Pression migratoire sur Melilia : “Gourougou, c’est fini !”
Le millier de jeunes Subsahariens qui se cachaient aux abords de la frontière ont été évacués, arrêtés ou dispersés vers d’autres villes du royaume. Le problème de l’immigration clandestine pose la question des relations du Maroc avec l’Europe et l’Afrique subsaharienne.
Le mont Gourougou, situé entre Béni Ansar (Nador) et le poste frontalier de Melilia, qui abritait un millier de jeunes Subsahariens candidats à l’émigration en Europe jusqu’au mois dernier a été progressivement évacué de ses occupants cette semaine. Le Gourougou culmine à 900 mètres d’altitude et domine la lagune de Mar Chica, Nador et l’enclave de Melilia jusqu’à la Méditerranée.
Selon des témoignages de presse et de jeunes Subsahariens, depuis dimanche dernier, les forces auxiliaires marocaines ont détruit les campements et bidonvilles qui servaient d’abris de fortune à tous ceux qui attendaient l’occasion de passer vers l’enclave de Melilia depuis des mois.
Plusieurs dizaines des Subsahariens, près de 300 selon El Mundo, qui se trouvaient sur le mont Gourougou ont été évacués vers Fès et Rabat. D’autres sont en état d’arrestation à Nador selon l’ONG espagnol Prodein de défense des droits des enfants. Des dizaines d’autres se sont dirigés vers Tanger et la région de Fnideq.
Ces évacuations interviennent au lendemain de sept tentatives en seulement quatre jours, entre les 10 et le 13 août derniers, de forcer la triple barrière métallique qui encercle Melilia. 87 personnes avaient réussi à passer au cours de ces tentatives. Durant la même période, 1.000 autres personnes avaient pu partir des côtes tangéroises vers l’Espagne à bord de canots pneumatiques.
Exercice d’équilibriste entre l’Europe et l’Afrique
Depuis plusieurs semaines, la pression migratoire sur le Maroc et l’Espagne est vive. Le Maroc est pris entre ces engagements envers l’Espagne de surveiller les périmètres frontaliers de Sebta et de Melilia, et entre sa volonté de ne pas stigmatiser les ressortissants de pays africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques et économiques.
Parmi les Subsahariens, se trouvent des Ivoiriens, des Maliens, des Camerounais et des Guinéens notamment. Leur renvoi vers le pays d’origine ne peut que rajouter aux problèmes sociaux et politiques importants déjà existants à Abidjan, Bamako, Douala ou Conakry. Avec tous ces pays, Rabat entretient des relations politiques positives.
Au Maroc, les tensions provoqués par l’afflux de candidats subsahariens à l‘émigration en Europe se reflète dans les incidents enregistrés depuis plusieurs mois au quartier de Boukhalef de Tanger, mais aussi par l’existence de campements clandestins dans la périphérie tangéroise, sur la côte du détroit de Gibraltar et près de Fnideq, à quelques kilomètres de l’enclave de Sebta.
Cette pression a atteint un tel degré lors de la deuxième semaine du mois d’août que Rabat a dû relâcher sa vigilance pour laisser partir vers l’Europe un peu plus d’un millier de Subsahariens les 10, 11 et 12 août derniers. Rabat avait qualifié cette baisse de vigilance de « disfonctionnement ».
Selon des témoignages recueillis par des journalistes espagnols, des membres des forces de l’ordre marocaines ont bien indiqué aux Subsahariens que « Gourougou, c’est fini ».
De fait, et depuis de nombreuses années, cette haute colline à la périphérie de Nador s’était transformée en un immense village de campements de fortune sans eau, sans électricité et sans la moindre installation sanitaire. La population de Gourougou atteint par moments le millier de personnes d’une dizaine de nationalités différentes dont il ne resterait aujourd’hui que quelques dizaines.
Sur ce millier, on estime que près de 300 ont été transportés vers Rabat et Fès et que le reste s’est éparpillé par ses propres moyens vers d’autres villes du pays. Plusieurs fois au cours de ces dernières années, des rafles et des expulsions du mont Gourougou ont été organisées. Après quelques semaines, le lieu redevenait ce qui semble être sa vocation depuis 25 ans : un lieu de refuge et de transit des Subsahariens candidats à l’émigration en Europe.
Mais cette fois-ci, l’affaire semble plus sérieuse : outre l’opération de cette semaine et le « disfonctionnement » constaté sur les côtes tangéroises entre les 10 et 12 août derniers, les frontières du Maroc avec la Mauritanie et l’Algérie sont actuellement en train d’être verrouillées de manière plus sévère par l’arme marocaine.
Emigration, terrorisme, drogue, opération Marhaba : la pression estivale est forte
Depuis le début de cette année 2014, le Maroc a également lancé une campagne de régularisation de la situation des émigrés sans-papiers, mais l’opération semble avoir rencontré un faible succès auprès des jeunes Subsahariens, ceux-ci ayant comme objectif non de s’installer au Maroc, mais d’émigrer vers l’Europe. Plus de 30.000 Subsahariens seraient en transit au Maroc dont une moitié aurait présenté un dossier de régularisation. 1.200 dossiers ont été acceptés à la mi-juin selon l’Organisation démocratique des travailleurs émigrés (ODTI).
Malgré ce rôle de « gendarme » que le Maroc joue pour l’Europe, les forces de sécurité marocaines, mais aussi espagnoles, sont régulièrement accusées de mauvais traitements envers les candidats à l’émigration. Début juillet, le Maroc a entrepris la construction, côté marocain, d’une barrière métallique autour de l’enclave de Melilia.
Au nord du Maroc, les forces de sécurité marocaines sont confrontés à ce phénomène massif d’émigration clandestine, mais doivent également assurer un travail de sécurité et d’ordre public plus soutenu durant la saison estivale, assurer la fluidité des passages au niveau des ports de Tanger, Tanger-Med et Nador et aux passages frontaliers de Bab Sebta et de Béni Ansar. A cela, il faut ajouter la contrebande de carburant et de cigarettes en provenance de l’Algérie, le trafic de drogue du Rif vers l’Europe qui mobilise d’importantes ressources du côté de la police et de la gendarmerie et la lutte contre les réseaux jihadistes marocains et maroco-espagnols.
A ces soucis, il faut ajouter au cours de ces derniers mois l’afflux de réfugiés syriens, l’augmentation importante de trafics de faux papiers (passeports et cartes d’identité espagnoles) aux postes-frontières et les craintes suscitées par le virus Ebola pour la détection duquel les agents espagnols aux postes-frontières de Sebta et de Melilia ont reçu une formation au cours de la troisième semaine du mois d’août.
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