Amal Maarouf, son ami témoigne
Quelques heures après l'effondrement des trois immeubles à Bourgogne, le nom d'Amal Maarouf a émergé sur le Web. Une fois annoncé son décès, des amis ou des artistes qui l'ont connue lui ont rendu hommage.
"Je l'ai eue au téléphone deux fois après l'effondrement. Deux fois, elle m'a dit qu'elle avait besoin d'oxygène. Elle s'est cachée dans un placard de crainte qu'un mur ne s'effondre sur elle. Sa mère était à quelques mètres, gisant sous un mur écroulé", témoigne Marouane Faradj, un voisin d'Amal Maarouf.
Le verbe lent, tremblant de notre interlocuteur peine à masquer son affliction. Car de ce jour, il gardera un douloureux souvenir. "J'ai tiré un enfant de deux ans et demi des décombres. Ce que nous avons vu, ce jour là ...". La phrase restera suspendue, sans fin. Les photos des voisins et des badauds tirant les premiers rescapés, et les premières victimes, racontent la suite…
Mais le grand choc de Marouane, c'est d'avoir perdu son amie d'enfance. "C'était une fille très gentille, très studieuse", poursuit-il. "Je la connais depuis l'enfance. Nous avons fait nos études ensemble jusqu'à la fac, à Aïn Chock".
De Amal Maarouf, nous ne connaissons pas grand chose. Hormis une poignée d'articles commémoratifs ayant réuni, hâtivement, quelques bribes d'un parcours en devenir, ou des hommages de personnes l'ayant côtoyée dans le monde du cinéma, où elle a fait ses premiers pas, rien de plus.
Elle était, selon les témoignages des artistes qui l'ont connue, pleine de talent et d'avenir. Abdallah Taia se souvient d'elle. Elle a joué un rôle dans son film "L'armée du salut". Sur sa page Facebook, il a publié une photo d'elle, et a invoqué la mémoire d'une "jeune femme très talentueuse, très sérieuse et très libre dans sa tête. Je me suis tellement bien entendu avec elle avant et pendant le tournage".
La rumeur a la vie courte
Le deuxième jour du drame, une photo a émergé du web. Elle montre un volontaire extirpant, des gravats et des décombres, un tableau photo d'Amal Maarouf. Des rumeurs affirmaient qu'elle a été sortie, indemne, des ruines, quelques heures après son tableau, qui a permis aux secouristes de localiser son appartement. La rumeur aura la vie courte, et le démenti sera amer: le lendemain, une vidéo publiée sur Youtube montre un vieil homme se dirigeant vers une ambulance. Il y rentrera, y restera une trentaine de secondes et en sortira silencieux, statufié.
Un homme viendra le serrer dans ses bras, des "Allahou akbar" fuseront de part et d'autre. Le grand-père de Amal Maarouf a identifié sa dépouille, ou celle de sa mère, dans l'ambulance.
Lors de la deuxième communication qu'elle a eue avec Marouane, Amal "a demandé de l'eau, et s'est plaint du manque d'oxygène. Puis son portable s'est déchargé". Marouane s'indigne: "il était possible de la sauver, mais les agents de la protection civile ont été trop lents". Peut-être a-t-il raison. Peut-être que c’est la douleur qui le rend injuste, on ne le saura jamais.
Droit à la mémoire
Amal Maarouf, c'est aussi les critiques post-mortem. Sur sa page Facebook, des commentateurs s'improvisant muftis ont fait savoir qu'elle mérite d'aller en enfer. Son péché est d'avoir été actrice. La condition de la repentance ? La négation de son oeuvre, donc de sa mémoire. D'autres demandent à ce que sa page Facebook soit supprimée, pour effacer photos, statuts et liens partagés, peu en accord avec la pieuse solennité dont on se représente un mort, censé n'avoir laissé aucune autre tranche de vie terrestre que celles consacrées à l'au-delà. Enfin, ceux qui lui reprochent d’être le seul nom qui a émergé du tas, parmi les 22 autres décédés, des anonymes, condamnés à n’être que des âges ou un chiffre réducteur, condensant les vies de familles entières en un 22 à peine significatif.
Leur a-t-elle volé le monopole de la compassion, car il n'y en n'a jamais assez pour tout le monde ?
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