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Ramadan. Les libéraux arrivent à ouvrir le débat sur l'article 222 du code pénal

Au cours de ce ramadan 2016, les partisans de la liberté de dé-jeûner en public ont marqué des points. Cette année, il y a eu débat, même limité. Et c’est une première. La cible est l’article 222 du code pénal, celui qui sanctionne ceux qui, réputés musulmans, rompent ostensiblement le jeûne en public et sans raison licite.

Ramadan. Les libéraux arrivent à ouvrir le débat sur l'article 222 du code pénal
R. B.
Le 23 juin 2016 à 13h49 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Les arguments en faveur de la suppression de cet article sont nombreux, Médias 24 s’en est fait largement l’écho: la Constitution, l’évolution, l’islam lui-même, puisque la religion est une relation entre le Créateur et l’être humain [comment sanctionner et/ou récompenser s’il y a obligation imposée par la force de la loi pénale ?], la reconnaissance de l’individu, l’existence d’une atmosphère de coercition qui interdit même aux dé-jeûneurs licites de manger,…

Les tenants de la coercition et du maintien de l’article 222 ont été ébranlés par la déclaration d’Ahmed Raissouni, favorable à la suppression de l’article 222.  Ahmed Raissouni est une grande figure des courants à référentiel islamique. Il a estimé que la désapprobation sociale suffit à combattre cette tentation de manger en public. On ne sait pas ce qu’il entend par désapprobation sociale: s’agit-il d’un simple regard courroucé; ou à l’autre extrême, d’une foule survoltée?

Et pour finir, Najib Boulif, ministre PJD, a pris position contre les propos de Raissouni et contre toute suppression de l’article 222. Ce sont ses arguments qui sont les plus intéressants: aucun d’entre eux ne cite ni la Constitution ni le droit positif. En d'autres termes, et encore une fois, on est dans l'idéologie.

Dans un post digne des ligues et des polices religieuses, M. Boulif estime simplement que ceux qu’il appelle les “permissifs“ ou “permissionnistes“ seront encouragés à sortir dans la rue et à manger publiquement, en cas d'abrogation de l'article 222. Il ajoute qu’ils sont très peu nombreux. Il décrète que supprimer l’article 222, reviendra à détruire l’un des piliers de la religion musulmane dans un pays musulman, le jeûne.

En réalité, le nombre des déjeûneurs importe peu, car le droit des gens n’est pas une question de nombre. Les minorités également ont des droits. Personne n’a désigné M. Boulif comme gardien de la foi des Marocains. Et la foi n’a pas besoin de coercition. Elle est personnelle. L'article 222 n'est en aucun cas garant de l'islam ou du jeûne.

Le débat comme on le voit, se réduit à ceci: tous ceux qui défendent le droit de dé-jeûner sont simplement accusés de ne pas être musulmans ou alors d’encourager les nonmusulmans ou les ex-musulmans.

On est très loin de la Constitution et des valeurs comme la démocratie, qui sont mis en avant pour des raisons électorales. La démocratie est une pratique quotidienne, ce n’est ni un slogan, ni un mode de scrutin. Et gagner des élections ne vous donne pas le droit de violer les droits des minorités.

Samedi 25 juin, il y aura un sit-in devant le Parlement à Rabat, à 21H, pour demander l’abrogation de l’article 222.  Si vous pensez que jeûner est une affaire personnelle, que le Code pénal doit être réformé pour aller avec son temps, et se mettre au niveau de la Constitution, que l’on n’a pas besoin de lois coercitives pour avoir la foi et respecter ses obligations religieuses, que celles-ci sont une affaire personnelle, vous êtes invités à y prendre part.

De plus en plus, ceux qui défendent les dé-jeûneurs sortent dans l'espace public et s'expriment. C'est cela, le changement.

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R. B.
Le 23 juin 2016 à 13h49

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