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Harcèlement de rue, le triste quotidien de toutes les Marocaines

La vidéo d'une jeune casablancaise dévoile le traitement réservé aux femmes dans l’espace public: harcèlements, interpellations déplacées s’enchaînent inexorablement. Un quotidien tristement connu de toutes les Marocaines et de nombreuses femmes à travers le monde.    

Harcèlement de rue, le triste quotidien de toutes les Marocaines
Houda Outarahout
Le 10 novembre 2014 à 16h40 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Mesdames, l’espace public marocain ne vous appartient pas! Désolée de me montrer si directe et briser vos éventuelles illusions, mais au cas où les messages quotidiens de «nos chers congénères masculins» aient manqué de clarté, une vidéo édifiante diffusée le 9 novembre achèvera de vous ouvrir les yeux… et de vous provoquer probablement un désagréable haut-le-cœur!

La jeune casablancaise, à l’origine de cette initiative, a surfé sur le buzz planétaire créé par la vidéo d’une new-yorkaise circulant dans sa ville et subissant les assauts de nombreux «dragueurs». Pendant ses 10 heures de marche, la jeune américaine relève près d’une centaine d’interpellations. Cette même expérience a été menée dans la capitale économique du Royaume: la centaine de remarques est subitement multipliée par trois! Magie de la société marocaine! Plus de 300 commentaires ont accompagné les tribulations de la jeune femme dans les différents quartiers de Casablanca, des plus populaires au plus huppés… Pour le respect et la déférence, vous pouvez repasser!   

De la remarque pseudo religieuse telle que «tbaaarkallah», prononcée ostensiblement en se dévissant la nuque pour ne rien rater – au mieux – du minois de la «cible» ; aux comparaisons animalières en tout genre, tout en passant par les désormais tristement incontournables onomatopées «psst psst», les «manchoufouch» et les attitudes collantesgluantes voire agressives de nombreux quidams ont ainsi rythmé la journée de la jeune casablancaise.

Si cette vidéo aux 90.800 vues condense en près trois minutes les pires aspects de la vie en société d’une jeune Marocaine, elle traduit également le quotidien de nombreuses femmes du Maroc, qui estiment (malheureusement à tort) que l’espace public leur appartient autant qu’aux hommes… La réalité est toute autre!

De l’évolution à la révolution

Pour Fadwa Misk, militante féministe et fondatrice du site Qandisha, la Marocaine est prise au piège: «elle est condamnée à traverser les espaces publics, mais en aucun cas autorisée à se les approprier. Elle ne sort dans la rue que pour aller d’un point A à un point B». Flâner est un luxe qu’elle ne peut se permettre. Quant à «griller tranquillement une cigarette au soleil», tout bonnement impensable! Cette sphère «publique» confine paradoxalement les femmes à l’isolement!

La plupart d’entre elles adoptent alors «une attitude défensive; condamnent une partie de leur garde-robe afin d’éviter les regards pesants, baissent les yeux  face à homme entreprenant, craignant dans certaines situations une réaction potentiellement violente…

Elles s’enferment dans un cercle vicieux, qui ne cesse de se rétrécir et étouffe leurs tentatives de rébellion. «C’est terriblement usant» de se battre pour être présente dans l’espace public… Car, s’il est dit dans certaines sociétés que la femme est l’égale de l’homme, toute Marocaine sait qu’ici l’homme de la rue est persuadé de sa (prétendue) domination. «Le plus grave, c’est qu’on finit par s’y habituer», déplore Fadwa Misk. « S’il y a une évolution des mœurs, elle s’est clairement faite dans le mauvais sens»…

La législation promise par le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, pour lutter contre la progression du harcèlement de rue semble tombée dans l’oubli. «Les associations féminines telles que Slutwalk ou les Womanchoufouch» sont, elles, progressivement asphyxiées «par des subventions qui n’arrivent jamais», souligne la militante. Pourtant, c’est bien «d’actions fortes et coordonnées» que viendra le changement. «Nous avons besoin de lois, de sanctions sévères et dissuasives, mais également de campagnes médiatiques fortes, d’un effort réel sur l’éducation des plus jeunes ; et surtout nous en avons besoin en même temps, autrement tout cela restera abstrait», déclare Fadwa.

Hors des frontières marocaines, le harcèlement gagne (et gangrène) les rues de nombreux autres pays.

Dans la capitale française, des collectifs féministes se mobilisent pour lutter contre «les relous», ces hommes qui jugent normal et naturel d’accoster le sexe opposé avec la délicatesse d’un char d’assaut. Certaines femmes entreprennent même de suivre des cours de défense contre les débordements masculins. Un coach leur enseigne certains rudiments tel que «maîtriser les distances qui nous sépare du relou», «éviter de trop sourire à l’interlocuteur, car ce dernier pourrait y voir un signe encourageant», «ne pas s’arrêter lorsqu’on nous adresse la parole» etc. Autant de recommandations, que bon nombre de parents marocains ont transmises à leurs progénitures… Autant de conseils que nous souhaitons ardemment ne plus avoir à enseigner à nos filles.

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Houda Outarahout
Le 10 novembre 2014 à 16h40

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