Maroc. Révision radicale des manuels d'enseignement religieux
Les nouveaux manuels d’éducation religieuse seront disponibles dans deux semaines. Ce retard se justifie par la révision totale de l’enseignement de la religion. Une révision de grande portée, qui dépasse le seul cadre de l’enseignement.
Le démarrage de l’actuelle révision remonte au 6 février dernier, lorsque le Roi Mohammed VI l’a annoncé dans le cadre d’un Conseil des ministres qu’il avait présidé à Laâyoune.
Le Roi avait confié la réforme aux ministres de l'Education nationale et Affaires islamiques, en les chargeant d’une “révision des programmes et manuels d'enseignement en matière d'éducation religieuse, aussi bien à l'école publique que dans l'enseignement privé ou les établissements de l'enseignement originel, dans le sens d'accorder une grande importance à l'éducation aux valeurs de l'islam tolérant, dans le cadre du rite sunnite malékite, qui prône le juste-milieu, la modération, la tolérance et la cohabitation avec les différentes cultures et civilisations humaines“.
Le Roi avait également souligné que ces programmes et manuels d'enseignement soient fondés “sur les valeurs authentiques du peuple marocain et ses traditions millénaires, basées sur l'attachement aux fondamentaux de l'identité nationale unifiée, riche de la diversité de ses composantes, ainsi que sur l'interaction positive et l'ouverture sur la société du savoir et les dernières nouveautés“.
Comme nous allons le voir, les mots sont pesés et significatifs. La réforme est à cheval entre le champ religieux et l’enseignement. Elle concerne la totalité des enseignements religieux, dans le public, privé ou traditionnel (originel).
L’enseignement originel ou traditionnel n’est sous la tutelle du ministère des Affaires islamiques que depuis 2004, l’année suivant les événements de mai 2003. Auparavant, ce réseau disparate, parfois chaotique, souvent archaïque, opérait dans l’opacité la plus totale, dans ses pratiques, ses programmes, ses tarifs. Il s’est développé également en même temps que le radicalisme religieux.
Des réseaux lucratifs et étendus se sont créés ou ont été développés (confréries, affaires familiales, affaires commerciales…), sous prétexte d’apprendre le coran aux petits enfants. Une partie d’entre eux a véhiculé des idées extrémistes, diffusé la haine, essayé de formater les enfants et les jeunes sous des concepts radicalisés.
La réforme concerne donc toute forme d’enseignement islamique au Maroc. C'est le premier acquis.
La seconde remarque a trait à la forme et au contenu de cet enseignement.
Dans les années 70, cet enseignement a été formaté pour combattre une influence laïque et moderniste jugée à l’époque pernicieuse, voire dangereuse. Cette fois-ci, c’est différent. L’objectif n’est pas de contrer, mais d’être conforme d’une part à une vision de modernité du Maroc exposée dans la Constitution; et d’autre part, d'effectuer une mise à niveau dans le cadre de la nouvelle stratégie de réforme de l’enseignement.
C’est pour cela que la révision qui a été faite est totale. Tout va changer: le contenu des manuels, les objectifs, les programmes, les méthodes d’apprentissage, le champ couvert par cet enseignement, les aptitudes que les élèves doivent acquérir….
Les méthodes pédagogiques modernes seront introduites. En matière de contenu, l’éducation islamique enseignera les droits de l’homme, y compris dans leur dimension universelle. On insistera sur le fait que l’humanité est une. Les notions d’égalité et d’équité seront présentes, la rationalité également et, peut-on supposer, un apprentissage de l’esprit critique et de la résolution des problèmes.
Bref, un enseignement ouvert sur le monde et sur l’environnement, un enseignement actuel surtout, inscrit dans le présent.
Jusqu’à présent, cet enseignement se contentait de faire l’apologie de l’islam, en insistant sur la supériorité des musulmans sur le reste de l’humanité. Cette approche était censée provoquer une identification, de sorte que toute position présentée comme islamique, dans quelque domaine que ce soit, était censée être parfaite et toute critique contre elle touchait directement l'identité.
Le nouvel enseignement, qui concerne les trois cycles, du primaire au secondaire, apportea aux enfants les connaissances nécessaires, la spiritualité, la religion, tout en respectant à la fois la modération, le rite malékite et en inscrivat l'ensemble non pas en vase clos, mais dans la contemporanéité.
Au final, il s'agit d'une réforme historique.
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