Polémique sur l’amour vu par 2M: Ce qu’en disent le producteur, la réalisatrice et le diffuseur
La chaîne télévisée a diffusé le 4ème épisode d’une série documentaire sur le thème de l’amour. Produit par Nabil Ayouch et réalisé par Leïla Marrakchi, cet épisode a déchaîné les passions pour avoir laissé parler des jeunes de relations sexuelles hors-mariage. Explications des concepteurs du programme.
L’émission intitulée "Des histoires et des hommes" diffusée dimanche 2 avril au soir a provoqué un tollé et un torrent d’insultes sur les réseaux sociaux et sur la page FB de la chaîne télévisée 2M.
Réalisé par Leila Marrakchi, ce quatrième épisode d’une série de 10 a donné la parole à des couples mariés et à des jeunes pour parler d’amour. La brève séquence de jeunes évoquant la problématique des relations sexuelles hors mariage a fait bondir des internautes qui se sont indignés. Voici la séquence contestée:
Interrogé par Médias24, le producteur-réalisateur Nabil Ayouch se dit estomaqué par cette polémique sur un sujet anodin qui ne fait que refléter une réalité marocaine et universelle.
"Cette série dont le concept est l’amour vu par… illustre la vision de l’amour d’une dizaine de réalisateurs marocains (cinq femmes et cinq hommes). Celle de Leïla Marrakchi qui a fait réagir de manière inconsidérée montre que les mentalités sont toujours rétrogrades et n’ont pas évolué depuis la sortie en 2005 de son film Marock qui avait provoqué une levée de boucliers des conservateurs", regrette Ayouch.
Le réalisateur qui avait déjà dû faire face à un torrent d’insultes après la sortie interdite de son film "Much loved, Zin Li Fik" déclare qu’il ne s’attendait pas aux nombreuses réactions indignées et moralisatrices des internautes.
"Ce numéro a donné la parole à trois couples représentatifs de la société marocaine et à des jeunes. La séquence qui a déclenché la polémique est celle (très courte) où ces derniers évoquaient le fait d’aller à l’hôtel pour s’aimer. Elle a braqué les bien-pensants qui soutiennent mordicus qu’il faut obligatoirement être marié pour être amoureux. Il faut arrêter avec cette hypocrisie ambiante car c’est une réalité que la réalisatrice n’a fait que mettre en perspective. N’en déplaise à mes détracteurs, je suis très fier de l’avoir produit et je soutiens totalement le point de vue de Leïla", ajoute le producteur
Une polémique d’autant plus surprenante que l’émission a enregistré un pic d’audience inédit pour un documentaire classique avec presque deux millions de téléspectateurs. Avant de tourner les premiers numéros de la série, la société "Ali’N" a répondu à un appel d’offres de 2M pour produire cette nouvelle émission sur «l’amour vu par…» après quoi le producteur Ayouch a sélectionné dix réalisateurs avant de les accompagner dans l’écriture de leurs scénarios.
"Nous avons tout fait en collaboration avec 2M et je salue le travail de Reda Benjelloun qui est le patron de la case documentaire. Les six prochains numéros n’ont pas encore été tournés mais j’espère qu’ils seront de la même veine que les quatre précédents car nous avons laissé carte blanche aux réalisateurs pour qu’ils donnent leur vision de l’amour au Maroc".
Pour conclure, Ayouch trouve rassurant que la chaîne télévisée ait complètement assumé son choix éditorial et qu’elle n’ait pas fléchi face aux remontrances de certains internautes.
Pour Leïla Marrakchi, l’émission a simplement montré la réalité de l’amour au Maroc. La réalisatrice précise d'ailleurs que trois des quatre séquences diffusées dimanche 2 avril concernaient des couples mariés.
"Ces jeunes ne parlaient que de leur quotidien"
"Ce n’étaient ni des couples adultérins ni non-mariés. La séquence polémique illustre le pouvoir d’aimer librement sur lequel je ne pouvais pas faire l’impasse. Les réactions outrées donnent l’impression que c’est un crime alors que ces jeunes ne parlaient que de leur quotidien. C’était important de montrer comment ceux qui n’ont pas les moyens de se marier et ne veulent pas attendre l’âge de 30 ans appréhendent l’amour qui est une chose naturelle", explique la réalisatrice.
Elle soutient que son documentaire était équilibré avec des couples conservateurs et progressistes qui composent la société marocaine. Se défendant d’avoir voulu provoquer, Marrakchi assume et défend sa liberté de pensée en phase avec la réalité des pratiques amoureuses au Maroc.
Du côté de 2M, les insultes proférées sur Facebook sont un non-événement car le documentaire diffusé "indigne seulement ceux qui ne veulent pas se voir dans un miroir". Une source autorisée de la chaîne regrette le fait que parler d’amour au Maroc gêne toujours autant en 2017 dans certains foyers.
"Nous avons fait appel aux meilleurs réalisateurs pour parler de cette thématique (Kamal Achkar, Sonia Terrab, Dalila Nadr, Leïla Marrakchi, Fawzi Bensaïd, Noreddine Lakhmari, Narjis Nejjar, Daoud Ould Sayed, Zahra Tahiri). C’est un projet ambitieux car nous sommes un des rares pays arabes qui possède des cinéastes de cette qualité et des financements pour montrer sa réalité sociétale".
Pour tordre le coup aux rumeurs de ceux qui avancent que le contribuable n’a pas à financer, des programmes "pornographiques", notre source rappelle que 2M est financé à 95% par ses recettes publicitaires.
"2M assume totalement ce programme qui représente la diversité avec des citoyens qui parlent d’amour de leur pays, de leur conjoint, de leurs parents …. Cette polémique est un non-événement car cet épisode a réuni un téléspectateur sur quatre (1,985 million soit 23,8% de part de marché). Ceux qui se cachent derrière leur écran pour s’indigner ne sont que des tambours creux sans arguments", conclut notre source.
Au final, cette polémique montre que la chaîne ne craint pas d’aller à contre-courant des conservateurs qui refusent de voir à l’écran la réalité amoureuse du Maroc et que ceux qui n’acceptent pas la diversité d’opinion ont toujours le choix de zapper en regardant d’autre programmes …
Suivez ce lien pour voir l'émission dans son intégralité.
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