Maroc-Union Africaine: Une si longue absence
Quelques semaines après la visite du président Paul Kagamé au Maroc, le 27e sommet de l’Union africaine se tient cette semaine au Rwanda. L’occasion de revenir sur les relations entre le Maroc, fondateur de l’OUA et les 54 pays africains qui sont de plus en plus nombreux à réclamer son retour à l’UA.
En 1963, le Maroc a fait partie des fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine devenue en 2002, l’Union Africaine. Entretemps, le royaume s’est retiré de l’organisation panafricaine en 1984, pour protester contre l’admission de la "rasd".
Les 30 pays qui viennent d’arracher leur indépendance aux puissances coloniales européennes signent le 26 mai 1963 la charte instituant la création de l’OUA.
L’OUA aura pour siège Addis-Abeba (Ethiopie) et tiendra un sommet annuel pour coordonner la construction d’un marché commun africain qui ne se concrétisera jamais.
Construite à l’image de la CEE pour constituer une entité continentale forte, l’objectif de l’organisation n’aboutira pas, faute de consensus sur les questions de développement commun, alors que le continent africain totalise aujourd'hui, un milliard d’habitants, soit le double de la population européenne.
Malgré une unité de façade, le principe de l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme adopté par l’organisation panafricaine donnera lieu à de nombreuses divisions.
Une position qui suscitera la méfiance du Maroc, confronté à l’époque à l’occupation de pans entiers de son territoire, toujours sous occupation espagnole (provinces du sud, Sebta et Mélilia).
Après la Marche Verte en 1975 et la récupération de ses territoires du Sahara, le travail de sape et l’attitude anti-marocaine de l’Algérie au sein de l’organisation préparera la sortie du Maroc de l’OUA.
Sous l’impulsion des adversaires du Maroc (et notamment l'Algérie) qui ont réussi à mobiliser 26 des 50 états africains, l’OUA avalisera à Addis-Abeba le 12 novembre 1984 l’admission de la "rasd" comme 51e membre de l’organisation.
Après l’entrée officielle à l’OUA de la délégation sahraouie sécessionniste, Ahmed Réda Guédira, qui conduisait la délégation marocaine donnera lecture d’un message du Roi Hassan II resté célèbre: «Voilà, et je le déplore, l’heure est venue de nous séparer. En attendant des jours plus sages, nous vous disons adieu et nous vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire».
Depuis cette séparation, de nombreux pays qui ont voté l’adhésion de la rasd au sein de l’OUA ont révisé leurs positions.
A l’heure actuelle, sur les 54 pays constituants l’Union Africaine UA (ex-OUA), seuls 17, selon notre décompte, reconnaissent toujours de facto la "rasd".
Il y a quelques jours, la Zambie lui a retiré sa reconnaissance et il n’est pas exclu que d’autres pays suivent sa voie, car dans certains cas, la décision de reconnaissance a été prise par des gouvernements qui ne sont plus aux affaires et n’est plus politiquement assumée par les gouvernements actuels.
Quatorze ans après le remplacement de l’OUA par l’UA, le Maroc, toujours absent des instances panafricaines, fait un retour en force sur le continent par le biais des nombreux investissements économiques qu’il y a effectués dans les pays subsahariens. Après l'Afrique de l'Ouest, francophone, il faut s'attendre à des percées en Afrique de l'Est, l'Afrique australe et l'Afrique anglophone.
Les participations économiques marocaines dans les secteurs du bâtiment, des banques, des assurances, des télécommunications …. ont consacré le Maroc comme le deuxième investisseur du continent africain.
L’UA s'affirme sur la scène internationale où elle est considérée comme une organisation de plus en plus influente et d'avenir, qui ambitionne de décrocher un siège permanent au conseil de sécurité.
Le Roi Mohammed VI a un vrai tropisme africain, comme le montre sa politique. Hassan II, qui citait parfois Buffon ["Le génie est une longue patience"] a quitté l'OUA parce que le contexte ne lui laissait pas le choix, car il était impossible de siéger aux côtés des séparatistes. Mohammed VI est en train de l'y faire revenir.