Cafouillage autour de l’épineux dossier des marchands ambulants
Le lancement avorté d’un programme visant à intégrer dans l’économie formelle les marchands ambulants témoigne de la complexité de ce dossier. Une expérience similaire avait été lancée en 2004. Sans succès.
Les pouvoirs publics marocains ont décidément du mal à organiser le commerce informel. En témoigne le lancement avorté d’un programme baptisé «Commerce non sédentaire», destiné à recaser les marchands ambulants qui squattent le domaine public, et piloté conjointement par le ministère de l’Intérieur et celui de l'Industrie, du commerce, de l'investissement et de l'économie numérique.
Objectif: «Organiser et mettre à niveau le commerce ambulant dans le milieu urbain et créer des espaces commerciaux dédiés et aménagés, et organiser et mettre à niveau les souks ruraux», indique-t-on du côté du ministère de l’Industrie et du commerce.
Dans le détail, le programme «Commerce non sédentaire» se décline en trois modèles: recaser les «Ferrachas» dans des souks hebdomadaires, comme c’est le cas en France ou en Espagne.
Intégrer ces marchands dans l’économie formelle en les recasant dans des marchés permanents, structurés et aménagés avec eau et électricité.Et moderniser leurs équipements. Mais pour l’heure, le projet piétine, et les deux ministères en charge du projet sont appelés à revoir leur copie.
98% des marchands exercent sans autorisation
En attendant la mise en place effective de ce projet, les marchands ambulants ne jouissent pour la plupart d’aucun statut: près de 98% de ces marchands exercent sans autorisation, selon une étude réalisée en 2011 par le ministère du commerce et de l’industrie.
Pourtant, le commerce ambulant constitue la seule source de revenus pour plus de 1 million de personnes, indique la même source. Selon une étude du Haut commissariat au plan (HCP) réalisée en 2008, Casablanca compte à elle seule 128.572 marchands sur un total de 238.000 à l’échelle nationale. Ce commerce génère un chiffre d’affaires de 45 milliards de dirhams.
Mais bien qu’il soit un important pourvoyeur d’emplois, le commerce ambulant se caractérise par l’absence d’organisation engendrant des problèmes d’encombrement de l’espace public. Dans plusieurs artères de la métropole, la circulation des véhicules est ralentie et perturbée par la présence de ces marchands. A cela s’ajoute l’absence de contrôle des produits vendus, favorisant la vente de produits impropres à la consommation. Par ailleurs, ces vendeurs font de la concurrence déloyale au commerce légal sédentaire en ne payant pas d'impôts.
Une expérience similaire sans succès
Structurer ce pan de l'économie informelle est plus que jamais une priorité. Mais la tâche est loin d’être aisée. En effet, ce n’est pas la première fois que les pouvoirs publics se penchent sur ce dossier sensible, sans succès, il faut l’avouer.
En 2004, le ministère du Commerce et de l’industrie avait lancé le même concept, à savoir recaser les marchés ambulants dans des marchés appelés «Souk namoudaji». Au total, 114 souks namoudaji [marché pilote] dont une trentaine à Casablanca ont été créés avec une capacité de 130.000 magasins et un budget de 105 MDH. Chaque marchand ayant bénéficié du programme a eu droit à une parcelle de 4m2 moyennant une somme dérisoire.
Mais le programme a été un retentissant échec. Certains magasins sont restés fermés des années durant, faute de clients. D’autres commerces ont été sous-loués, voire revendus en toute illégalité, profitant d’un grand vide juridique. Ce programme mort-né témoigne de la complexité du dossier.
Une bombe à retardement
L’épineux dossier du commerce ambulant est une véritable bombe à retardement. Longtemps pourchassés par les Mokhaznis (forces de l’ordre), les «Ferrachas» sont davantage tolérés depuis l’avènement des printemps arabe. Et pour cause, le 17 décembre 2010, l’immolation de Mohamed Bouazizi, marchand de fruits et légumes en Tunisie, après que des policiers lui avaient confisqué sa marchandise, avait donné lieu à une contestation sociale qui s’est propagée à travers le pays, jusqu'à atteindre la capitale, marquant le début du printemps arabe.
A Casablanca, le projet pilote est basé à Sidi Bernoussi. Médias 24 l’a visité et a constaté une certaine qualité de la finition et de l’infrastructure. Dans un espace clos, des stands équipés en électricité et eau courante sont destinés à recevoir des marchands ambulants à tour de rôle. Il n’est pas encore ouvert.
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