Lotfi Chraïbi, des maths appliquées aux Journées du développement durable
Pur produit de l’école et de l’université marocaines, Lotfi Chraïbi, 44 ans, a fait de l’environnement et du développement durable ses chevaux de bataille. De la fondation du club Environnement en 2003 à l’organisation des Journées du développement durable (JDD), un parcours de raison et de passion.
Lauréat de l’Ecole Mohammadia des Ingénieurs (EMI) et docteur en mathématiques appliquées, Lotfi Chraïbi fait de la prise de conscience environnementale et du développement durable deux axes de son action à l’université et au sein de la société civile tangéroise.
Professeur de management environnemental à l’Ecole Nationale des Sciences Appliquées (Ensa) de Tanger depuis 2001, sa première initiative a été de créer un club Environnement avec des confrères et des étudiants en 2003. En 2008, les JDD sont lancées et en 2010, l’Amed (Association marocaine pour un environnement durable) voit le jour.
« Dès 2004, avant que la norme ISO 14001 ne soit intégrée au sein des entreprises, nous avons organisé un premier séminaire sur le sujet. En 2003-2004, se souvient Chraïbi, on nous traitait de fous car on se souciait d’environnement et de développement durable alors que les interlocuteurs régionaux et nationaux étaient rares voire inexistants sur le sujet ».
Prises de conscience, entreprises et communes
Depuis, un discours royal sur la charte de l’environnement en 1999 et l’élaboration d’une Stratégie nationale du développement durable (SNDD) sont venus poser les jalons d’une intégration de ces dimensions dans les politiques nationales. La SNDD doit faire l’objet d’une évaluation en 2017.
Depuis également, le club Environnement prospère au sein de l’Ensa et les JDD ont tenues leur 7ème édition en avril dernier.
Lotfi Chraïbi constate que « ces dernières années ont vu la mise en place d’observatoires régionaux de l’environnement et du développement durable (Oredd) dont celui de la régionTanger-Tétouan est l’un des plus actifs du pays ; l’environnement est doté d’un ministère délégué et l’on parle désormais de métiers verts dans notre pays ».
« Ceci n’a pas résolu tous les problèmes souligne-t-il, mais nous avons des interlocuteurs. Il y a une meilleure prise de conscience au niveau institutionnelle et de plus en plus d’entreprises s’y mettent. La difficulté actuelle réside dans le manque de gouvernance environnementale au niveau des communes ».
Pour les entreprises, Chraïbi cite Aluminium du Maroc qui « traite ses eaux usées, est triplement certifiée et mène de sérieuses actions d’efficacité énergétique ». « L’exemple de l’usine Renault de Melloussa est remarquable car dès le départ le constructeur a conçu une usine à zéro émission » rappelle-t-il.
« Mais avec quatre zones industrielles autour de Tanger, plus doit être fait pour gérer les déchets, la pollution atmosphérique et traiter les eaux usées ».
Côté communes, Chraïbi est tout aussi clair : « On n’a pas encore intégré la dimension environnementale dans la prise de décision communale » souligne-t-il. « On ne peut pas constamment demander au citoyen de respecter l’environnement alors qu’en face, la décharge de Tanger brûle ses ordures à Moghogha depuis 40 ans. C’est une question de crédibilité ». La décharge communale doit quitter le périmètre urbain d’ici 2017 dans le cadre du plan Tanger-Métropole.
JDD, Amed Action et Amed Débat
C’est en ce sens que les JDD jouent leur rôle. Organisées autour d’un thème, l’eau en 2015, l’efficacité énergétique en 2014, celles-ci proposent trois choses : des conférences et des échanges avec des spécialistes ; présentation d’actions d’entreprises vertueuses dans le domaine et des ateliers pratiques et ludiques aux écoliers et aux lycéens de la ville durant toute une journée.
« La sensibilisation concerne l’industriel et le gestionnaire local indique Chraïbi, mais la sensibilisation des citoyens et des jeunes reste fondamentale. C’est avec les jeunes générations que l’avenir de l’environnement et du développement durable au Maroc se jouera. Pour certains adultes c’est déjà un peu tard ».
Les JDD constituent « un événement organisé avec des sponsors et des partenaires qui apportent un soutien financier et une contribution scientifique. Ils partagent notre vision. Nous ne voulons pas être dans le green washing. Nous travaillons avec des industriels soucieux de leur performance environnementale ». Outre Aluminium du Maroc et Gas Natural Fenosa, Métragaz, Lafarge, Aïn Soltane et GPC constituent des partenaires des JDD.
Interrogé sur les raisons derrière l’ampleur prise par les JDD, Lotfi Chraïbi cite « un événement basé sur l’échange et ancré dans la vie de la région et l’existence de plus en plus d’acteurs régionaux et nationaux. Nous menons un travail d’accès à l’information et de partage : nous identifions les offres et programmes de formation dans le secteur ainsi que les aides et mesures d’accompagnement. Notre souci est d’intégrer l’université dans la vie de la ville ».
Depuis 2011, l’Ensa propose une formation en économie énergétique et environnement industriel pour des ingénieurs d’Etat. La première promotion est sortie en 2014 et 135 élèves-ingénieurs sont actuellement enrôlés dans la filière.
Les JDD sont organisées conjointement par le club Environnement de l’Ensa et l’Amed avec la participation d’étudiants, de professeurs et d’industriels. « Les élèves-ingénieurs trouvent là la possibilité de s’ouvrir sur les industriels et la société ». Le club agit sur le campus, l’Amed en ville et sur la région.
Du club Environnement, des JDD et de l’Amed sont nées deux autres activités originales d’information et d’échanges. « Avec Amed Action, explique Chraïbi, on se déplace chez un industriel ou à une école, on explique notre action et les enjeux de l’environnement et du développement durable. Avec Amed Débat on choisit une thématique dont on discute sous forme de café littéraire. Récemment on a échangé sur la sobriété et le principe du colibri de Pierre Rabhi ».
« Notre objectif reste de sensibiliser, expliquer, former et convaincre » conclut Lotfi Chraïbi.
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