Benkirane chez les conseillers : retour sur le ring ?

La séance du 17 juillet, à la Chambre des conseillers a permis à Abdelillah Benkirane de dire tout ce qu’il avait sur le cœur. Il est revenu sur les événements marquants de ces dernières semaines.  

Benkirane chez les conseillers : retour sur le ring ?

Le 19 juillet 2013 à 12h42

Modifié 19 juillet 2013 à 12h42

La séance du 17 juillet, à la Chambre des conseillers a permis à Abdelillah Benkirane de dire tout ce qu’il avait sur le cœur. Il est revenu sur les événements marquants de ces dernières semaines.  

Une ambiance studieuse. Les conseillers ont pris la peine de répondre à l’appel. «J’ai le plaisir de remarquer que le mois de ramadan a apporté une sérénité à cette chambre (rires de l’assistance). L’opposition doit faire son travail, relever les erreurs du gouvernement. Ce dernier a aussi la responsabilité d’écouter. Le problème, c’est quand cela se transforme en un raisonnement illogique», déclare Abdelillah Benkirane, chef du gouvernement comme préambule à son intervention, en guise de réponse aux questions des conseillers. Le thème de cette journée portait sur «le développement des politiques relatives à l’investissement, l’industrie, le commerce et les services».
54 secondes plus tard, Mohamed Cheikh Biadillah, président de la chambre des conseillers interrompt le chef du gouvernement : «Monsieur le chef du gouvernement revenez au sujet !» Abdelillah Benkirane réplique : «vous avez laissé parler, à cette tribune, de politique publique. Vous parlez à un chef de gouvernement». La tension monte d’un cran.
Celui qui a traité de politiques publiques n’est autre que Abdelhakim Benchemasse, président du groupe PAM au sein de la 2ème chambre. «Cette question devrait être traitée dans le cadre d’une séance annuelle conformément à l’article 101 de la constitution. Nous regrettons que cette séance ne ce soit pas encore tenue après 18 mois d’exercice gouvernemental. Nous vous avons sollicité par courrier dans ce sens. Je ne comprends pas pourquoi, cette séance n’ait pas encore été organisée. Il y a une faille, un retard dans l’application de la constitution», déclare-t-il.
Et puis directement, il s’adresse  au chef du gouvernement : «saviez-vous que les groupes parlementaires envoient depuis 6 mois des courriers à vos ministres, pour qu’ils viennent assister aux commissions? Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune réponse ». Preuves à l’appui, il brandit les courriers en question.
 
«La crise économique actuelle prouve la limite du modèle économique adopté par le pays, qui repose sur le développement de la demande intérieure en soutenant la consommation tout en boostant l’investissement. La faiblesse de la compétitivité de la production nationale persiste. Malgré une stratégie industrielle, qui certes a déjà fait ses preuves, mais qui aujourd’hui n’est plus efficiente», explique-t-il dans son plaidoyer.
Il poursuit son raisonnement et proclame que : «le modèle économique actuel est une source de la crise économique. Le déficit de la balance commerciale a pris un aspect structurel. Et il pèse de tout son poids sur les capacités de financement, et les réserves nationales en devises».  Il fait également état du manque à gagner résultant des accords de libre échange contractés par le pays. Abdelhakim Benchemass avance des chiffres : 150 milliards de DH avec les pays de l’UE, 18 milliards de DH avec les Etats-Unis d’Amérique, 5,2 milliards de DH avec la Turquie et 3,6 milliards de DH  avec la Tunisie, la Jordanie et l’Egypte.
 
Il relance aussi le débat sur le gel des 15 milliards de DH, sur le recours à l’endettement, qui atteint 60% du PIB. «Ce qui met en péril l’avenir des futures générations et limite la marge de manœuvre du futur gouvernement, quel qu’il soit». (Clin d’œil sur l’éventuel remaniement ministériel ou d’élections anticipées). Et c’est à ce moment qu’il pose sa question : «quelle est l’approche adoptée pour pallier à ces failles structurelles?», interroge-t-il le chef du gouvernement.
Mais il répond vite fait à sa propre interrogation. « Monsieur le chef du gouvernement, tout cela prouve et je suis désolé de le dire, vous avez  échoué dans la recherche de solutions. Le gouvernement prêche par son absence d’écoute. Nous en avons parlé avec vos ministres, mais a priori, ils ne vous transmettent que ce qui est négatif. (sourire de Abdelilah Benkirane). Encore une fois, nous ne sous-estimons pas les efforts», reconnaît-il.
 
C’est sur le ton de la confidence que le président du groupe PAM poursuit : «Monsieur le chef du gouvernement et je vous le dis en toute transparence et clarté, vous ne pouvez continuer à ignorer toutes ces vérités. Nous avons présenté un certain nombre de mesures, vos ministres ne vous les transmettent-ils pas ? (sourire amusé de Driss El Azami) à moins que vous considérez détenir la vérité absolue ?». Rappel à l’ordre de Mohamed Cheikh Biadillah sur le temps imparti. Benkirane intervient pour accorder tout de même une minute de plus à Benchemass.
Abdelilah Benkirane remplace Abdelhakim Benchemmass à la tribune. Et c’est à partir de cet instant que tout bascule. Le chef du gouvernement déclare ne pas accorder le droit à Mohamed Cheikh Biadillah de s’adresser à lui, sauf pour gérer le temps de parole qui lui est imparti. La salle réagit bruyamment. Coups de maillet de M. Biadillah, qui persiste : «M. Benkirane, je dirige cette séance, sur la base du règlement intérieur et de la constitution. Cela me revient de droit». Réponse de Benkirane : «M. le président, on vous aime bien. On vous respecte». Et Biadillah de répliquer : «respectez-vous !»
 
Des voix s’élèvent dans l’hémicycle. Abdelilah Benkirane interpelle un conseiller trublion, «ne vous joignez pas à ceux qui chahutent ce gouvernement», l’apostrophe-t-il. Appel au calme du président de la chambre des conseillers tout en priant Abdelilah Benkirane de poursuivre. Ce dernier n’est pas prêt à lâcher prise. Il contre-attaque : «il faut que je sache, ai-je droit à la liberté d’expression ? Si ce n’est pas le cas, tant pis ! Safi !». Il se fait un tantinet menaçant : «je vais m’exprimer mais si quelqu’un m’interrompt, gare à lui. Que les choses soient claires. Je ne suis pas 'elhit elksir'». (traduction littérale petit mur). Gardant Mohamed Biadillah dans sa ligne de mire, il lève la tête vers le perchoir : «M. le président cela ne vous concerne pas. J’ai le droit de m’exprimer et si je dépasse le cadre de la constitution signalez-le-moi ! Ce qui nous lie, c’est la constitution. Moi, je n’ai même pas besoin de m’exprimer. Me taire, je peux le faire. Le peuple soutient le gouvernement, s’il se tait. Et il le soutient, s’il parle», précise-t-il.
Il dirige ses propose vers l’assistance et déclare solennellement : «j’ai combattu certains par le silence. Le silence a vaincu les propos obscènes, déplacés et diffamants. M. le président, ne rejoignez pas ceux qui chahutent». C’est dit. Il justifie sa disparition de la scène durant l’offensive verbale lancée par Hamid Chabat.
Benkirane reprend de plus belle son envolée lyrique : «le peuple me connaît et connaît mes ennemis. Le peuple connaît mes propos depuis longtemps et il a voté pour. Mon parti est arrivé 1er et le souverain m’a accordé la présidence du gouvernement. Et si vous n’êtes pas satisfaits et désirez des élections anticipées, nous sommes disposés. Et ce, dès demain».
Se tournant vers Mohamed Cheikh Biadillah : «M. le président comptabiliez mon temps de parole, à partir du moment où vous m’aviez interrompu ». Abdelilah Benkirane scande cette phrase comme une rengaine. Résultat : l’imperturbable Biadillah sort de ses gongs et déclare en langue française, « laissez-moi placer un mot ! » et d’ajouter : « que cette extraordinaire séance continue».
Mais le chef du gouvernement insiste, il réclame son temps réglementaire. «Vous êtes le chef du gouvernement, faites comme bon vous semble», lance vaincu le maître de cérémonie. « Je viens à chaque fois de bonne foi et je veux écouter. Aujourd’hui, je suis ravi. Et cela M. le président fait parti du sujet. J’ai même demandé à M. Benchemass de me donner les documents dont il parlait», dit-il reprenant son intervention mettant ainsi un terme au duel oral avec le président de la séance.
Méthodiquement, le chef du gouvernement répond aux questions des conseillers. Concernant, la séance annuelle dédiée aux politiques publiques prévue par la constitution, il précise : « la demande doit émaner du parlement. Je suis disposé à m’y soumettre».
 
Concernant la problématique de l’investissement, il rappelle que le gouvernement évolue dans un contexte politique caractérisé par l’existence de lobbies. Que l’arrivée de son équipe s’est faite dans le sillage des révolutions arabes, de la réconciliation nationale initiée par le souverain et de la promotion d’une réforme dans le cadre de la stabilité. Il ajoute : «la réforme a besoin de patience. Une équation que le gouvernement affronte quotidiennement».
Il en arrive aux aveux : «je pensais pouvoir tout réformer,  sauf la caisse de compensation. Cela a été combattu avec violence». Il explique également que le déficit de la balance commerciale est lié au problème de la compensation. «Cette réforme devait nous unir, mais au lieu de cela, certains s’érigent comme défenseurs des démunis. Alors que ces classes sociales savent pertinemment qui les défend. L’affaire ne se résume pas à des paroles».
Il revient sur l’intervention de M. Benchamasse et le soutient dans sa thèse : « oui, notre modèle économique est arrivé à ses limites. Mais, ce n’est pas moi qui l’ai mis en place». Et il annonce : «à tout cela, il faut des mesures draconiennes. Et le moment venu, le peuple les comprendra. Il faut une coalition politique et non des coups bas!»
Et là, l’occasion est trop bonne. Il se tourne vers les députés istqlaliens : «excusez-moi messieurs, mais c’était aussi votre politique en tant que membre de la majorité gouvernementale, le ministère des Finances est l’un d’entre vous. C’est lui qui a mis en place ces politiques et nous en sommes fiers. Du jour au lendemain, vous reniez tout alors que votre ministre fait toujours partie du gouvernement». Et il s’ensuit un vibrant hommage à Nizar Baraka : «il a été doublement consacré cette année, une fois comme meilleur ministre des Finances d’Afrique et une autre fois de la part de MENA. Conclusion : vous critiquez qui et quoi?».
Il donne même des conseils : «prenez un peu de temps, investissez l’opposition. Je n’ai toujours pas soumis les démissions à SM le Roi, je suis toujours entrain de réfléchir et c’est mon droit». Intervention d’un député, que Mohamed Biadillah a vite fait de rappeler à l’ordre.
 
Autre point : la CGEM. Benkirane rappelle que dès son arrivée au gouvernement, il a tissé d’excellentes relations avec le patronat. Quid de la visite d’Erdogan? «Pour moi, il s’agissait de la visite d’un chef du gouvernement. Et la rencontre avec les opérateurs a été organisée entre deux associations d’entrepreneurs, l’une turque, l’autre marocaine. J’ai alors contacté les gens de la CGEM, leur demandant de venir y participer, faute de temps, ils n’ont pas pu. Je comprends leur réaction. Et je le dis et redis, les gens avec qui on travaille sont ceux de la CGEM. Le soir, certains de leurs représentants ont assisté au dîner offert par le souverain. Mes relations avec Mme Meriem Bensalah sont excellentes. Vous voulez ouvrir les hostilités entre nous ? (éclats de rires dans la salle). «Les conflits ouverts sur d’autres fronts ne vous suffisent-ils pas ? Ne pensez surtout pas que ce poste représente pour moi le paradis». Parole de Pjidiste !
Il se tourne ensuite vers les représentants des syndicats. Il leur demande de reconnaître que certaines centrales ont provoqué la faillite de certaines entreprises, institutions…
Et il conclut : «évidemment ce gouvernement ne comprend pas de superman. Nous nous sommes ni des génies, ni des prophètes». Pour ceux qui en doutaient encore…
 
 
 

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