Les chiffres choc des Habous
Les dépenses résultant de la gestion du patrimoine immobilier marocain des Habous (ou Awqaf) dépassent les rentrées. Une nouvelle politique de gestion du contentieux a été mise en œuvre. Les défauts de paiement et la modicité des loyers sont la règle.
Le ministère des Habous a publié, fin octobre, les chiffres relatifs au patrimoine immobilier des Habous. Ce département se veut désormais communication, après des décennies d’opacité. Mais la communication ne consiste pas seulement à publier des rapports et des tableaux.
Les chiffres en eux-mêmes, sont consternants. Tellement consternants que nous avons essayé vainement d’avoir un interlocuteur des Habous au bout du fil. Impossible. Chacun se renvoyait la balle, aucun ne voulait les commenter.
Voici ce qui en ressort :
- Le patrimoine immobilier des Habous est censé rapporter des revenus redistribués dans des projets sociaux. En réalité, il coûte de l’argent au contribuable.
- L’énorme patrimoine immobilier rapporte moins de 300 millions de DH par an, dont environ 93% ne sont pas payés. Pire, les dépenses occasionnées par ce patrimoine (rénovations, entretien, ressources humaines, litiges judiciaires contre les mauvais payeurs) sont supérieures aux recettes.
- Le département de tutelle a fait de réels efforts pour réorienter la gestion de ce patrimoine, vers un meilleur rendement et également vers un recouvrement plus efficace. Il est impossible de mesurer les résultats, faute d’interlocuteur.
Patrimoine immobilier urbain, les dépenses dépassent de loin les rentrées
Le foncier bâti à revenus en zone urbaine constitue l’essentiel du patrimoine Habous.
En 2013, on comptait 52.879 unités immobilières, regroupant, entre autres, les bâtiments à usage commercial ou d’habitation mais aussi les terrains nus, usufruits et nues-propriétés.
Selon les publications du ministère, les revenus globaux résultant de l’exploitation de l’immobilier Habous sont estimés, pour l’année 2013, à 296.564.187,05 DH contre 186.288.645,71 DH en 2005, soit une hausse de 56,19%. Seul bémol, et pas des moindre, en 2013, l’administration des Habous n’a recouvré que 24 millions de DH. Le reste, c'est-à-dire 272 millions de DH demeurent à recouvrement.
C’est un euphémisme, mais les chiffres précités sont pour le moins préoccupants. A fortiori quand ils s’ajoutent aux dépenses engagées par le ministère pour la réalisation de projets comme la construction, la réparation ou la restauration des propriétés immobilières. Ces dépenses s’estiment à plus de 34 MDH en 2013, uniquement en entretien et restauration. Car il ne faut pas oublier les ressources humaines.
De même, le ministère s’est également attelé à la remise à niveau des institutions sociales et culturelles. Il y a alloué des sommes considérables : plus de 18 MDH. A ces dépenses, se superposent celles allouées à la construction des bâtiments administratifs, plus de 2 MDH. Au total, le ministère des Habous aura déboursé pas moins de 55 MDH dans l’immobilier, sans compter les ressources humaines.
Le ministère tente de réorienter sa gestion
Les chiffres dévoilés par l’administration des Habous traduisent des dysfonctionnements au niveau de la gestion du patrimoine immobilier du Wakf.
Sous-effectifs, héritage lourd, velléité des responsables et mauvaises fois des redevables sont les principales causes soulevées par les observateurs. Toutefois, faute d’explications de la part des responsables avec qui, par ailleurs, Médias24 a vainement tenté de prendre contact, il est difficile d’identifier les raisons réelles de ces dysfonctionnements.
Surtout, le no-recouvrement de sommes aussi conséquentes laisse perplexe quant à l’efficacité de la gestion du contentieux lié à l’exploitation du patrimoine Habous.
A ce titre, le ministère concerné s’est récemment exprimé sur le sujet. Dans un article publié sur son site internet, le 5 novembre, il a fait part de l’intérêt qu’il consacre à l’évolution des dossiers faisant l’objet de litige.
Selon la même publication, des efforts on été déployés pour être au diapason des avancées jurisprudentielles en la matière. A en croire le contenu de l’article, ces efforts ont eu pour effet la fructification des rentrées de liquidité pour le compte du ministère des Habous. Lequel arbore, chiffres à l’appui, les revenus résultant de cette nouvelle politique de gestion du contentieux.
Il est à noter, enfin, que le projet de loi de Finance 2015 consacre au ministère des Habous et des affaires islamiques un budget total de 3.581.024.000 DH, soit un peu plus que 2014, où il était de 3.128.495.000. La partie allouée aux dépenses de fonctionnement (personnel, matériel et autres dépenses) accapare la part du lion: 2.619.789.000 DH en 2015 contre 2.352.760 000 DH en 2014. Celle que consacrera l’Etat aux investissements s’établit, quant à elle, à 961.235.000 DH pour l’année 2015 alors qu’elle n’était que de 775.735.000 DH en 2014.
Dans les dépenses de fonctionnement, il faut compter les indemnités des imams, prédicateurs et morchidine. Et dans les investissements, pas mal de travaux de construction ou de restaurations et rénovations de mosquées.
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