Gouvernement. Tous les regards sont tournés vers le Roi
Tout le monde a le regard tourné vers le Chef de l’Etat. C’est lui qui décidera quand recevoir et qui recevoir pour la formation du nouveau gouvernement.
Les regards se tournent progressivement vers l’avenir proche. On suppute, spécule, ce qui pourrait advenir. Les questions sont évidentes. Les réponses possibles sont innombrables.
>Les chiffres:
125 sièges pour le PJD, 102 pour le PAM.
Les deux partis améliorent leurs scores et le paysage évolue de facto vers une bipolarisation.
Les six partis qui suivent, Istiqlal, RNI, UC, USFP, PPS et MP reculent tous. Le total de sièges perdus par eux est de 75.
Le PJD en a récupéré 20 et le PAM 53. Voir tableau.
Les grandes inconnues restent la distribution territoriale des voix et la part des abstentions. La répartition des voix par parti et par circonscription, lorsqu’elle sera publiée, permettra de bien analyser le vote.
>La petite phrase de Hassad.
Le ministre de l’Intérieur a annoncé les résultats préliminaires dans une courte allocution prononcée au milieu de la nuit de vendredi à samedi.
On en retiendra ce passage qui n’est pas innocent: “Le ministre a également félicité le Parti de la justice et du développement pour être arrivé en tête des élections législatives, en dépit de toutes les critiques que le parti n’a cessé d’adresser particulièrement au ministère de l’intérieur? tout au long de l’opération électorale, probablement parce que ce parti doute encore de la ferme volonté de toutes les composantes de la nation, avec à leur tête SM le Roi, que Dieu le préserve, pour ancrer la pratique démocratique et en faire un choix stratégique irréversible, ce qui aurait amené le parti précité à annoncer certains résultats avant le ministère de l’Intérieur? sachant que ce département a veillé, pendant les différentes étapes de l’échéance électorale, à observer la même distance à l’égard de l’ensemble des formations politiques“.
>Le calendrier.
En 2011, les élections s’étaient déroulées vendredi 25 novembre. Les résultats ont été annoncés par le ministre de l’Intérieur de l’époque le dimanche 27 dans l’après-midi. Le mardi 29 novembre, Abdelilah Benkirane était reçu à Midelt par le Roi Mohammed? VI qui le chargeait de former un gouvernement. L’audience avait duré 3 minutes, selon Benkirane lui-même, le Roi lui disant: “il ne faut pas s’éterniser, sinon on va croire que nous sommes en train de former le gouvernement“.
Le Roi en effet, a tenu depuis 2011 à garder ostensiblement ses distances avec le travail de l’Exécutif. sauf pour ce qui est stratégique ou pour ce qui concerne les institutions.
On peut penser cette année que la désignation interviendra avant vendredi 14 octobre. Vendredi prochain, le Roi ouvre la première session de la nouvelle législature, dans un Prlement composé des nouveaux élus.
Vendredi, le Parlement écoutera le discours du Roi et à partir du lundi commencera à se mettre en place avec entre autres l’élection de ses instances.
La nouvelle Chambre recevra dans les jours suivants le projet de loi de finances 2017.
Le gouvernement ne viendra pas défendre ce texte, car il est devenu, vendredi soir et de facto, un gouvernement de gestion des affaires courantes.
La Constitution ne fixe pas un délai pour la formation de la nouvelle majorité. Il serait préférable et dans l’intérêt du Maroc que celle-ci soit opérationnelle à temps pour discuter du projet de loi de finances, l’amender ou en élaborer un autre. Et qu’elle soit également en place pour la COP22, qui aura lieu du 7 au 18 novembre à Marrakech.
>Puisque c’est le PJD, Benkirane or not Benkirane?
Inutile d’entrer dans la spéculation, nous serons fixés dans quelques jours.
Nous pouvons juste rappeler que la Constitution indique que le Roi désigne le Chef du gouvernement parmi le parti arrivé en tête des élections.
Benkirane le sait, en parle et dit que c’est naturel et qu’il appartient au Roi de choisir celui qui lui paraît le plus apte, au sein du parti arrivé en tête. Par ailleurs, son mandat à la tête du PJD prend fin en 2017. Il peut être renouvelé à condition que le règlement intérieur du parti soit amendé.
Les deux autres noms qui circulent sont essentiellement Saâd Eddine El Othmani et Aziz Rabbah.
Un haut commis de l’Etat, avisé mais s’exprimant à titre personnel, n’exclut pas que Benkirane soit reçu en tant que chef du PJD, mais que le Roi se contente de charger le PJD de rechercher une majorité avant de décider, au vu des consultations, quelle serait la personnalité qui dirigerait le gouvernement. Une autre source n’exclut pas qu’un autre dirigeant soit chargé de former le gouvernement et que ce dirigeant soit reçu par le Roi en présence de Benkirane.
Mais il s’agit pour le moment de spéculations pures.
Notons que Benkirane a imposé le silence à ses troupes et se refuse à toute déclaration depuis la publication des résultats.
>Majorité introuvable?
La bipolarisation en marche et la dispersion des sièges, hormis les deux cas du PJD et du PAM, font que la majorité ne sera pas simple à composer. Il faudra arithmétiquement 198 sièges, en réalité au moins 210. Il faudra donc trouver 85 sièges, dont 12 apportés par le PPS. Il reste à en trouver 73. L’Istiqlal dispose de 46 sièges seulement. Un quatrième parti sera indispensable.
Les six désormais petits partis sont tous en perte de vitesse, mais gardent des atouts décisifs en main.
>Transition politique.
L’élément clé qui a tout déclenché est cette disposition constitutionnelle en vertu de laquelle le parti arrivé en tête dirige le gouvernement. Elle a changé la règle du jeu. Le scrutin lui-même, en tout cas pour la partie maîtrisable, celle qui se déroule à l’intérieur des bureaux de vote, semble aussi transparent que l’urne elle-même.
C’est comme si en économie, on passait d’un système administré, basé par exemple sur des protections ou des rentes, à un système de libre concurrence où le consommateur final prend librement sa décision.
Cette libre concurrence apporte une offre nouvelle (ici, le PJD essentiellement) et un niveau d’exigence élevé de la part du client final. Ceci est vrai, au moins dans les grandes villes, comme l’ont montré les études pertinentes du centre Tafra et de différents chercheurs.
Cette libéralisation du marché de la politique se joint à la naissance d’une opinion publique, qui s’exprime par exemple sur les réseaux sociaux.
Tout le paysage politique est en train d’être reconfiguré.
Le PJD, toutes les études le montrent, a une offre cohérente et “vendable“, mais il profite aussi de la faiblesse de ses concurrents. L’abstention très élevée n’est pas à chercher ailleurs: une insatisfaction à l’égard de l’offre. Il faut élargir le marché, la demande existe, mais l’offre n’est pas suffisante ou pas bonne.
Le marché n’est pas non plus homogène. Il est très segmenté: on sait que les couches urbaines vulnérables ne votent pas en masse, que les couches les plus éduquées s’abstiennent fréquemment, que trop de femmes sont influencées par leurs maris ou frères ou fils, que dans le monde rural, la prise de décision obéit à des mécanismes complètement différents de ceux des grandes villes….
Ce qui est certain, c’est que des leaders devront quitter leurs sièges (Chabat, Lachguar…), que la gauche est sinistrée, que des “big bangs“ sont indispensables dans les six formations qui sont en déroute ou en perte de vitesse.
Un parti doit aller à la rencontre de ses clients. Quelques règles sont désormais indispensables: la démocratie interne, le projet politique clair (ou socle idéologique), l’identité forte, la sincérité de la communication… Un parti doit être une “marque“. Un mauvais chef doit quitter la barque. Ceux qui maintiendront les leaders qui ont échoué n’ont aucun avenir.
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