Festival d’Essaouira : secrets mystiques d’une réussite

Comme chaque été depuis seize ans, la mer agitée souffle en legato sur les remparts de la vieille Mogador dont l'enceinte de la médina s'improvise caisse de résonnance.  

Festival d’Essaouira : secrets mystiques d’une réussite

Le 24 juin 2013 à 16h26

Modifié 24 juin 2013 à 16h26

Comme chaque été depuis seize ans, la mer agitée souffle en legato sur les remparts de la vieille Mogador dont l'enceinte de la médina s'improvise caisse de résonnance.  

Des milliers de Marocains et quelques centaines de touristes reprennent en coeur les chants mystiques gnaouis sur le staccato des qraqebs qui rythment les odes à Lalla Mira, Baba Mimoun et autres djinns ressussités le temps d'un festival. On évacue les âmes les plus transies, on danse en liesse ; les mouettes curieuses et les chevelures endiablées tournoient de concert.

Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 juin, peu après minuit, le maître parmi les maâlems tient le public et la note. Hamid El Kasri porte la catharsis à son paroxysme, et réunit sous la pleine lune les voiles et les dreadlocks. Quelle guitare ne jalouse pas à cet instant le guembri pincé avec maestria devant une foule conquise ?

Dimanche soir, le maâlem Baqbou dirige sa troupe avec entrain et une certaine sobriété. Le public assoiffé de transe réclame Lalla Aïcha. Will Calhoun à la batterie mène les percussions à la baguette, le saxophoniste ne retient plus son souffle, tantôt ténor tantôt soprano. Les gnaouis épousent le jazz, la foule en redemande, car le temps d'un weekend, familles et amis oublient les inimitiés et scandent les mêmes louanges divines.

Une communion rare et contagieuse

Dans une communion aussi rare que contagieuse, les regards s'adoucissent et les oreilles se remplissent. On a rarement vu autant de Marocains savourer ensemble un tel moment de partage. Comme aucune autre, la musique gnaouie joue sur l'inconscient social. En vérité, le succès du festival tient aux secrets ancestraux de la musique gnaouie, qui touche à l'imaginaire fantasque et réveille les légendes séculaires. 

Les textes chantés par les maâlems sont un subtil mélange de superstitions et de glorification divine. Ils rapprochent les Marocains de leur foi, et en même temps jouent sur leurs peurs juvéniles. Sans déclamer aucune revendication confrérique, les gnaouis développent à travers la musique une communication transcendantale avec le peuple. Au milieu de la foule, on peut d'ailleurs entendre chuchoter qu'à force de danse frénétique, les djinns pourraient bien apparaître plus tard dans la nuit.

Mais la volonté expiatoire suscitée par le rythme lancinant et les voix mêlées surpasse les craintes. Elle exhorte à l'expropriation de soi le temps d'une nuit. Pour beaucoup de marocains, le festival d'Essaouira est une parenthèse mystique dans un quotidien où le lien social ne tient qu'à un fil. Ses concerts intimistes rappellent les «lilates gnaouias», ou soirées gnaouies. Ses grands shows s'apparentent à une prière collective. Une manière finalement d'appeler les esprits les plus interdits sans craindre l'opprobre divine.
 

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