Hakima El Haité: “Je ne démissionnerai pas. Le Maroc importe 450.000 T de déchets/an”
La ministre de l’environnement s’est expliquée sur l’importation des 2.500 tonnes de déchets italiens. Selon elle, la polémique et les appels à sa démission n’ont pas lieu d’être car cette opération courante prépare la création à l'horizon 2020 d’une filière de valorisation des déchets marocains.
Lors d’une conférence de presse ce lundi 11 juillet, Hakima El Haité a essayé de convaincre une assistance hostile de l’innocuité des déchets italiens importés, pour la santé des Marocains.
Le décor était surréaliste: dans un amphithéâtre bondé, la ministre a du affronter de nombreux citoyens et représentants d’associations, furieux, qui ont monopolisé et confisqué la parole aux journalistes minoritaires, alors qu'il s'agissait d'une conférence de presse.
Malgré ses efforts pour ramener le calme, plusieurs intervenants lui ont demandé de présenter sa démission et ont même réclamé son jugement pour mise en danger de la vie des citoyens marocains.
Imperturbable, El Haité a rétorqué qu’elle ne démissionnera pas car elle a non seulement suivi "à la lettre" les règles d’admission de ce type de cargaison mais les a en plus renforcées.
La ministre elle-même était accompagnée d'un staff de fans, opérateurs économiques ou collaborateurs, qui n'hésitaient pas à applaudir bruyamment à chaque fois qu'elle martelait une phrase définitive du genre "je ne démissionnerai pas".
"Depuis mon arrivée au ministère en 2013, nous fonctionnons avec des règles européennes qui sont les plus sévères au monde. Nous n’avons rien à envier à des pays comme la Suède qui importe aussi des déchets pour ses cimenteries", précise la ministre.
Selon elle, l’importation des 2.500 tonnes de déchets par le cimentier Lafarge n’est pas une première car le Maroc importe chaque année 450.000 tonnes de déchets qui n’ont jamais posé le moindre problème sanitaire ou écologique.
Les chiffres avancés par la ministre montrent que la cargaison de 2.500 tonnes de déchets importés qui déchaînent les passions représentent à peine 0,55 % des importations annuelles de RDF.
"La seule erreur que vous pouvez me reprocher est de ne pas avoir tenu au courant de cette opération d’importation de déchets non dangereux les associations écologistes", a-t-elle concédé.
Elle a assuré avoir renforcé la procédure d’importation basée sur les dispositions de la convention de Bâle qui autorise les mouvements transfrontières de déchets banals et interdit le transfert de déchets dangereux des pays développés vers les pays en voie de développement comme le Maroc.
Interrogée sur son communiqué du 1er juillet parlant de déchets non dangereux et de l’annonce ultérieure d’effectuer des tests en laboratoire, El Haité s’est enorgueillie d’avoir instauré 19 nouveaux documents de contrôle (traçabilité, assurances, caractéristiques des déchets, déclaration anti-mafia …).
Concernant le danger potentiel pour la santé des Marocains, la ministre affirme que l’opinion s’est emballée à tort alors que toutes les études prouvent que "l’incinération de ces combustibles de substitution est moins polluante que l’énergie fossile et génère moins de gaz à effet de serre".
Accusée d’avoir des intérêts dans l’importation de déchets, la ministre a déclaré que les seuls gains de cette filière sont d’ordre énergétique pour les cimentiers qui préfèrent acheter la tonne de RDF (refuse derived fuel) à 35 euros en lieu et place d’énergies fossiles beaucoup plus chères.
La seule nouveauté aura été l’annonce de la création de plusieurs filières nationales de valorisation basées à Casablanca et Marrakech capables à l’horizon 2020 de traiter entre 30% et 50% des déchets marocains.
Elles seront mises en place par des opérateurs privés en partenariat avec les ministères de l’intérieur, de l’Industrie et du commerce et avec le ministère délégué à l’Environnement.
Sur l’absence de soutien de son chef du gouvernement ou de sa propre famille politique (MP), El Haité a préféré botter en touche en assurant qu’elle n’avait commis aucune faute et qu’elle continuera son mandat jusqu’à son terme.
Malgré ses explications, il n’est pas sûr que l’opinion publique qui refuse de recevoir sur son sol les déchets d’un pays étranger accepte cette situation tant que le Maroc ne saura pas gérer et tirer profit de ses trop nombreux déchets .
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