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Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime

Quelques jours après le communiqué du ministère de la santé qui a livré sa version des faits en omettant d'indiquer la cause de la mort d’Idya, le père de la fillette nous livre son propre récit et revient, pour Médias24, sur les "carences du système de santé marocain ayant abouti à un drame qui aurait pu être évité". 

Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime
Samir El Ouardighi
Le 18 avril 2017 à 17h12 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

Le décès de la petite Idya survenu 2 jours après une chute accidentelle a provoqué de nombreuses réactions de Marocains qui se sont indignés des dysfonctionnements du système médical au Maroc.

Accusé de ne pas consacrer suffisamment de moyens matériels et humains aux besoins des patients, le ministère de la Santé a publié, 3 jours après le drame, un communiqué qui rejette les accusations, notamment de sous-équipement ou de panne de scanner, mais omet d’évoquer l'essentiel: quelle est la cause du décès de la petite fille de 3 ans? Joint par Médias24, service de communication du ministère de la Santé, toujours aussi peu coopératif, voire désagréable, nous a envoyés sur les roses.

Contacté à son tour, le père de la défunte accuse le ministère de "refuser de donner une réponse car sa responsabilité d’autorité de tutelle des acteurs médicaux est pleinement engagée".

Revenant sur le déroulé des événements qui ont abouti à cette "erreur médicale", IL rappelle que sa fille a fait une chute le samedi 8 avril dans un village distant de 14 kilomètres de Tinghir. Selon un document médical (voir ci-dessous), elle a fait une chute de trois mètres avec réception sur le visage.

"Le dispensaire du village étant fermé le week-end, nous l’avons emmenée à l’hôpital de Tinghir qui date du protectorat. Le médecin nous a suggérés de l’emmener plus tard à l’hôpital d’Errachidia pour un examen plus complet. Rassurés, nous sommes rentrés à la maison mais au milieu de la nuit, elle s’est mise à vomir sans arrêt. Nous la transportons alors à Errachidia où un premier médecin se contente de lui faire un scanner de ma tête qui ne révèle aucune anomalie. Il nous suggère de l’emmener à Fès pour réparer sa fracture de l’os sous l’œil gauche mais sans aucune urgence. Après sa garde, il s’en va sans avoir fait de dossier médical, ce qui m’oblige à solliciter un 2ème médecin pour répondre à l’aggravation de son état de santé. Devant mon insistance, il effectue un 2ème scanner qui confirme les résultats du 1er mais ne prend pas la peine d’examiner d’autres causes. Faute d’ambulance, la petite n’arrivera  à Fès que le lundi soir dans un véhicule sans réanimateur ni urgentiste. Après un passage à l’hôpital Omar Drissi qui se dit incompétent, elle décédera deux heures après son arrivée au CHU de Fès", relate Driss Syfaks Fakhredine.

Une fois le décès médiatisé, le ministre Louardi l’appelle pour lui présenter ses condoléances et l’assurer qu’une enquête déterminera si des manquements humains devront être sanctionnés.

Fakhredine lui répond qu’hormis la responsabilité des médecins d’Errachidia, le vrai problème est la politique sanitaire de l’Etat en matière de prise en charge médicale (infrastructures, transport, compétences des personnels …).

Notre interlocuteur se désole en effet du fait que sa fille qui a fait deux scanners à l’hôpital d’Errachidia n’ait pas fait l’objet d’un examen approfondi par les médecins de garde dimanche 9 avril.

"Les deux médecins qui l’ont examinée se sont concentrés sur sa tête et ont négligé le reste de son corps alors que sa chute pouvait avoir affecté d’autres organes. Après les scanners, ils nous ont assuré que son cerveau n’avait pas été touché et que tout allait bien et que ce n’était qu’un traumatisme facial bénin et une fracture de l’os sous l’œil gauche. Ils nous ont suggéré de l’emmener à l’hôpital Omar Drissi de Fès spécialisé en ophtalmologie pour régler le problème mais ont ajouté que ce n’était pas une urgence alors que son état n’a cessé de se dégrader. Hormis cette incompétence caractérisée, l’ambulance avec qui nous avions convenu de faire le transfert dans l’après-midi du dimanche s’est littéralement volatilisée", s’insurge le père.

A la question de savoir quelle cause était spécifiée dans le certificat de décès remis par le médecin de Fès, Fakhredine déclare que c’est un arrêt cardio-respiratoire qui a entrainé la mort de sa fille. En réalité, toute l'humanité décède d'un arrêt cardio-respiratoire, terme qui signifie uniquement que le coeur s'est arrêté de battre et que l'individu a arrêté de respirer. Mais pourquoi? Telle est la question. Seule la détermination de la cause peut permettre d'enquêter et de déterminer les responsabilités.

Selon lui, l’arrêt cardiaque est la conséquence d’une hémorragie interne, non détecté par les médecins d’Errachidia, qui a envahi les poumons de sang et a obstrué ses voies respiratoires. De ce fait, s'agit-il d'un traumatisme thoracique qui a provoqué un hémothorax? D'une embolie pulmonaire? 

"Les deux médecins  ont été incapables de détecter l’hémorragie interne et de voir que ses poumons étaient pleins de sang. Quand son état s’est aggravé et que nous n’avons pas trouvé d’ambulance pour la transporter à Fès, ils nous ont dit qu’on pouvait l’emmener dans notre voiture mais j’ai refusé car elle avait une transfusion de sérum vu qu’elle ne se pouvait plus se nourrir. Nous avons finalement trouvé un ambulancier le lendemain pour la transporter à l’hôpital Omar Drisssi de Fès où le médecin nous a dit que le problème n’était pas ophtalmologique et nécessitait une hospitalisation de toute urgence au CHU de Fès. Une fois arrivés à 3 heures du matin, un médecin a enfin pensé à examiner ses poumons en l’intubant avec un tuyau. Il a alors découvert que ses poumons étaient pleins de sang mais malgré ses efforts pour les évacuer, ma fille est décédée à 5 heures du matin".

Pour Fakhredine, si les médecins d’Errachidia avaient fait le bon diagnostic, ils auraient pu la soigner sur place au lieu de faire perdre un temps précieux à la petite en la transportant à Fès distante de 360 kilomètres de la ville d’Errachidia.

Il dénonce également le comportement du délégué régional de la santé qui les a accusés d’avoir pris leur temps pour soigner Idya alors que cette dernière est restée hospitalisée 24 heures à l’hôpital d’Errachidia sans amélioration de son état entre le dimanche 9 avril et le lundi 10 avril.

Face à toutes ces défaillances, le père de la défunte n’exclut pas la possibilité de porter plainte contre le ministère de la santé qu’il juge responsable de la mort de sa fille.

"Je n’ose même pas imaginer comment les familles pauvres et analphabètes sont traitées dans pareil cas. De notre côté, nous irons jusqu’au bout et s’il le faut, nous déterrerons le corps d’Idya pour demander une autopsie afin de confirmer les manquements constatés", conclut le père. D'où nous concluons qu'il n'y a pas eu d'autopsie, ce qui ne semble pas normal.

Que les responsabilités soient avérées ou pas, cette triste histoire pose la question de l’efficience de la chaîne médicale avec des médecins peu motivés et sujets aux erreurs médicales, les régions où il y a un désert médical non pas au niveau de l'équipement mais surtout au niveau des compétences, et un système de transport médicalisé inexistant ou obsolète.

Ci-après, les documents envoyés par le père qui à première vue, ne permettent pas d'aboutir à une conclusion, mais plutôt suscitent des interrogations et des conjectures. 

Notre premier sentiment est qu'il s'agit d'une prise en charge insuffisante, voire d'indifférence ou d'incompétence. Et malheureusement, ce n'est pas propre à Tinghir ou Errachidia, cela peut arriver partout.

Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime

Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime

Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime

Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime

 

Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime

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Décès tragique de la petite Idya: Le récit du père de la victime

 

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Samir El Ouardighi
Le 18 avril 2017 à 17h12

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