Mohamed El Berdaï: “Comment j’ai été fouetté par des extrémistes religieux à Tanger”
EXCLUSIF. Mohamed El Berdai, 30 ans, avait été attaqué le dimanche 23 août, par une sorte de "brigade de la vertu", dans le quartier Beni Mkada à Tanger. Nous avions à l’époque publié la version de la police. Médias 24 vient de retrouver la victime et de recueillir directement son témoignage.
Selon la version policière recueillie sur place par Médias 24, il s’agissait d’une sorte de police religieuse improvisée, qui a donné des coups de fouet à un Tangérois. Médias 24 l’a rencontré. Voici son témoignage.
"Avant cette agression du 23 août, j’avais plusieurs fois été menacé. Mais je n’ai jamais porté plainte. Des jeunes du quartier m’ont régulièrement menacé me répétant souvent: "Vous faites la fête et vous buvez pendant que les gens vont se sacrifier en allant se battre en Syrie et en Irak".
Sauvagement agressé, fouetté, Mohamed El Berdai porte sur son corps des dizaines des cicatrices, qu’il a montrées à Médias 24. Propriétaire d’un triporteur, il travaille comme transporteur indépendant pour des distributeurs et des commerçants. Parfois, il travaille également comme maçon.
Le quartier d’El Mers se trouve à l’extrême périphérie du quartier de Bir Chifa dans l’arrondissement de Béni Makada. Les rues sont à peine bétonnées, les maisons pas toujours finies et quelques bidonvilles subsistent. La vue donne d’un côté sur les premières terres agricoles avant le pré-Rif ; de l’autre côté, on aperçoit les fumées de la décharge publique qui brûle sur la route de Tétouan.
"Vous faites la fête et vous buvez pendant que les gens vont se sacrifier en allant se battre en Syrie et en Irak"
Né en 1984, El Berdai partage avec son épouse et sa fille âgée de 3 ans la maison de ses parents. Un intérieur modeste aux murs chaulés, tapis en plastique au sol, banquettes et une petite télé sur une table. Dans un coin de la pièce, des matelas sont empilés que l’on dispose le soir pour dormir.
Il raconte l’agression survenue alors qu’il rentrait d’un mariage dans son quartier d’El Mers.
"Après m’avoir battu et blessé à coups d’armes blanches, mes agresseurs voulaient me kidnapper. Ils m’ont traîné sur le sol, mais heureusement des voisins, dont ma sœur qui habite le voisinage, ont pu prévenir l’hôpital qui a dépêché une ambulance“.
"Ils parlent comme des racistes", indique El Berdai. Ils m’ont dit "viens avec nous, quitte ton mounkar, ou on te fait disparaître".
Près de trois semaines après son agression, El Berdai explique qu’il a essayé de se défendre en disant notamment à ses agresseurs: "Dites au makhzen ce que vous me reprochez et il tranchera. Je leur ai dit: C’est le makhzen qui vous protège et me protège". Mais rien n’y fera, conduit aux urgences de l’hôpital Mohamed V, El Berdai en sortira avec une multitude de pansements et de bandages ainsi qu’un arrêt de travail de 30 jours.
Dès le lendemain, un premier agresseur est arrêté, six agresseurs à ce jour. El Berdaï pour sa part passera 24 heures au poste de police pour y être interrogé et aider à la reconnaissance de ses agresseurs. Leur procès s’ouvre le 22 septembre devant la cour d’appel de Salé spécialisée dans les affaires de terrorisme.
Outre les appels à rejoindre les combattants en Syrie et en Irak, les personnes arrêtées veulent instaurer une justice religieuse. Des perquisitions effectuées par la police dans les heures qui ont suivi l’agression ont permis de saisir plusieurs armes blanches.
Mohamed El Berdai raconte qu’aussitôt arrivé aux urgences de l’hôpital, un inspecteur de police du 6e arrondissement de permanence ce week-end l’attendait pour prendre sa déposition. L’information circule vite.
El Berdai raconte également que son agression n’est pas la première du genre. Plusieurs habitants du quartier subissent menaces et harcèlements de la part des extrémistes religieux. "Ils organisent leurs propres rafles et changent parfois de quartier".
Après l’agression et avant de partir au son de l’ambulance, les "brigades de la vertu" ont dévalisé El Berdaï de son téléphone portable et de l’argent qu’il avait sur lui. "Ils disent que c’est halal," conclut-il.
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