Egypte: tensions croissantes après des heurts meurtriers au Caire

Les Frères musulmans égyptiens ont appelé lundi à un « soulèvement » après des tirs de l'armée qui ont tué selon eux au moins 35 manifestants au Caire, et qui menacent les difficiles tractations en vue d'un gouvernement de transition.   

Egypte: tensions croissantes après des heurts meurtriers au Caire

Le 8 juillet 2013 à 11h04

Modifié 8 juillet 2013 à 11h04

Les Frères musulmans égyptiens ont appelé lundi à un « soulèvement » après des tirs de l'armée qui ont tué selon eux au moins 35 manifestants au Caire, et qui menacent les difficiles tractations en vue d'un gouvernement de transition.   

Le parti de la justice et de la liberté (PLJ), vitrine politique de la confrérie, a appelé dans une déclaration écrite au «soulèvement du grand peuple d'Egypte contre ceux qui sont en train d'essayer de lui voler sa révolution avec des chars».

Le PLJ a aussi pressé «la communauté internationale, les groupes internationaux et tous les hommes libres du monde d'intervenir pour empêcher d'autres massacres (… et) l'apparition d'une nouvelle Syrie dans le monde arabe».

Le QG des Frères musulmans a par ailleurs été fermé sur décision des autorités égyptiennes après la découverte d'armes lundi, a indiqué à l'AFP un haut responsable de sécurité, évoquant «des liquides inflammables, des couteaux et des armes».

Lundi à l'aube, la foule des partisans du président destitué Mohamed Morsi était en train de prier devant le siège de la Garde républicaine quand des soldats et des policiers ont ouvert le feu, ont rapporté les Frères musulmans dans un communiqué, ajoutant que le bilan de 35 morts «allait probablement augmenter».

L'armée évoque des «terroristes armés»

 Des manifestants ont fait état de tirs à balles réelles et de grenades lacrymogènes, dans des circonstances qui restent confuses. « J'ai vu de mes propres yeux des gens sur lesquels on a tiré », a déclaré l'un d'eux. D'autres témoins ont raconté que les forces de l'ordre avaient tiré en l'air pour disperser la foule, et que les tirs directs venaient «d'hommes de main» en civil.

L'armée a expliqué de son côté que des "terroristes armés" avaient attaqué le siège de la Garde républicaine, provoquant la mort d'un officier et blessant plusieurs conscrits, dont six se trouvaient dans un état critique, selon un communiqué militaire cité par le journal gouvernemental al-Ahram.

Le leader politique égyptien Mohamed ElBaradei a réclamé une «enquête indépendante» à la suite de ces violences meurtrières, assurant sur son compte Twitter que «la transition pacifique est la seule voie».

Sur la place proche de Rabaa al-Aadawiya, où les manifestants touchés ont été évacués vers un centre de soins improvisés, un médecin, Oussama Ahmed, a confirmé neuf décès à un journaliste de l'AFP, qui a vu pour sa part des dizaines de blessés. «Ils veulent faire partir les manifestants», alors que les Frères musulmans s'annonçaient déterminés à poursuivre la mobilisation jusqu'au rétablissement de M. Morsi, a assuré un manifestant.

Le parti al-Nour était un partenaire islamiste

Le quartier, survolé par des hélicoptères, était bouclé par des barrages des forces de l'ordre. Les salafistes se retirent des négociations Vendredi, au même endroit, quatre islamistes avaient été tués dans des échanges de tirs avec l'armée. Dénonçant un «massacre », le principal parti salafiste, al-Nour, a annoncé son retrait des discussions sur le choix d'un Premier ministre et d'un gouvernement de transition. « Nous avons décidé de nous retirer immédiatement des négociations en réponse au massacre qui a eu lieu devant la Garde républicaine », a déclaré le porte-parole de ce parti, Nader Bakkar, sur Twitter.  de la coalition majoritairement laïque qui soutient le renversement de M. Morsi, issu des Frères musulmans, déposé mercredi par l'armée. Al-Nour s'était déjà opposé à la nomination du prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei comme Premier ministre, et a également émis des réserves sur le choix d'un économiste de centre-gauche, Ziad Bahaa Eldin, pas assez consensuel à leurs yeux. Samedi, le porte-parole d'Adly Mansour, le président civil par intérim, avait indiqué que ce dernier espérait annoncer lundi la nomination de M. ElBaradei comme vice-président, et celle de M. Bahaa Eldin comme chef du gouvernement. Le prochain Premier ministre aura la lourde tâche de redresser une économie au bord de la banqueroute et de mener la réconciliation nationale dans un pays fortement polarisé. Toute la soirée de dimanche, des manifestations ont rassemblé des centaines de milliers de personnes à travers l'Egypte dans le but de montrer que le renversement de M. Morsi était le fruit de la volonté populaire et non un putsch militaire. Les anti-Morsi mobilisés.

Au Caire, la place Tahrir au Caire était noire de monde pour une mobilisation qui se voulait pacifique, après des heurts d'une rare violence vendredi entre pro et anti-Morsi. Des manifestations similaires ont lieu dans la plupart des provinces, en particulier à Alexandrie (nord), deuxième ville du pays. Des tirs ont été entendus par endroits et le ministère de la Santé a fait état de 29 blessés au cours de la journée. Les partisans de M. Morsi s'étaient quant à eux massés par milliers dans différents endroits du Caire pour réclamer le retour du premier président démocratiquement élu du pays et dénoncer un «coup d'Etat militaire». Vendredi, 37 personnes avaient été tuées, notamment en marge de rassemblements de dizaines de milliers de sympathisants des Frères musulmans, ainsi que dans la région instable du Sinaï (nord-est).

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