Abdelilah Benkirane, plus affaibli que jamais
Avec ce remaniement, Benkirane est plus seul que jamais, affaibli par les attaques de ses adversaires et par ses propres erreurs.
Le remaniement ministériel annoncé par un communiqué du Cabinet royal, marque l’épilogue d’une séquence dont le chef du gouvernement sort affaibli.
Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas été dans une aussi mauvaise posture.
Des leaders de la Majorité (photo ci-dessus), seul Nabil Benabdellah a mouillé sa chemise en prenant et à plusieurs reprises, la défense de Benkirane. Les deux autres ont été très discrets.
Benkirane aura montré un gros défaut dans sa cuirasse: sa vulbérabilité aux attaques, son hyper-sensibilité, certains diront sa susceptibilité, son émotivité ou son impulsivité.
Les exemples ne manquent pas. Il y a eu plusieurs incidents dont le dernier s’est déroulé au parlement lorsque la session a été interrompue suite à un échange verbal extrêmement vif avec Driss Lachgar.
Même ce vendredi 8 mai, Benkirane s’est illustré par un dérapage verbal lors d’une réunion organisée autour du code pénal, et face au secrétaire général du CNDH.
Le 1er mai non plus, présidant un meeting du sydicat UNTM, il n’a pas pu s’empêcher de répliquer vertement à ses adversaires et de les dénigrer à son tour.
A ce stade, il devient secondaire de savoir qui est fautif et qui a commencé. Le chef du gouvernement a donné une impression de nervosité, d’impulsivité. Le 7 mai, son allié Nabil Benabdellah dira qu’il se retient, puis explose.
On pourra donner pas mal d’explications. Là n’est pas le propos. Le résultat est là. La politique, de nos jours, est sortie du cercle fermé des élites. Un pugilat permanent fait du chef du gouvernement un boxeur sur un ring, alors qu’on aurait préféré le voir un petit peu au dessus.
On dira que les procédés utilisés par ses adversaires n’ont pas toujours été dignes ni moraux. C’est vrai. Mais dans une démocratie électorale, seul le résultat final compte et l’image a le dernier mot.
Les vidéos voyagent, instantanément.
L’opposition a utilisé contre Benkirane, des techniques qui ont fait leurs preuves aux Etats Unis et en France. Il s’agit de la personnalisation des attaques, le gouvernement n’a jamais été attaqué sur son bilan, ou presque. Il s'agit de choisir une cible, la plus populaire, celle qui incarne le camp qu’on attaque, et de la dénigrer systématiquement. Il en restera toujours quelque chose. Benkirane n’a pas su répondre. Il n’a pas trouvé les mots, lui l’orateur qui fait vibrer ses troupes, pour faire taire ses opposants, pour leur répondre sans descendre à leur niveau ou presque.
Toutes proportions gardées, c’est comme ça que Bush Junior a eu raison de Al Gore et c’est de cette manière que Hollande a battu Sarkozy.
Les attaques l’ont tellement déstabilisé qu’on a bien senti qu’il vacillait lorsque Lachagar a prononcé une seule phrase: Benkirane doit démissionner.
Pourtant, ce n’était que de la guerre psychologique. Si l’Opposition en avait les moyens, elle aurait dépose une motion de censure.
Et Benkirane, qui a perdu son ami et confident, son frère siamois Abdallah Baha, a été rassuré, rappelé au sang-froid par Nabil Benabdellah. Trop peu ou trop tard, on ne sait. En tous les cas, Benkirane est devenu un homme seul.
Le second élément qui a affaibli Benkirane, est la gestion catastrophique de l’affaire dite Choubani-Benkhaldoune. Les règles les plus élémentaires de communication n’ont pas été respectées. Trop d’erreurs ont été commises par les protagonistes dont la plus grosse, la plus déastreuse a été la cérémonie où le futur ex-ministre, accompagné de sa première épouse, a demandé la main de sa collègue, en noces bis s’il vous plaît.
L’avant-projet de code pénal a été, lui, mal présenté, mal vendu.
Le tout a fini par cantonner un Benkirane triomphant, dans un pré-carré hyper conservateur et d’un autre temps, incapable de défendre un avant-projet de loi par un langage moderne et objectif.
Il est clair que l’Opposition va continuer ses attaques, son œuvre de provocation systématique, le tout ciblant la même personne du Chef du gouvernement. On verra ce que l’avenir va réserver, mais la campagne des communales va être chaude, brûlante et Benkirane s’avère moins solide qu’on ne l’aurait cru. A lui de prouver le contraire maintenant.
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