Quand la France multiplie les bourdes à l’égard du Maroc
Le ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar a fait l’objet d’un contrôle douanier particulièrement offensant à l’aéroport de Roissy à Paris. Le climat délétère entre les deux pays ne risque pas de se réchauffer après cet incident diplomatique.
Les relations franco-marocaines sont-elles condamnées à subir le contrecoup d’initiatives administratives françaises déplacées ou faut-il y voir une volonté délibérée de la France de saboter les relations diplomatiques avec le royaume? Quelle que soit l’explication, le ministre marocain des Affaires étrangères a fait l’amère expérience d’une fouille minutieuse que les douaniers français lui ont infligée lors de son transit en France.
Impair diplomatique
Mercredi 26 mars, revenant de La Haye où il avait pris part au deuxième Sommet sur la sécurité nucléaire, le ministre Mezouar s’est présenté au contrôle douanier de Roissy pour embarquer sur un vol Paris-Rabat. Malgré le fait qu’il ait présenté son passeport diplomatique et décliné oralement avant le contrôle son identité de ministre des Affaires étrangères, la douane française a fait fi des dispositions d’usage qui s’appliquent à tout diplomate, ministre de surcroît.
Elle l’a obligé à se soumettre à une sévère fouille en lui faisant ôter son manteau, sa veste, sa ceinture, ses chaussureset même ses chaussettes avant de le faire passer sous un scanner corporel. Son bagage de cabine a en outre été examiné minutieusement et pour couronner le tout,il s'est vu refuser l'accès au salon d'honneur réservé aux hauts fonctionnaires internationaux. Les autorités aéroportuaires ont prétexté qu’elles auraient dû être averties à l’avance de son arrivée pour lui ouvrir la salle réservée aux personnalités.
Si ce genre de fouille est banal dans le cas des milliers de passagers qui transitent chaque jour à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, il en va autrement pour les hauts fonctionnaires étrangers. En effet, la manière de faire des fonctionnaires français a de quoi étonner car cette quasi-humiliation du responsable marocain viole tous les us et usage diplomatiques de la convention de Vienne de 1961 qui s’applique à tous les diplomates du monde.
Pour mieux comprendre l’affront subi, il paraît utile de rappeler les dispositions de cette convention qui ont été bafouées lors de ce que l’on peut désormais qualifier d’incident.
L'article 29 de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques stipule en effet que «la personne de l’agent diplomatique est inviolable et que l’État accréditaire doit le traiter avec le respect qui lui est dû, et prendre toutes les mesures appropriées pour empêcher toute atteinte à sa personne, sa liberté et sa dignité».
Il semble que les autorités françaises ont également enfreint l'article 40 qui dispose que «si l’agent diplomatique traverse le territoire ou se trouve sur le territoire d’un État tiers, pour assumer ses fonctions, rejoindre son poste ou rentrer dans son pays, l’État tiers lui accordera l’inviolabilité et toutes autres immunités nécessaires pour permettre son passage ou son retour».
Des excuses à répétition
Joint par Médias 24, le Quai d’Orsay nous affirme que cet incident est une initiative isolée d’un fonctionnaire douanier peu au fait des usages diplomatiques. En outre, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius a appelé personnellement son homologue marocain afin de lui transmettre les excuses des autorités françaises pour le désagrément qui lui a été occasionné lors de son transit. Lors de cette conversation, il a souligné que tout sera mis en œuvre pour faire respecter, dans les aéroports français, les règles et usages diplomatiques s’appliquant aux ministres des affaires étrangères comme aux chefs d’Etat et de gouvernement étrangers.
Malgré ces nouvelles excuses d’Etat, ce nouveau scandale ne risque pas d’arranger les relations déjà frileuses entre Paris et Rabat suite à un autre incident diplomatique entre les deux pays. Mardi 25 mars, le Maroc avait porté plainte pour diffamation contre l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) à l’origine de la plainte contre le patron du service de renseignement intérieur marocain (DGST) pour complicité de tortures. Il faut rappeler que la plainte de cette ONG avait débouché sur une convocation judiciaire en fanfare d’Abdellatif Hammouchi de passage à Paris et provoqué une crise sans précédent entre Paris et Rabat. Notons que jusqu’au jour d’aujourd’hui, les relations judiciaires entre les deux pays sont toujours gelées et ce à l’initiative du royaume.
Ces surprenants incidents diplomatiques laissent songeur car sans verser dans la paranoïa ou la théorie du complot français, ces faits répétitifs présentés comme isolés par le Quai d’Orsay posent des questions sans réponses qui font la joie des ennemis du Maroc.
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