Attijari Finance Corp: “Voici comment nous avons évalué Marsa Maroc”
Pour traiter le sujet sur la polémique Marsa Maroc, nous avons essayé de faire le tour d’horizon des différents acteurs du dossier relatif à l’introduction en bourse de cette entreprise publique. La valorisation initiale réalisée par Attijari Finance Corp a été critiquée par rapport à la valeur actuelle de l’entreprise. Le directeur général de la banque d’affaires, Idriss Berrada, a accepté de répondre à nos questions à propos de ce sujet.
Médias24: Comment a été effectuée la valorisation de l’entreprise Marsa Maroc faite par AFC?
Idriss Berrada: La valorisation a été réalisée selon des méthodes classiques et reconnues s'appuyant essentiellement sur un business plan. Celui-ci a été conçu conjointement par un cabinet de stratégie mondialement reconnu, une banque d'affaires leader au Maroc et le management de la société de concert avec le ministère de l'Economie et des Finances (direction des entreprises publiques et de la privatisation).
Le processus a suivi le cadre rigoureux imposé par la législation, en l’occurrence la loi n°39-89 autorisant le transfert d'entreprises publiques au secteur privé.
Une opération de marché est une opération qui ne se fait pas en vase clos, mais qui répond à une logique d'offre et de demande dans un contexte donné. Je vous invite à revoir les niveaux de valorisation présentés au niveau de la note d’information (PE 2015 de 15,1x), et notamment par rapport à ses pairs (décote de l’ordre de 3% par rapport au benchmark de sociétés comparables).
Il faut rappeler aussi que le nombre d'investisseurs ayant accepté de payer la prime de 10% par rapport au prix de 65 DH n'a été que de 3, et cela malgré une présence dans la gouvernance et surtout une allocation importante (3,33% du capital).
En effet, plusieurs investisseurs de poids de la place ont exprimé de fortes réticences sur la valorisation de la société, et certains ont même prédit une baisse immédiate du cours post introduction.
Par ailleurs, le titre a connu une évolution de l'ordre de 20% lors des premiers jours de cotation, ce qui est assez fréquent dans ce type d'opérations, puis il est resté stable durant plus de 3 mois. Tous ces éléments nous laissent penser que l'offre était convenablement calibrée face à la demande. Si le prix d'introduction avait été réellement bas, nous aurions eu un engouement des institutionnels plus important et surtout une forte envolée du cours sur les premiers mois de cotation.
Enfin, je me réfère à un article paru dans votre journal le 17 juin dernier, qui résumait parfaitement cette analyse et concluait sur un avis favorable à la souscription avec une valorisation du titre "correcte".
-Le député Omar Balafrej estime que le business plan présenté sur la note d’information était "pessimiste", pensez-vous que c’est le cas?
-Le business plan qui a fait l'objet de la valorisation présente plusieurs upsides dont notamment l’éventuelle reprise de l’activité de la raffinerie de la Samir et l’obtention de nouvelles concessions (telles que celles de Kénitra ou Nador West Med). Cela a clairement été expliqué lors des différentes présentations à la presse et aux analystes financiers.
En revanche, concernant l'exploitation de Marsa Maroc dans son périmètre de valorisation, nous pensons que les prévisions ont été convenablement abordées. Maintenant, il ne faut pas oublier que l’activité de Marsa Maroc réagit à de nombreux paramètres souvent compliqués à prévoir avec exactitude pour une année donnée (sécheresse entraînant une importation massive de céréales, hausse des importations et exportations, politiques de stockage et de déstockage des opérateurs industriels,…).
Cela est vrai pour beaucoup de sociétés cotées et c'est le propre des marchés financiers, car si cela n’était pas le cas, les investisseurs seraient tous acheteurs ou vendeurs en même temps. Les marchés financiers sont faits de prévisions, de spéculations et d’anticipations propres à chaque investisseur.
-Et que répondez-vous alors aux soupçons du parlementaire Omar Balafrej?
-Ce n'est pas à nous de nous prononcer sur les analyses d'un parlementaire. En revanche, en tant qu'acteur de la place financière, je me félicite de la reprise de la confiance des investisseurs locaux et internationaux vis-à-vis du marché actions et nous croyons très sincèrement que l'IPO de Marsa Maroc y a contribué.
N'oublions pas non plus que l'Etat marocain a vu sa participation dans Marsa Maroc se réévaluer de manière significative ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose.
-Comment expliquez-vous l'envolée du titre Marsa Maroc durant les 6 derniers mois?
-Le titre a connu une hausse importante sur cette période pour deux raisons majeures à notre sens:
*la première, à partir du début du mois d’octobre 2016 suite à la publication du PLF 2017 prévoyant un dividende issu de la participation de l’Etat dans le capital de Marsa Maroc en hausse de 74% par rapport au niveau prévu initialement lors de l’IPO (comme indiqué dans la notice d’information). Cela a eu un effet mécanique sur le rendement des investisseurs (dividend yield).
*la seconde, à partir du début du mois de décembre, à l’instar des principales capitalisations de la place, reposant sur la baisse des rendements obligataires et monétaires et ayant conduit les investisseurs à faire un arbitrage au profit du marché actions. À ce titre, tout le marché actions a profité de cette tendance depuis maintenant près de 2 mois. L’évolution qu’a connue le titre Marsa Maroc (+29%) sur cette période est moins importante que d’autres titres tels que Total Maroc (+48%), Cosumar (+43%), Managem (+34%) ou encore Addoha (+30%).
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