Le maire de Rabat sérieusement mis en difficulté par l'affaire Redal
Médias 24 confirme l'authenticité des documents qui ont été mis en ligne par un confrère: Mohamed Sadiki a bien demandé et obtenu sa mise à la réforme de Redal dont il était salarié.
Depuis son élection à la tête de la mairie de Rabat après les élections du 4 septembre dernier, le maire Mohamed Sadiki passe par des moments de plus en plus difficiles.
Elu avec une majorité confortable, il a du mal à maîtriser la situation au sein du conseil de la ville. Son parti, le PJD est largement en tête en nombre de sièges et, avec ses alliances, il dispose d’une majorité écrasante supérieure à 75% des voix.
Et pourtant.
La première épreuve fut celle de l’acquisition de véhicules, programmée dans le cadre du budget 2016. Accusé de vouloir acquérir des véhicules ce qui laisse entendre qu’il s’agit de dépenses somptuaires et inutiles, les faits lui ont donné raison. Les véhicules en question allaient constituer une importante économie pour la ville. Mais le maire n’avait pas maîtrisé sa communication.
Ensuite, ce fut la question de la création d’une SDL, société de développement local, Rabat Animation. La plus forte opposition est venue du FGD, Front de la Gauche Démocratique dont les conseillers sont conduits par Omar Balafrej. Ces élus ont estimé que la Ville doit garder la maîtrise de sa politique culturelle et qu’elle ne peut en aucun cas la déléguer. Et proposé de reporter le débat sur cette question après avoir fait un diagnostic et élaboré une stratégie culturelle pour la ville. La décision ets toujours en suspens.
En troisième lieu, Mohamed Sadiki a subi une séance extrêmement houleuse, marquée par des échanges violents, y compris sur le plan physique, avec une partie des conseillers de l’opposition, conduits par le PAM. Ce fut le 19 février.
Enfin, le 29 février, les conseillers PAM ont annoncé la suspension de leur participation aux travaux en attendant une enquête du ministère de l’Intérieur au sujet des conditions dans lesquelles Mohamed Sadiki, qui était salarié de la Redal, avait obtenu son départ de celle-ci.
Le 22 février, le maire de Rabat avait déclaré à Médias 24 que ces accusations sont «un pur mensonge. Je ne touche pas de pension d’invalidité et je n’ai jamais déposé de certificat dans ce sens à mon ancien employeur Redal. Je défie quiconque de produire un document authentique qui prouve le contraire. Après 28 ans de service, j’ai négocié mon départ volontaire avec Redal, en même temps qu’une centaine d’autres cadres».
Le 5 mars, le site Barlamane publie une série de documents qui démentent cette affirmation du maire. Ces documents sont notamment:
-Le fac-similé d’un courrier daté du 19 avril 2012 adressé par Mohamed Sadiki à la direction de Redal et demandant sa réforme pour des raisons de santé à compter du 1er juin 2012.
-Le fac-similé d’un pv de réunion de la commission médicale réunie le 23 mai et qui a attesté que l’état de santé de l’intéressé justifie sa mise à la réforme. La commission était composée d’un médecin-directeur de la santé à la wilaya de Rabat, du médecin de travail de Redal et enfin du médecin traitant de Sadiki, cardiologue.
-Deux fac-similés de la direction de Redal confirmant la mise à la réforme pour raisons de santé, à compter du 1er juin 2012.
-Le fac-similé du bulletin de salaire de départ, celui de mai 2012, avec un perçu net de 411.000 DH.
Après enquête, Médias24 est en mesure de confirmer l’authenticité de ces documents.
Cette situation appelle plusieurs remarques :
-Le maire est mis en sérieuse difficulté. Il y a un risque de destitution. La destitution ne peut être prononcée que par le tribunal administratif, saisi par le wali. Ce dernier demande, par écrit, des explications au maire. Ce dernier doit répondre dans un délai de 10 jours. Au vu de cette réponse, le wali peut saisir le tribunal administratif.
Le seul être cas où le maire peut perdre son fauteuil est celui de l’incapacité mentale. Tout indique que ce n’est pas le cas.
Comme il l'avait lui-même annoncé, il n'a jamais été question d'incapacité mentale. Son médecine traitant est cardiologue, on peut donc supposer que l'incapacité est liée à cette sphère.
-L’entourage du maire, ses amis, vont arguer du fait que cette affaire est agitée par l’opposition. C’est vrai. Mais celle-ci est dans son rôle. Le plus important n’est pas qui, mais QUOI. En d’autres termes, le fond de l’affaire.
-Sur le fond, la question est la suivante: le maire était-il réellement dans l’incapacité d travailler? Si oui, peut-il exercer la responsabilité de maire?
-Autres questions: quels avantages a-t-il réellement obtenu par cette mise à la réforme? continue-t-il par exemple à percevoir une partie de son salaire? Ou bien perçoit-il ou percevra-t-il une retraite majorée pour réforme?
-Un autre document circule sur le web: il est présenté comme un courrier adressé par le nouveau maire à la Redal, reproche à cette dernière le nombre étonnamment élevé de réformes entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2013. La mise à la réforme de Mohamed Sadiki est-elle réellement justifiée médicalement par son état de santé? Car il y a aussi une explication selon laquelle Redal voulait baisser ses charges et a maquillé un plan social en départs pour raisons de santé. Dans ce cas, ce serait haitement discutable sur les plans fiscal, par rapport à la législation du travail et surtout par rapport à la caisse de retraite. Un tel montage pourrait être qualifié de fraude, et les salariés qui en ont bénéficié pourraient être accusés de complicité.
Redal refuse de répondre aux questions de la presse. Idem pour le maire Mohamed Sadiki. L’affaire est loin d’être close.
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