Quand le ministère de l'Education nationale “participe au takfir de ses propres enseignants”
Des passages d’un livre autorisé par le ministère de l’Education nationale présentent la philosophie comme une matière diabolique. L’Association marocaine des enseignants de philosophie réclame sa suppression, alors que le MEN campe sur ses positions et affirme que les citations-polémiques ont été sorties de leur contexte.
"La philosophie est une production de la pensée humaine contraire à l’Islam. Elle représente le comble de l’insignifiance et de la dépravation. C’est la matière du trouble et de l’égarement, qui est motivée par la perversion et le blasphème. Quiconque s’y adonne sera détourné des bienfaits de la Charia et celui qui s’en inspire sera possédé par Satan et ne croira plus à la prophétie de Mohamed".
Cette fatwa du salafiste Ibnou Salaah Achahrazouri (mort il y a 8 siècles) insérée dans un manuel destiné aux élèves de première année du baccalauréat a provoqué la colère des professeurs qui enseignent cette matière.
Dès qu’elle a pris connaissance de ce contenu lapidaire, l’Association marocaine des enseignants de philosophie (AMEP) a violemment dénoncé le chapitre du cours intitulé "La foi et la philosophie" du manuel d’éducation islamique édité dans la collection Al Manar.
Elle a organisé des sit-in pendant trois jours (21, 22 et 23 décembre) pour défendre auprès des élèves, des parents et de l’administration, l’enseignement de "cette matière qui participe à l’éveil de l’esprit critique de leurs étudiants".
Selon un de ses membres, joint par Médias24, réclamant l’anonymat par crainte de représailles de son ministère de tutelle, l’AMEP réclame la suppression pure et simple de ce manuel des lycées.
"Comment le MEN peut-il valider et autoriser la distribution d’un ouvrage influencé par une idéologie rétrograde, qui renvoie aux années de plomb (1970) où les sciences humaines et sociales avaient été remplacées par des cours de religion d’inspiration wahhabite pour contrecarrer les idées révolutionnaires des socialistes?".
Revenant sur la réforme censée expurger les clichés sexistes et les appels à la haine religieuse des contenus scolaires, notre interlocuteur affirme que la validation par le MEN de ce nouveau manuel prouve que le ministère n’a pas osé aller au bout de cette démarche de réforme dictée par une volonté royale.
Abdelkrim Safir, secrétaire national de l’AMEP n’hésite pas à nous déclarer que la diffusion de ces passages est extrêmement grave, car en accusant indirectement de mécréance ses enseignants, le département de Rachid Benmokhtar est responsable de potentiels appels au meurtre, sachant que c’est la peine qui leur est réservée par la Charia.
"Au final, le ministre qui se targue de moderniser le contenu des ouvrages scolaires avec des concepts prônant les valeurs universelles des droits humains a reculé devant la pression des conservateurs qui prêchent la haine et nous font passer pour de dangereux déviants à excommunier. Pour faire court, le MEN participe au takfir de ses propres enseignants", conclut notre source.
Interrogé à son tour, un membre du cabinet du ministre nous a d’abord renvoyés à la lecture de son communiqué publié en réponse aux critiques de l’AMEP, avant de nier tout contenu extrémiste ou obscurantiste.
"Avant de donner notre feu vert à ces passages qui ont créé une fausse polémique, ils ont été soumis à la validation du Conseil des oulémas. Il n’est donc pas question de les condamner ou de les retirer. Nous considérons que les phrases citées dans le manuel ont simplement été sorties de leur contexte. Nous les avons validées, car notre intention était simplement d’ouvrir le débat et de faire en sorte de ne pas favoriser la philosophie au détriment du cours d’éducation islamiqueé, justifie notre source.
Ces explications sont peu convaincantes, sachant que la réforme de l'enseignement marocain est censée au contraire développer l'esprit critique chez les élèves.
L’AMEP, qui a initié une pétition et envoyé une lettre au ministre concerné, ne compte pas arrêter son combat avant que l’ouvrage qualifié de dogmatique ne soit définitivement retiré du circuit pédagogique.
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