Médias : «La culture du copier-coller est très présente dans la région Mena»

Chercheuse en médias arabes à l'Université de Copenhague, ancienne journaliste et actuellement blogueuse, Donatella Della Ratta, coordinatrice de la région du monde arabe pour Creative commons, nous livre sa lecture du respect des droits d’auteur dans la région.  

Médias : «La culture du copier-coller est très présente dans la région Mena»

Le 5 juillet 2013 à 9h42

Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Chercheuse en médias arabes à l'Université de Copenhague, ancienne journaliste et actuellement blogueuse, Donatella Della Ratta, coordinatrice de la région du monde arabe pour Creative commons, nous livre sa lecture du respect des droits d’auteur dans la région.  

Vous êtes intervenue récemment à Casablanca pour présenter Creative Commons. Pourriez-vous nous parler de votre mission en tant que coordinatrice régionale pour cette organisation?

Creative Commons fait le tour du monde avec pour mission de promouvoir le partage sur Internet de façon légale car Creative commons est une forme de copyright de droits d’auteurs qui a un peu plus de flexibilité par rapport aux droits d’auteurs traditionnels. La formule est choisie par l’auteur, selon les droits qu’il veut se réserver ou ceux qu’il veut partager. Aussi, nous organisons dans différents pays le Creative Commons salons, un événement né à San Francisco et que nous faisons dans le monde entier. Cette fois-ci, à Casablanca, durant l’Opentaqafa, nous sommes intervenus pour une édition spéciale sur la presse indépendante et l’auto-publication.

Quel est le mode de fonctionnement de Creative Commons ?

Creative Commons est un réseau social, une grande communauté car nous sommes dans plus de  70 pays. Ces réseaux de bénévoles sont très attentifs à ce qui se passe sur le net en termes de droits d’auteur, de partage… C’est donc cette communauté qui nous appelle pour dénoncer les vols de propriété, les copier-coller… Et nous avons également un réseau d’avocats qui aident bénévolement les utilisateurs.

Vous êtes spécialiste des médias arabes, vous avez travaillé à Damas comme journaliste, vous enseignez les médias dans le cadre universitaire et vous tenez un blog spécialisé dans le monde arabe. Vous avez donc une vue globale sur cette région et sa production, quelles sont les similitudes que l’on peut retrouver dans les différents pays en termes de droits d’auteur ?

Je suis coordinatrice Creative Commons pour 22 pays et je constate que la similitude est que l’ensemble des pays arabes n’a que peu de respect par rapport à la loi du droit d’auteur. La culture du copier-coller est très diffusée dans cette région. Ceci dit, pour ce qui est du côté positif, et je vois qu’au Maroc c’est assez développé, c’est cette prolifération de presse indépendante sur Internet qui m’a agréablement surprise, alors même qu’en Europe nous n’en avons pas assez. Même en ce qui concerne la culture du blogging, en Europe ce n’est pas aussi développé qu’aux Etats-Unis ou au Maroc.

Il y a donc selon vous plus de similitudes entre le blogging américain et marocain qu’européen ?

Il y a de nombreuses similitudes. D’ailleurs je pense qu’au Maroc, beaucoup de jeunes de moins de 30 ans ont besoin de s’exprimer et créent des blogs alors que l’Europe est un continent où la population est vieillissante et donc où les gens sont moins adeptes des blogs. Dans ce sens, il y a donc beaucoup d’énergie et il y a aussi le côté politique qui pousse les jeunes à s’exprimer, ce qui est beaucoup moins développé en Europe. 

De tous les pays arabes, lequel joue réellement le jeu du respect des droits d’auteur ?

 

Je pense que c’est dans les pays du Golfe que les droits d’auteur sont le plus respectés mais cela ne signifie pas qu’ils ont plus d’éthique que les autres pays arabes. Cela est surtout dû au fait qu’ils ont conclu des accords de libre échange qui les ont fait entrer très tôt dans un système global et qui les ont menés à beaucoup plus de contrôle au niveau des droits d’auteur et de la piraterie.

Une des missions de Creative Commons est de développer une espèce de comportement éthique par rapport à la question de vol de propriété intellectuelle sur Internet mais il s’agit aussi d’expliquer aux gens qu’il faut entrer dans une relation gagnant-gagnant, c'est-à-dire que si un site cite quelqu’un, cela peut créer une relation entre la source et le site qui la cite.

Comment pourrait-on aller vers une meilleure éthique, qui nous permettrait de ne plus réagir après coup mais plutôt de prévenir les comportements de copier-coller ?

Vous avez une ressource incroyable, ce sont les jeunes, qui ont envie de partager, qui connaissent les réseaux sociaux et le web. Donc il faudrait passer par l’éducation car je constate que ce comportement de vol appartient plutôt aux générations du passé. Ce sont des générations qui ne connaissent pas bien Internet et son éthique. Il y a donc un travail à faire mais il n’est pas impossible de sensibiliser les nouvelles générations en leur expliquant bien que ce n’est pas qu’une question d’éthique mais une véritable relation win-win car vous pouvez gagner si vous citez les autres, tout en les respectant.

C’est donc une relation de confiance qui se bâtit à long terme…

Chez Creative Common, nous travaillons beaucoup sur une nouvelle économie que l’on appelle économie de partage. Il s’agit d’une économie qui ne permet pas de gagner immédiatement, comme c’est le cas de l’économie traditionnelle, mais qui permet de gagner sur la durée. Je donne ça maintenant, gratuitement, mais je construits sur la relation. C’est une espèce de marketing viral, cela aide à booster sa e-réputation… Il y a des gens qui jouent le jeu et je fais confiance à la région Mena pour construire cette économie de partage car elle est gorgée de ressources et de jeunes gens pleins d’énergie.

Comment peut-on adhérer au réseau de Creative Commons ?

L’adhésion est gratuite, il suffit de se rendre sur le site de http://creativecommons.fr/ où toutes les licences sont expliquées. Ensuite, il est possible de prendre les licences sur le site, sans rien payer. Notre volonté est d’agrandir le réseau de Creative Commons donc si des gens sont intéressés, ils peuvent également trouver une mailing list du monde arabe sur Google et ils peuvent me joindre à [email protected] et m’écrire un mail pour faire partie de cette mailing list.

L’inscription étant gratuite, d’où proviennent les fonds de votre organisation ?

Creative Commons est une organisation à but non lucratif qui est soutenue financièrement par des fondations américaines, et notamment Google. En effet, Google est intéressé par les partages parce que son business modèle est de gagner sur la relation, et non gagner sur le contenu et c’est pour cela que Google trouve un intérêt à soutenir les organisations telles que la notre.

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