Charlie Hebdo: Dur apprentissage de la solidarité au Maroc
Si les champs politique, médiatique et artistique ont majoritairement condamné l'attentat, les réactions citoyennes sont plus contrastées.
Elles oscillent entre soutien aux victimes, indifférence envers l'attentat et approbation (tacite) des terroristes.
Sur la page Facebook "Sit-in de deuil et de solidarité avec Charlie Hebdo" des annonces de participation. 1.100 au total. Des appels à mobilisation, des invitations. Le sit-in, lancé par des journalistes marocains, et adressé aux citoyens de tous bords, se veut une manière d'exprimer la solidarité avec Charlie Hebdo.
Monopole de la compassion légitime?
"Je ne suis pas Charlie.
Je suis la Palestine qui se fait voler.
Je suis la Syrie qui se fait bombarder.
Je suis l'Afrique qui meurt de faim et de massacre.
Mais je ne suis pas l'islamophobe Charlie qui a insulté ma religion, mon livre sacré et insulté mon prophète".
Le message, publié par un détracteur du sit-in, a suscité des commentaires contradictoires. Entre ceux qui l'approuvent, à grand renforts de "J'aime" et de (Y), et ceux qui estiment que l'internaute l'ayant publié doit être poursuivi pour ses propos, car "c'est exactement ce type de réflexions qui attisent la haine et qui poussent les détraqués à commettre des carnages comme celui de Charlie Hebdo".
Celui qui traite les internautes qui désapprouvent le message de "lèches cul, laïcs à la con". L'autre qui martèle à l'endroit de celui qui a publié le message: "les palestiniens, les syriens et tous les peuples résistants pour leur liberté n'ont surtout pas besoin de ce genre d'instrumentalisation pour justifier le terrorisme".
Le débat qui s'est installé porte sur s'il faut, ou pas, participer au sit-in. Arguments des contre: "Pourquoi n'y avait-il pas autant d'engagement et de solidarité quand tes et mes frères mourants au Sud étaient jetés dans des camions poubelles? ce n'est pas parce qu'ils sont français que ce sont des êtres supérieurs. Des gens bien meurent chaque jour, par centaines, juste à côté de nous et personne n'en parle".
Ou encore "Personne ne peut dire que ce que c'est passé à Paris est acceptable. L'Islam est une religion de paix. Mais, si on est contre le terrorisme, on ne doit pas être sélectif. Les musulmans sont les plus touchés par le terrorisme. Des dizaines de musulmans meurent chaque jour, qui les défend? Personne! Réfléchissez un peu avant de réagir".
D'autres, plus radicaux, accusent les participants au rassemblement de ... laïcité. "Si nous n'étions pas dans un Etat musulman, vous, laïcs, auriez fait pire au Maroc", martèle un commentateur, visiblement remonté par la solidarité "injustifiée" avec Charlie Hebdo. Plus tard, il déclarera que "la majorité de ceux qui lèvent le slogan 'Je suis Charlie' ne veulent qu'exprimer leur haine envers l'Islam et les musulmans".
"L'âme de mon prophète et aussi sacrée que toutes les âmes des morts", a commenté un internaute, qui demande: "si je caricature les événements de Charlie Hebdo, vous allez le prendre pour une offense, une provocation ou une expression libre ?"
"Certains commentaires ci-dessous donnent simplement envie de pleurer... Eh les gars, ce sont juste des dessins, hein...!??? des dessins....", a publié un autre internaute, avec qui nous ne pouvons qu’être d'accord. Long chemin de croix pour apprendre la solidarité, inconditionnelle, non-communautaire.
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