La réforme de l’Education expliquée par Rachid Benmokhtar
Rachid Benmokhtar a livré jeudi soir une rapide mais complète grille d’analyse pour comprendre où va l’Education et pourquoi sa réforme est urgente.
Britcham, la Chambre de commerce britannique au Maroc a eu l’heureuse idée d’organiser une rencontre autour du système éducatif, avec une question de fond: comment profiter du savoir-faire britannique? Une question justifiée par la performance de l’enseignement en Grande Bretagne. Quatre des six meilleures universités au monde sont britanniques et ce secteur a généré 230 milliards de DH en 2013.
>Rachid Benmokhtar n’avait pas le temps de tout dire. Mais il a dit l’essentiel: une grille d’analyse pour comprendre ce qui se passe dans le domaine de l’Education ainsi que les grandes directions que prendront les réformes.
Le ministre avait parfois des intonations graves, clairement préoccupées par la situation actuelle. Et l’urgence urgentissime des réformes.
Le domaine n’est pas de tout repos. Les enjeux sont importants mais sont souvent dépassés par une idéologisation et une prise en otage populiste ou identitaire.
De plus, “deux démarches parallèles“ sont menées : celle du Conseil supérieur de l’Education et de la Formation d’un côté. Celle du ministère de l’Education nationale de l’autre. Le premier doit présenter une vision, une projection sur le long terme et notamment répondre à des questions fondamentales : le choix en matière de langues ainsi que la gouvernance du système.
Enfin, il y a le long terme et le court terme. Le structurel et l’urgentissime. Comment arbitrer, comment choisir lorsqu’il faut choisir, comment travailler sur les deux fronts ??...
En arrière-plan, il y a les enjeux économiques, identitaires, démocratiques de l’enseignement. Mais également, on sait bien désormais que le meilleur antidote à Daech est bien l’éducation. Oui, mais laquelle?
>L’état des lieux. “Notre système est sur une pente descendante, nous nous enfonçons dans une spirale. Les résultats sont extrêmement décevants“.
Seul point positif : la généralisation de l’enseignement dans le primaire est un objectif qui est à peu près atteint. “Mais à quel prix?“ s’interroge le ministre. Au prix d’une détérioration de la qualité, répond-il.
Si l’on veut revenir à la qualité de l’enseignement que le Maroc avait en 2003 [mesurée par divers tests connus], il faudrait… 25 ans. La salle retient son souffle. 25 ans, répète si Benmokhtar, pour rattraper ce qui a été perdu en huit ans, entre 2003 et 2011.
>Essayer de comprendre. De mars à juin 2014, le ministère a interrogé 100.000 personnes, dont 60.000 enseignants, ainsi que des élèves, des parents, des élus…
Aujourd’hui, le ministère est convaincu que :
-sur le Long terme, il faut apporter des ruptures profondes ;
-sur le court terme, il faut parer aux urgences et préparer le long terme par des actions structurantes.
>Le Long terme va demander au moins quinze ans. “Nous ne pouvons pas attendre“, constate le ministre.
Sur le long terme donc, il faudra se focaliser sur le profil de sortie à l’âge de 17 ou 18 ans. Les objectifs seront définis à l’intérieur des 5 grandes familles suivantes :
-le socle d’appartenance: qui je suis, avec qui je partage ma vie, où je suis… C’est bien vu, ça vaccine contre certaines choses importées et ça facilite l’exercice démocratique et la citoyenneté.
-apprendre à apprendre : la connaissance ne doit plus être un objectif en elle-même mais elle doit servir à acquérir de futures connaissances.
-l’intégration sociale et la constitution du capital social, travailler ensemble, vivre ensemble ;
-l’individu et son bien-être : ceci n’est ni anodin ni trivial, dira M. Benmokhtar. Apprendre à prendre conscience de son corps, de sa singularité, de sa santé…
-le Maroc, son développement économique, sa place stratégique, ses atouts, ses faiblesses, ses opportunités, ses perspectives, ses challenges.
Et pour les cinq objectifs ci-dessus, quatre principes sont appliqués :
-ces objectifs sont déclinés différemment selon l’âge de la cible ;
-il existe au Maroc d’énormes disparités, donc il faudra prévoir des options diverses selon le contexte ;
-faire passer les écoles d’individus que nous avons actuellement vers les écoles de réseaux ;
-Les technologies de l’information ne doivent pas être considérées ni comme des gadgets ni comme des appoints mais une partie de la pédagogie et des curricula.
>Les mesures. Rachid Benmokhtar rappelle ce constat qui fait si mal: 76% de nos enfants ne savent ni lire ni écrire au bout de quatre années d’école. Et ceci est aussi lié aux méthodes, à la pédagogie.
Parmi les mesures urgentes, le ministre cite les neuf suivantes:
-La maîtrise des connaissances de base, lecture, écriture, éveil, en quatre ans. Programme qui sera lancé à la prochaine rentrée.
-Un frein sera mis au passage automatique de classe. De nouvelles formes d’évaluation seront instaurées et un niveau minimum sera exigé pour passer d’une année à l’autre. Le passage automatique sera progressivement supprimé.
-La maîtrise des langues étrangères : l’anglais est une option fondamentale ; Il deviendra progressivement obligatoire. Actuellement 200 lycées ont instauré le baccalauréat international.
-l’intégration de la formation générale et de la formation professionnelle. Ce pourquoi comme première étape, un bac professionnel a été instauré.
-Permettre à l’élève d’acquérir des compétences transversales et épanouissantes.
-amélioration de l’offre scolaire, à travers notamment une réhabilitation des bâtiments.
-instituer des écoles associées, selon le système américain des charters schools, écoles autonomes et créées dans le privé avec des financements publics. Il y aura un premier appel à manifestation d’intérêt.
-La formation de l’enseignant passera de 1 an à 3 ans après la licence. Pour l’instituteur, un niveau de licence sera exigé.
-le dernier point parmi les mesures urgentes, concerne la moralisation de l’école et sa gouvernance.
Pour conclure, le ministre rappelle que 670.000 élèves dans les collèges, et 800.000 dans les lycées suivent actuellement des cours d’anglais.
Une grille d’analyse claire. Les intentions sont bonnes, les idées semblent pertinentes. Il reste l’aspect opérationnel. Car il faut transformer l’essai. Cette fois ci, la réforme doit aboutir.
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