Tanger: manifestation anti-subsahariens et montée du racisme
Les banderoles clament «nous ne sommes pas racistes» mais le sous-entendu était: «on ne veut pas de Noirs dans notre quartier». Une centaine d'habitants du quartier Al Irfane 2 où est décédé Cédric mercredi, ont manifesté ce dimanche.
«Avant on les accueillait, mais maintenant me déclare un habitant du quartier, la meilleure des choses c’est qu’ils ne vivent pas avec nous», indique à Médias 24 un habitant du quartier et animateur de la manifestation, qui habite à Al Irfane 2 depuis 4 ans.
Au quartier Al Irfane 2, «leur nombre est estimé à 500» selon le président d’un syndic d’immeuble soit environ 20% de la population du quartier.
Pour une autre habitante, « nous ne sommes pas contre l’humanisme, me déclare-t-elle, mais nous voulons la sécurité pour nos enfants; trop, c’est trop» souligne-t-elle.
Sur les bords de l’avenue, plusieurs Camerounais et Ivoiriens sont là, discrets et silencieux, écoutant les slogans des habitants du quartier. Parmi les slogans scandés par les manifestants, quelques-uns portant des portraits du Roi, on pouvait entendre «Ni sécurité, ni ordre, les habitants sont en danger», un appel «aux élus qui sont aussi responsables» et un «Attention, attention, le Maroc est en danger».
Accusations sans preuves
Ce dimanche 8 décembre à 10h, une centaine d’habitants du quartier Al Irfane 2 où le ressortissant camerounais Cédric Bété a trouvé la mort mercredi en marge d’une descente de police, a bruyamment manifesté son désir d’ordre et a critiqué «les organisations des droits de l’homme qui disent que c’est le makhzen qui a tué le Camerounais». Sur la centaine de manifestants, près de 30 étaient des enfants âgés de moins de 15 ans.
L’homme qui accuse les organisations des droits de l’homme d’impartialité ne souhaite pas donner son nom et se présente «comme un habitant du quartier» qui sait que «les clandestins font du trafic de drogue; de la cocaïne», précise-t-il. «On trouve même des armes ici», accuse mon interlocuteur sans preuves. «Nous demandons aux autorités de créer ici un poste de police», précise-t-il.
Al Irfane 2 est une cité sortie de terre en 2010 près de l’aéroport Ibn Battouta et qui abrite plus de 2.000 habitants déjà, Al Irfane 1 étant plein ainsi que nombre d’immeubles dans un rayon de 2 à3 kilomètres. Le poste de police le plus proche se trouve à 7-8 km du lieu où Cédric Bété est mort mercredi dernier.
Depuis la fin de l’été dernier et la mort d’un citoyen sénégalais dans des circonstances analogues à celle de Cédric, une chute de l’étage d’un immeuble, ainsi que la mort d’un citoyen congolais suite à sa chute d’un fourgon de police, la tension monte entre clandestins et habitants des quartiers ainsi qu’entre la police et les ressortissants subsahariens.
Après la mort de Cédric Bété mercredi dernier, les manifestations organisées par les migrants et les critiques portées par les organisations des droits de l’homme contre la brutalité des rafles policières, les ressortissants subsahariens en situation irrégulière sont aujourd’hui accusés de trafic de drogue, incivisme et agressions contre des enfants et des mères de famille.
Selon des manifestants rencontrés sur les lieux de la manifestation par Médias 24, c’est un syndic d’habitants et l’association des parents d’élèves de l’école du quartier qui ont pris l’initiative de la manifestation qui a parcouru moins d’un kilomètre au total.
Pas loin d’Al Irfane 2 ce dimanche matin, plusieurs véhicules de compagnies mobiles d’intervention étaient positionnés.



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