Lahbib Choubani risque la révocation
Si les accusations s'avèrent fondées, le président du conseil régional de Drâa Tafilalet encourt une révocation pure et simple. Il reconnaît avoir été porteur d'un projet personnel agricole dans sa propre région, sur des terres collectives. Des conseillers affirment qu'il s'agissait à l'origine d'un projet de la Région.
Lahbib Choubani se trouve dans une mauvaise posture. Il est l’un des cadres les plus en vue du PJD et il préside la région DE Drâa-Tafilalet. Il a en effet tenté de louer 200 hectares de terres collectives (terres dites soulaiyate), sur le territoire de la région qu’il préside, pour y lancer un projet agricole à objectif commercial. Les explications qu’il a données sur son compte Facebook et par communiqué ne sont pas convaincantes*.
L’histoire part d’un document fuité. Bien entendu, Choubani et ses camarades diront que l’objectif de la fuite est électoral. C’est possible. Mais cela n’enlève rien au fond de l’affaire. Il a lui-même reconnu l’existence de cette demande de location de terres collectives.
La demande de location est signée par Lahbib Choubani, ainsi que par Abdellah Sehiri, député PJD à Errachidida, Abdeslam Barji, président PJD du conseil urbain d’Erfoud, Mohamed El Yachioui, professeur universitaire à Kénitra et membre du MUR (Mouvement Unicité et Réforme, matrice idéologique du PJD) et Mbarek Hamidi, militant du PJD.
Elle est datée du 28 mars 2016 et adressée au représentant de la “Jemaâ“ soulali dite “Lamaadid“, sous couvert du caïd de la commune rurale de Arab Sebbah Ziz (cercle d’Erfoud, province d’Errachidia), sollicitant la location d’une terre collective de 200 hectares située au lieu dit “Sehb Chiyahna“ dans la même commune, pour y lancer un projet agricole intégré.
Comme souvent lorsqu’il s’agit de politique, Choubani a répondu à côté. Il a expliqué, et c’est tout à fait possible, que le projet est original et qu’il peut se traduire par des retombées importantes pour la région, en termes d’emploi et de valeur ajoutée. Il s’agit selon lui d’une méthode nouvelle permettant de produire des fourrages avec le rendement exceptionnel de 20 tonnes/hectare, sans irrigation.
PIB moyen par tête en 2013 (source: HCP): le Drâa Tafilaet est la région la plus pauvre du Maroc
Mais le problème ne se situe pas du tout à ce niveau.
Selon des sources sûres au sein du conseil de la région, contactées par Médias 24, l’affaire a divisé le conseil et suscité la désapprobation d’une partie importante, probablement majoritaire, des élus.
Selon une source digne de foi (un membre du conseil qui a assisté à toutes les délibérations depuis le début de l’année), le projet a été présenté au départ comme devant être celui de la Région. Puis l’idée a été abandonnée et les conseillers ont découvert que le président Choubani l’a présenté à titre privé, en association avec quatre de ses proches.
Lors de la première présentation, selon notre source, Choubani a évoqué une idée portée par un chercheur marocain et susceptible de drainer des ressources financières importantes à la région, car il s’agissait de produire des plantes fourragères à très bas prix et sans irrigation. Le conseil avait alors donné son accord de principe, à la majorité.
Notre source accuse Choubani d’avoir été alléché par la rentabilité du projet. Et annonce qu’une partie des conseillers comptent saisir le wali de la région, en vertu des articles 67 et 68 de la loi organique sur les régions (ci-dessous).
Le problème se situe en effet aux niveaux légal et administratif.
L’article 67 évoque les manquements à l'éthique du service public. L’article 68 interdit toute situation de conflit d’intérêt ou de prise d’intérêt personnel.
Une partie des membres du conseil de la région Drâa-Tafilalet (dont des membres de sa propre majorité) vont saisir le wali pour demander la saisine du tribunal administratif et la révocation du président Choubani.
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*Choubani menace dans son communiqué de faire des procès à certains journaux sans les nommer. Et ajoute que ni lui ni les membres du conseil de la région n’ont perçu le moindre centime depuis le début de l’année et jusqu’à présent, en indemnités de représentation. Sur ce dernier point, il n’a aucun mérite: le décret instaurant les montants des indemnités de représentation des conseils régionaux vient à peine d’être adopté. Choubani ne pouvait faire autrement. Mais il avait quand même budgétisé ces indemnités.
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