompli. En page 46 de son livre, Fabius écrit par deux fois: "La situation est désastreuse".
Pour Fabius, si le monde a décidé d’entrer dans une société moins carbonée à partir de décembre 2015, la partie est loin d’être gagnée. Il cite les défis de la conférence de Marrakech:
-Celui de la ratification de l’Accord de Paris (29 articles et 140 paragraphes de décisions), finalement gagné, car plus de 100 pays l’ont ratifié à ce jour et que celui-ci est entré en vigueur le 4 novembre dernier, avec près de deux ans d’avance sur le calendrier initial.
A cela, il faut ajouter l’accord de limitation des émissions de carbone, signé pour le transport aérien -2,5% du total des émissions mondiales quand même- et un accord en cours de négociation pour le transport maritime international. L’Accord de Paris "ne marque absolument pas un point final", assène Fabius, "le travail de suivi et de mise en œuvre est important, massif même (…)".
- Pour Fabius le deuxième défi concerne l’application de l’Accord avec son volet financier est ses fameux 100 MM de dollars à trouver chaque année d’ici 2020 pour "l’adaptation et l’atténuation" du changement climatique dans les pays du Sud.
La COP22 de Marrakech doit établir le calendrier de mise en œuvre de l’Accord de Paris, dont celui de sa revue régulière. Ces financements concernent principalement les énergies renouvelables en Afrique, la promotion de l’Alliance solaire internationale initiée par New Delhi et les mesures à prendre pour les îles des océans Indien et du Pacifique
Le défi carbone
Selon divers experts et observateurs, le principal défi pour éviter la "désastreuse tendance" passe par la décarbonisation. Cela passe par la taxation des industries émettrices de carbone et l’incitation fiscale pour les activités qui n’en produisent pas. Cela commence, mais cela reste aussi timide.
Engie (EDF-GDF) vient de fermer une centrale à charbon en Australie, mais a du mal à le faire en France, en raison de résistances syndicales et pour préserver l’emploi. Des fonds souverains comme celui de la Norvège désinvestissent d’entreprises émettrices de CO² et la planète Finance en général commence à réaliser que le risque et le bénéfice à long terme changent de côté. Au Maroc, la BMCE Bank émet des obligations vertes pour 500 MDH cette semaine. La durée de la COP22 doit être ponctuée de diverses annonces symboliques ou importantes. Pour le président du World Wildlife Fund (WWF) Pascal Canfin "ce n’est plus investir dans le vert qui est perçu comme risqué par les financiers, mais rester prisonnier de l’économie d’hier.
Dans de nombreux pays, la transition sera difficile. L’Inde, la Chine ou la Pologne consomment beaucoup de charbon. Les revenus de nombreux pays, Algérie, Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes ou Russie, Venezuela et Indonésie dépendent en grande majorité du pétrole et du gaz qu’ils consomment par ailleurs en grande quantité.
Le défi est qu’aujourd’hui malgré l’addition des engagements nationaux (INDC, Intended Nationally Determined Contributions en anglais) des Etats de la planète pris à Paris et confirmés pour Marrakech pour réduire leurs émissions de carbone, la planète ne va pas vers un réchauffement de +1,5°C ou +2°C à la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle mais vers 3°C, 4°C ou 5°C, alerte Fabius.
"Des avancées concrètes devront être obtenues dès la COP22, sous présidence marocaine à Marrakech. Si tel est le cas, on peut espérer infléchir la courbe et éviter les 3°C, 4°C, 5°C qui nous menacent (…). Ce sera –on ne doit pas le cacher- difficile, mais c’est une nécessité absolue". L’ancien président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) Robert Watson, alerte dans Le Monde du 4 novembre que "le réchauffement se produit maintenant et beaucoup plus vite que prévu".
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