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Le Maroc va devenir de plus en plus une terre d’immigration

La démographie, l’instabilité et la pauvreté vont être à l’origine de flux migratoires de plus en plus importants dans les prochaines années.

Le Maroc va devenir de plus en plus une terre d’immigration
Jamal Amiar
Le 10 février 2015 à 15h37 | Modifié 10 février 2015 à 15h37

Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) samedi et trois ministres du gouvernement Benkirane lundi ont présenté le bilan de l’opération de régularisation des étrangers au Maroc durant l’année 2014. Cette opération « exceptionnelle » ne devrait pas être la dernière.

27.400 demandes ont été présentées et 17.916 ont reçu un avis favorable selon le ministère de l’Intérieur. Cela fait 65% du total des dossiers, sachant que l’ensemble des dossiers de femmes et d’enfants ont été validés. Cette opération exceptionnelle lancée le 1er janvier 2014 a pris fin le 31 décembre dernier.

L’Intérieur estime à environ 25-30.000 le nombre de Subsahariens en attente d’une traversée vers l’Espagne. Ils sont en majorité en transit du côté de Béni Ansar-Melilia, du côté de Fnideq-Sebta et à Tanger.

Depuis quelques années, disons pour simplifier, depuis le début de la crise économique en Europe en 2008, de plus en plus de jeunes Européens viennent travailler au Maroc. Conséquence de la crise de l’emploi en Europe, de nombreux jeunes Subsahariens également choisissent de trouver un job et de rester au Maroc, abandonnant leurs projets initiaux d’émigration en Europe.

A ces arrivées africaines et européennes, s’est ajouté un flux d’immigrants syriens fuyant la guerre civile qui frappe leur pays depuis avril 2011.

Selon les statistiques présentées par Driss El Yazami (CNDH) samedi à Rabat et pae le ministre Cherki Draïs lundi à Salé, les Sénégalais (6.600), les Syriens (5.250), les Nigérians (2.380) et les Ivoiriens (2.281) constituent les groupes de migrants les plus régularisés.

Cette première opération exceptionnelle de régularisation ne devrait pas être la dernière du genre au cours des prochaines années, ceci pour au moins quatre raisons, dont deux principales : la croissance démographique au sud du Sahara et le différentiel de revenus entre le sud du Sahara et le Maghreb et l’Europe.

Démographie en hausse…

La première raison principale et objective tient aux prévisions de croissance démographique importante au Nigéria, au Niger ou en Côte d’Ivoire. Ainsi, le Nigéria verra sa population passer  de 175 millions d’habitants aujourd’hui à près de 440 millions en 2050, soit 265 millions d’habitants de plus sur la période 2015-2050 ou près de 7 millions tous les ans.

La guerre qui s’y développe actuellement va favoriser le départ des Nigérians vers des contrées plus paisibles, le Maroc, ou l’Europe de l’Ouest.

En 2050, un terrien sur trois sera africain, une donnée qui renseigne sur les tendances actuellement à l’œuvre, alors que par ailleurs la population européenne vieillit.

Ce qui est dans les grandes lignes valable pour le Nigéria l’est aussi pour le Cameroun ou le Niger qui pâtissent d’une importante insécurité politique et de dirigeants politiques prédateurs. Ce cas de figure reste valable pour les réfugiés syriens et demain peut-être pour des ressortissants d’autres pays arabes.

En 2030, l’âge médian africain sera le plus bas comparé à l’Europe et à l’Asie. A partir de 2030, la population africaine dans son ensemble commencera à dépasser les populations d’Inde et de Chine, c’est-à-dire à dépasser le 1,4 milliard d’habitants, rappelle les auteurs de l’ouvrage Chindiafrique, Jean-Joseph Boillot et Stanislas Dembinski.

…revenus faibles

La deuxième raison est également incontournable. Les revenus moyens dans les pays subsahariens restent très faibles malgré « le grand réveil » de l’Afrique. Selon des chiffres récents et incontestés contenus dans l’ouvrage Le Capitalisme au XXIème siècle de Thomas Picketty, le revenu moyen européen est de 28.000 euros par habitant et par an ; il est de 5.700 euros au Maghreb et de 2.000 euros en Afrique subsaharienne. La moyenne africaine est de 2.600 euros de revenus annuels par habitant.

Avec un PIB de 1.800 MM d’euros en 2012, l’Afrique subsaharienne reste sous le chiffre du PIB français de 2.000 MM d’euros. Sur le plan démographique, l’Afrique subsaharienne compte plus de 900 millions d’habitants, la France plus de 65 millions.

Le troisième motif d’attraction des jeunes Subsahariens vers le Maroc est qu’ils existent des postes de travail à pourvoir, notamment dans les secteurs du tourisme et ceux du bâtiment. L’ouverture croissante du Maroc vers l’Afrique noire est réelle, illustrée par la politique de la Royal Air Maroc d’embaucher du personnel de bord d’Afrique de l’Ouest afin de mieux servir sa clientèle qui transite par Casablanca pour ses voyages intercontinentaux.

Le quatrième motif tient au fait que même si les barrières s’élèvent autour de Sebta et de Melilia pour les candidats au voyage vers l’Europe, le Nord marocain se trouvera toujours à quelques kilomètres de l’Europe. Cela attirera toujours des candidats à l’émigration. Avec la possibilité, une fois arrivés au Maroc, de pouvoir changer d’avis et de rester.

Dans les années qui viennent, le Maroc continuera d’être, de sa part sa géographie et son économie, une terre de transit et d’immigration pour des milliers de Subsahariens.

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Jamal Amiar
Le 10 février 2015 à 15h37

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