Mondialito: personne ne veut porter le chapeau
Naufrage de l’organisation de la Coupe du monde des clubs 2014. Les différents acteurs se refilent la patate chaude. Une enquête est ouverte.
Mohamed Ouzzine croyait avoir fait oublier la cérémonie d’ouverture peu reluisante de la Coupe du monde des clubs 2013. Ce n’est visiblement pas le cas avec cette nouvelle édition qui tourne carrément au fiasco.
Samedi, lors des quarts de finale de la Coupe du Monde FIFA, les jardiniers du stade Moulay Abdellah de Rabat se sont armés d’éponges et de raclettes pour essorer une pelouse transformée en patinoire, suscitant les railleries des commentateurs d’Eurosport, beIN Sport ou de la chaîne Fox.
En raison de l’état défectueux de la pelouse, la demi-finale devant opposer le Real Madrid au club mexicain de Cruz Azul, prévue mardi au complexe Moulay Abdellah, a été délocalisée in extremis à Marrakech, à la demande de la FIFA.
Cette situation qui porte un coup dur à l’image du Maroc met à nu de graves problèmes de gouvernance. En effet, le stade Moulay Abdallah de Rabat avait récemment fait peau neuve. Un relooking qui a coûté 220 millions de DH et qui devait permettre au stade Moulay Abdallah d’abriter les 4 premiers matches de la compétition, avant de donner le relais à Marrakech à partir des demi-finales.
Suite à cette affaire, «une enquête a été ouverte pour déterminer les responsables de ce fiasco», a déclaré lundi matin Mustapha Azeroual, directeur des sports au sein du ministère de la Jeunesse et des sports, sur les ondes de Radio Mars.
Ce qu’il ignorait sans doute, c’est qu’il allait quelques heures plus tard être suspendu par le ministère des Sports, en attendant les résultats de l’enquête. Karim El Akkari, secrétaire général du ministère de la Jeunesse et des sports et membre du Comité d'organisation de la Coupe du monde des clubs a à son tour été suspendu à titre provisoire, tandis que Saïd Izka, directeur du stade Moulay Abdellah de Rabat a été limogé.
Mohamed Ouzzine est donc décidé de ne pas porter seul le chapeau et tente de déplacer les projecteurs sur d’autres acteurs. Dans une interview accordée à Hespress, le ministre de la Jeunesse et des sports accuse la société espagnole chargée de poser la pelouse.
Mais face aux accusations du ministre, l’entreprise espagnole Ibergreen est montée au créneau par la voix de son directeur général, Rafael Castro. Sur les ondes de Radio Mars, il a expliqué que sa société avait posé le gazon dans 3 stades à Rabat. Deux d’entraînement et un stade principal.
«Notre travail consistait seulement à poser la pelouse en dernière étape. Nous ne sommes pas responsables du drainage. Pour être honnête, les pelouses des stades d’entraînement sont en très très bon état, avec le témoignage du responsable de la pelouse du santiago-Bernabéu», s’est-il justifié.
Et d’ajouter: «Le problème se trouvait dans la pelouse du stade principal de Rabat. Des flaques d’eau se constituaient sur cette pelouse spéciale pour l’hiver, qui se trouve d’ailleurs dans les stades en Angleterre et en Espagne. Il était difficile de poser cette pelouse sur le stade de Rabat. Tous ces facteurs expliquent l’état dans lequel se trouve actuellement la pelouse».
Dans ce cas, qui est responsable du drainage? Selon nos informations, c’est la société Valtech qui est chargée du drainage, mais aussi du terrassement, de la préparation la terre végétale, de l’engazonnement, de l’entretien et du suivi.
Cette entreprise qui travaille au Maroc depuis une trentaine d’années à elle aussi été accusée par le ministère des Sports d’être responsable des couacs du stade Moulay Abdellah.
Contacté par notre rédaction, une source autorisée à Valtech nous confie que le temps qui lui a été accordé pour les travaux de la pelouse n’était pas suffisant et en profite pour faire porter le chapeau à la FIFA.
«Le ministère voulait absolument que la ville de Rabat fasse partie des villes hôtes de la compétition. De notre côté, nous avons tout fait pour relever ce challenge. Sauf que le délai qui nous a été donné a été réduit par la FIFA. Nous avons néanmoins réussi à finir la pelouse avant le 28 août, date limite fixée par la FIFA».
Et d’ajouter: «Il fallait ensuite apporter des améliorations à la pelouse, mais cela n’a pas été facilité par la tenue de la finale de la coupe du Trône sur le Stade Moulay Abdellah le 18 novembre. Nous voulions ensuite faire des travaux de drainage, mais la FIFA a assuré que cela n’était pas nécessaire vu les conditions climatiques qui ne semblaient pas difficiles selon les prévisions».
Du côté de la Fédération, une source autorisée contactée par Médias 24 accuse le ministère de la Jeunesse et des sports d’être directement responsable. «Le comité d’organisation n’a aucune part de responsabilité car le stade appartient au ministère de la Jeunesse et des sports. C’est d’ailleurs lui qui a signé un contrat avec la société chargée de la pelouse».
Pourquoi le ministère n’a-t-il pas réagi plus tôt, sachant que le 18 novembre, une délégation de la FIFA avait logiquement pointé du doigt l’état de la pelouse?
En attendant de désigner un coupable, cet incident a dores déjà porté un coup dur à l’image du Maroc et semble décrédibiliser le pays en tant que candidat potentiel à l’organisation de la Coupe du monde 2026.
Pour illustrer ces propos, on citera pour l’exemple cette déclaration teintée d’humour de Kheireddine Madoui, entraîneur de l’ES Sétif, à la vieille de son match à Rabat: «J’ai pu constater que lors du match d’ouverture, la pelouse n’était pas en bon état. J’en suis vraiment stupéfait, surtout lorsque l’on sait que les organisateurs travaillent là-dessus depuis plusieurs mois, mais sans pour autant parvenir à régler le problème (…), mais grâce à nos matches en Ligue des champions africaine, nous avons désormais engrangé un capital expérience non négligeable nous permettant de faire face à toutes les situations».
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