Découpage régional: petit Rif ou grand Rif?
Qu’advient-il du découpage régional? Le projet de découpage a suscité un consensus selon des sources informées. Mais des courants politiques demandent un découpage différent.
Selon le quotidien Al Alam, porte-parole de l’Istiqlal, des députés de partis politiques de majorité comme d'opposition ont adressé un mémorandum au ministre de l'intérieur Mohamed Hassad, pour demander une révision du découpage du Rif. Le but: aboutir à un Grand Rif.
Cependant, selon nos sources, le découpage qui figure dans le projet de décret sera examiné et “en principe“ adopté la semaine prochaine en conseil de gouvernement, car il y a eu un consensus préalable avant de le finaliser.
Le président du groupe parlementaire de l'Istiqlal, Noureddine Mediane, cité par Al Alam, a mis en garde contre la "division du Rif" ainsi que de la "fitna latente" que ce découpage risque d'éveiller. Il estime que cette région "doit rester unifiée, et si cela n'est pas possible, faire en sorte que la région du Rif soit composée des provinces d'Al Hoceima, Nador, Driouch, et Taza.
A moins que Noureddine Mediane ne propose, en parallèle, un découpage provincial qui sépare la partie rifaine (de superficie restreinte) de la province de Taza de la partie sud de la province, le découpage qu'il propose ne respecte pas le strict minimum de critères géographiques régissant les découpages.
En rouge, les limites de la région du Rif proposée par M. Mediane
L'autre argument invoqué par M. Mediane est la nature "anti-culturelle et anti-historique" du découpage de l'Intérieur, qui souhaite intégrer la province d'Al Hoceima dans la région Tanger-Tétouan.
Si la modification du découpage au niveau d'Al Hoceima peut sembler arbitraire, elle prend compte des conséquents échanges existant entre la province de Tétouan et celle d'Al Hoceima. Le rattachement des deux provinces (Tanger et Tétouan) avait, par ailleurs, été proposé en 2002 par un collectif de géographes dans le livre "Maroc. Régions, pays, territoires", car "tenant compte des réalités fonctionnelles, (qui) pourraient permettre de faire mieux coïncider les grands axes de la vie humaine et économique avec l’orientation des territoires administratifs".
En revanche, la validité de ce découpage mérite d’être questionnée sur le plan socioculturel.
Un grand Rif met-il en danger l'unité de la nation?
La polémique sur le découpage régional prouve qu'au delà des discours politiques, le désaccord est bien plus fondamental, et concerne principalement les approches et les critères retenus pour le découpage.
Si la dimension socioculturelle est négligée, voire étouffée, dans le nouveau découpage, c'est parce que, pour la CCR et le ministère de l'Intérieur, un découpage ne peut se fonder, principalement, sur des critères d'appartenance sociale, culturelle et/ou territoriale. La préoccupation des concepteurs de la régionalisation se résume en une phrase: une régionalisation sans régionalismes.
En filigrane dans le rapport de la CCR, on lit qu'une région dotée d'une identité territoriale prégnante menacerait de conduire à un affaiblissement de l'Etat. Au vu des rapports conflictuels entre le Rif et le pouvoir central, la préoccupation de l'Intérieur relative à l'identité régionale atteint son point focal.
Comme le note, dans un article, le Pr Ahmed El Bouhali, docteur d'Etat ès sciences politiques: "pour contrecarrer ces risques (d'effritement de l'Etat), le schéma proposé actuellement est un modèle typiquement marocain qui, tout en sauvegardant les socles sacrés de la nation s'ouvre à un brassage des composantes régionales axé sur les dimensions globales suivantes: unité et intégrité territoriale, intangibilité des acquis historiques et identitaires, convergence entre diversité socioculturelle et identité marocaine. Le tout voué à un objectif ultime fait de progrès et de développement."
Mohamed Fakihi, professeur a la Faculté de Droit de Fès, estime plutôt que "ce serait une erreur de se focaliser systématiquement sur le côté négatif des identités locales et de considérer celles-ci comme génératrices de forces centrifuges qui persistent dans un dessein désintégrateur de l’identité et de la cohésion nationales. Le sentiment d'appartenance culturelle ou ethnique et l'existence d'un intérêt économique commun à une population dans un espace régional constituent certainement un facteur amplificateur de l'action développante de la région."
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