2016 pour le Maroc: opportunités, risques et vigilance
“La prévision est difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir“ (Pierre Dac), mais elle n’est pas tout à fait impossible, au vu des informations disponibles en cette fin 2015.
Ainsi va-t-il de l’économie. On sait que l’année 2016 sera probablement difficile pour les secteurs du tourisme et de l’agriculture pour des raisons qui tiennent à la sécurité d’un côté et à la concurrence des destinations du sud de l’Europe.
Pour l’agriculture, tous les 7-8 ans, le creux du cycle est là: la pluie se fait rare et les moissons plus maigres. Du coup, après un taux de croissance économique de 4,5% en 2015, la prévision est de 2,1% pour 2016. Cela représente une perte sèche nette de plus de 2 milliards de dollars pour le PIB national.
Les compensations viendront de la bonne tenue du marché des phosphates, tiré par les besoins de l’agriculture mondiale et par la baisse des subventions aux carburants et au sucre.
Céréaliculture en panne, phosphates rentables et pétrole bon marché
Ce n’est pas la fin du monde certes, mais pour le monde rural marocain, cette situation impacte le niveau des revenus et la situation sociale. L’agriculture emploie 4 millions de Marocains et en nourrit 18 millions. La baisse des revenus dans les campagnes risque d’accentuer l’exode rural et d'accroître les pressions en milieu urbain.
Tout ne va pas mal sur le plan de l’économie. Les fondamentaux marocains restent bons et ils s’améliorent. Notamment à la faveur de la politique de réduction des subventions aux produits de première nécessité et au maintien d’un prix du pétrole particulièrement bas. Cette situation perdurera en 2016.
Notamment parce que la croissance économique ralentit en Chine, mais aussi parce qu’outre l’arrivée plus franche sur le marché des pétroles irakien et iranien, les Etats-Unis commenceront à exporter à partir du 1er janvier 2016. Cette situation va maintenir une pression à la baisse sur les prix.
En 2016, les industries marocaines de l’automobile, de l’aéronautique continueront de mieux se porter; les comptes de l’Etat poursuivront leur rééquilibrage: moins de déficits budgétaire et commercial, de meilleures réserves en devises et une inflation maîtrisée.
Phosphates et industrie automobile deviennent de plus en plus importants dans l’économie marocaine.
Avec une croissance économique (très) modérée et une industrie de plus en plus automatisée, l’année 2016 ne sera pas encore celle du tournant dans la lutte contre le chômage.
Il faudra aussi espérer au minimum des réformes profondes du système de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, qui amélioreront compétences et employabilité.
PAM, PJD, législatives
Sur le plan politique intérieur, le grand rendez-vous de l’année 2016 s’appelle élections législatives. Elles sont très attendues et pourraient confirmer la poussée des islamistes du PJD et de leurs concurrents du PAM.
Le premier, bien arrimé au pouvoir, semble tout faire pour y rester. Le second, leader de l’opposition parlementaire, semble également faire ce qu’il faut pour assumer son rôle de redoutable concurrent. Le PAM tiendra son congrès et élira un nouveau secrétaire général en janvier 2016.
Le PJD a un gros problème à ce niveau: celui du renouvellement de ses propres instances. Le règlement intérieur du parti limite le nombre de mandats du secrétaire général à deux mandats successifs. Or, Benkirane termine son second mandat en 2016. Pour le maintenir en place et le laisser conduire la bataille électorale, les instances du PJD vont probablement reporter le congrès pour après les élections. Le PJD tient un conseil national important au cours du mois de janvier.
Les plus grands risques pour le Maroc viendront de son environnement international immédiat. La poursuite de la déstabilisation du Moyen-Orient avec la lutte mal coordonnée contre Daech, les appels au soulèvement en Arabie saoudite ou les menaces contre Israël vont aggraver les tensions régionales. Mais aucun Etat n’est à l’abri.
La Turquie continue de s’empêtrer dans son conflit avec les Kurdes, en Irak les divisions entre chiites et sunnites deviennent insurmontables, les premiers étant proches de Téhéran, les seconds proches des Saoudiens ou de … Daech.
Dans les provinces du sud, la seule inconnue tient aux Nations Unies: y aura-t-il un nouveau mandat pour Christopher Ross, envoyé spécial de Ban Ki Moon? Quelle que soit la décision finale, le Maroc ne fera plus de concessions et s’en tiendra à deux points:
-la proposition d’autonomie présentée en 2007 peut être discutée pour sa mise en place opérationnelle dans le cadre d’un plan de règlement.
-la régionalisation avancée est déjà en place dans les trois provinces du sud: Dakhla, Laâyoune et Guelmim. Le Roi a lancé la stratégie de développement des provinces du sud, qui prévoit 77 milliards de DH d’investissements dans un premier temps.
La redécouverte des accords de Sykes-Picot
Dès les premiers jours de 2016, on commencera à beaucoup entendre parler des accords Sykes-Picot de 1916. Ces accords diplomatiques secrets entre Paris et Londres signés il y a 100 ans, sont considérés comme étant en partie à l’origine des conflits qui secouent actuellement le Moyen-Orient. Du conflit israélo-palestinien aux projets de califat au Levant.
En 2016, le risque libyen continuera d’être (très) réel. Que ce soit parce que le pays regorge de ressources pétrolières et donc représente un enjeu de taille aux portes de l’Europe, du Sahel et du Proche-Orient et parce que Daech s’y est fortement implanté et que les armes y foisonnent. La Libye dispose de longues frontières avec la Tunisie et l’Algérie, le Tchad et l’Egypte.
En 2016, à l’est du Maroc mais aussi dans le bassin méditerranéen, l’Algérie redeviendra un grand point d’interrogation. Son président est malade et les luttes de clans sévères ont commencé dans un pays très dépendant de ses exportations de gaz et de pétrole.
A 40 dollars le baril en 2016, la rue algérienne n’attendra pas la fin de l’année pour crier sa colère. Sachant que Moscou a construit son budget 2016 sur la base d’un baril à … 30 dollars.
à lire aussi
Article : Visas au Maroc : BLS International renforce la sécurité des rendez-vous
BLS International renforce ses services de visa au Maroc grâce à l'IA et aux normes internationales renforce ses opérations au Maroc en déployant des outils de supervision en temps réel et de supervision opérationnelle au sein des systèmes d'attribution des rendez-vous et des environnements de service, afin d'assurer une expérience plus fiable et plus transparente aux usagers.
Article : Khalil al-Hayya élu à la tête du bureau politique du Hamas
Le Hamas a élu Khalil al-Hayya à la présidence de son bureau politique, en remplacement du défunt Yahya Sinwar, selon un communiqué publié sur son compte officiel Telegram. Le nouveau dirigeant s'est imposé avec 35 voix, contre 34 pour l'ancien chef du mouvement, Khaled Mechaal.
Article : La réforme des prix des médicaments relance le dossier de la rémunération à l’acte des pharmaciens
Le projet de décret révisant les prix des médicaments pourrait rouvrir un chantier longtemps resté en suspens : celui de la rémunération à l'acte pharmaceutique, qui permettrait de payer le pharmacien pour la dispensation et le conseil, et non plus seulement à travers sa marge sur les médicaments. Selon nos informations, cette piste est actuellement examinée avec les autorités concernées.
Article : Créances en souffrance : où en est le projet de marché secondaire ?
Le projet de loi encadrant la cession directe des créances a été transmis au Secrétariat général du gouvernement. Alors que leur stock atteint actuellement 102,3 milliards de DH, Bank Al-Maghrib travaille en parallèle sur les volets fiscal, judiciaire et prudentiel nécessaires à la création de ce marché.
Article : Tafilalet-Figuig : 1.276 zones minières cherchent preneurs
Le ministère relance son appel à concurrence pour attribuer des permis miniers dans cette vaste région de l’Est marocain. Le dispositif, fortement élargi, couvre désormais près de 27.000 km² et impose de nouveaux engagements sociaux et environnementaux aux candidats.
Article : Bologne : la mort d’un Marocain lors d'une arrestation secoue l’Italie
Installé en Italie depuis plus de trente ans, Abderrahim Fakir a perdu la vie le 19 juillet sous les yeux de ses voisins. Retour sur un drame qui ébranle la péninsule italienne.