img_pub
Rubriques

Maroc, Algérie: Quand la CIA analyse les intérêts américains

La CIA vient de mettre en ligne des milliers de documents sur son travail de collecte d’informations et d’analyse sur les pays étrangers. Durant la période de la guerre froide, la situation au Maghreb était décryptée en permanence. Lecture de deux documents datant de 1985 et 1987.

Maroc, Algérie: Quand la CIA analyse les intérêts américains
Jamal Amiar
Le 22 janvier 2017 à 17h04 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

“Maroc-Algérie: les tensions pourraient affecter les intérêts américains“. C’est avec ce titre, sous forme d’avertissement, que la CIA présente en décembre 1985, au cœur de la guerre froide et 10 ans après la Marche verte, l’état des relations entre Américains, Marocains et Algériens.

L’époque est au rapprochement entre le Maroc et la Libye depuis 1984. Ronald Reagan occupe la Maison Blanche. Ce rapprochement avait profondément surpris et déplu aux Américains. Par ailleurs, Alger et Tunis avaient répliqué en se rapprochant également, l’Algérie craignant d’être prise en tenailles entre Rabat et Tripoli au cas où la situation se dégradait au Sahara.

CIA: le problème le plus épineux au Maghreb ne se situe pas entre Washington et l’une des deux capitales maghrébines, mais plutôt entre ces deux capitales

La CIA indique dans son rapport que “Rabat et Alger sont déçus par l’aide militaire américaine. Mais aucun des deux pays ne veut mettre en danger ses relations avec les Etats-Unis“. A l’époque, les USA utilisent des bases au Maroc pour le transit ainsi que le ravitaillement et possèdent des stations de télécommunications.

La carte d’Alger tient à son rôle d’intermédiaire entre Washington et des mouvements radicaux au Proche-Orient, que ce soit les hommes d’Abou Nidal ou les gardiens de la révolution de Téhéran.

La CIA constate toutefois que le problème le plus épineux au Maghreb ne se situe pas entre Washington et l’une des deux capitales maghrébines, mais plutôt entre ces deux capitales. “Le Maroc et l’Algérie sont en conflit au sujet du Sahara. Dix années de conflit ont provoqué une impasse. Le Maroc a amélioré sa position militaire. Alger améliore sa position diplomatique“, constate la CIA.

L’agence de renseignement note que "le Roi Hassan II du Maroc veut maintenir des liens étroits avec les Etats-Unis“ et que les officiels marocains se plaignent que l’aide économique et militaire américaine ne soit pas au niveau des bénéfices que les USA tirent de leur relation stratégique avec le Maroc.

Selon la CIA, les attentes de Chadli Bendjedid au pouvoir à Alger sont plus modestes vis-à-vis des Etats-Unis, mais il souhaite développer des relations commerciales et militaires après sa visite effectuée à Washington en avril 1985.

Malgré cela, note la CIA dans ce rapport écrit six mois après cette venue, “Alger a déjà exprimé son insatisfaction sur le niveau et la vitesse de réponse des Américains“. Mais en substance, l'agence de renseignement ne croit pas que “le Maroc ou l’Algérie veulent ou croient pouvoir forcer les Américains à faire un choix entre eux“.

En 1985, nous sommes au début des années Reagan, et à quelques années de la chute du mur de Berlin. Les raisons pour Alger ou Rabat de ramener plus les Etats-Unis de leur côté se posent de moins en moins car le monde soviétique a commencé à s’effriter.

Bientôt, Moscou et ses alliés seront ruinés. Washington entamera une domination internationale en solo qui durera un quart de siècle, jusqu’au début des années 2010 et la réémergence de la Russie et de Vladimir Poutine.

Désormais, Moscou est solidement installée en Syrie et cherche à consolider ses positions en Libye, ce qui peut fournir au Maroc l’occasion de développer son rôle régional.

L’analyse de la CIA sur le Maroc et l’Algérie est somme toute constante, du moins jusqu’à la chute de l’URSS. Un nouveau rapport d’évaluation du dossier Maroc-Algérie préparé par la CIA en mars 1987, parle de deux pays proches du conflit.

Il a été préparé par une très large équipe et contient de l’imagerie satellitaire. Le rapport note, dès le début, que “l’Algérie et le Maroc sont en compétition pour l’hégémonie régionale mais qu’ils préfèrent garder cette compétition dans l’arène diplomatique“. 

Cependant à cette époque, la CIA craint des provocations militaires algériennes comme ce fut le cas en 1963, 1976 et 1984, est précisé dans le rapport. Toutefois, “le potentiel pour une guerre totale entre l’Algérie et le Maroc est lointain“.

Cependant en cas d’escalade des tensions entre l’Algérie et le Maroc, la CIA note que Rabat demandera plus de soutien militaire aux Américains avec “des armes et du renseignement“ alors qu’Alger exigera “une stricte neutralité“.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Jamal Amiar
Le 22 janvier 2017 à 17h04

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité