Apostasie. Rien ne change pour le moment
Sur un document interne du Conseil supérieur des Oulémas (CSO), un texte évoque la nécessité d'annuler la peine de mort en cas d’apostasie. Cette publication a été interprétée comme une prise de position du Conseil. En fait, rien n'a changé.
Plusieurs médias, au Maroc et à l'étranger, ont relayé une information qui fait écho de l’annulation de la peine réservée aux personnes ayant "quitté" la religion musulmane.
"Pour le moment, il n’y a aucun changement pour nous, et ce n’est pas une Fatwa du Conseil", explique d’emblée une source proche du CSO et du ministère des Habous à Médias24. En d’autres termes, ce n’est ni une décision, ni une Fatwa émise par la plus haute instance religieuse du pays, et rien ne change. "La Fatwa émise en 2012 n’a jamais été appliquée au Maroc à ma connaissance", précise Mountassir Hamada, écrivain et chercheur au Centre marocain des études et recherches sur le Maghreb (CMEM).
A l'origine, on trouve un document qui a été distribué aux différents membres du Conseil début février. Celui-ci contient un article qui est une contribution au débat et qui a fait croire qu'il s'agit d'une position du CSO.
"C’est un article qui apparaissait dans la rubrique dédiée aux questions concernant la justice, la solidarité, les droits et les libertés, qui est à l’origine de cette polémique", nous explique une source au sein du CSO. Dans le détail, ce sont cinq membres de la plus haute instance religieuse qui ont proposé l’annulation de la peine de mort en cas d’apostasie. "Ce sont des personnes qui ont eu leur propre lecture des Hadith et de la Sounna et qui ont soumis cela aux autres membre du Conseil", précise notre source.
Une lecture qui semble pourtant beaucoup plaire à un bon nombre de chercheurs et d’observateurs du champ religieux national. "C’est un tournant important pour le Maroc. Nous avons aussi le sentiment qu’il y a une volonté de moderniser les réflexions en relation avec la religion", estime Mountassir Hamada.
Comprenez, donc, qu’au sein du CSO, le débat autour de la question de l’annulation de l’ancienne Fatwa aura bien lieu. "C’est une simple opinion qui reflète l’avis propre de ses rédacteurs. Au CSO, les membres ont la possibilité de proposer des pistes de réflexion et d’ouvrir n’importe quel débat", précise notre source proche du CSO et du ministère des Habous.
D’ailleurs, en préambule du document, il y a une précision qui explique qu’il ne s’agit nullement d’un produit doctrinal officiel du CSO. "Le document n’est qu’un ensemble d’impressions et de compréhensions personnels des Oulémas", confirme notre source au sein du CSO. L’aspect officiel n’y est pas et pourtant, des support de presse l’on annoncé comme une Fatwa déjà adoptée par le CSO.
"Cette affaire a été très instrumentalisée, et nous avons le sentiment que quelques parties l’ont montée en épingle pour contester la légitimité du CSO et de ses avis", explique notre source proche du conseil.
En tout cas, officiel ou pas, ce document du CSO montre qu’il y a un débat au sein de cette instance et avec des avis et des lectures différents. Ceci reflète aussi en quelques sortes les différents courants qui existent au sein de la société marocaine. Il faut dire aussi que le CSO, n’est pas aussi "monolithique" que l’image qu’il véhicule ou que nous avons de lui.
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