Abdelilah Rais, un peintre très éclectique

Peintre autodidacte à l’œuvre prolifique, Abdelilah Rais a creusé son sillon dans le monde de l’art dès les années 1980. A la veille d’une exposition à Prague, il nous parle de son parcours, de ses créations, de ses sources d’inspiration. Portrait.  

Abdelilah Rais, un peintre très éclectique

Le 9 octobre 2013 à 15h39

Modifié 9 octobre 2013 à 15h39

Peintre autodidacte à l’œuvre prolifique, Abdelilah Rais a creusé son sillon dans le monde de l’art dès les années 1980. A la veille d’une exposition à Prague, il nous parle de son parcours, de ses créations, de ses sources d’inspiration. Portrait.  

Tour à tour photographe personnel de Nina Simone et décorateur d’intérieur, Abdelilah Rais est aujourd’hui l’un des artistes peintres les plus importants de sa génération.

Vendredi 4 octobre, l’artiste né en 1963 à casablanca nous accueille dans son atelier. Sur fond de musique Bebop, il nous présente quelques-unes des toiles qu’il vient de finaliser. La texture et l’étude des formes et des visages priment dans un art figuratif coloré, éclectique et bourré d’imagination : la touche de l’artiste y est largement reconnaissable. « Le figuratif abstrait, c’est un peu mon cachet, mon style de prédilection», commente-t-il.

Enrichie par son passé de globe-trotter, sa peinture est emplie d’une complétude joyeuse : elle réunit devant nos yeux visions réelle et rêvée d'un même sujet.

« Ces visages et ces expressions relatent ma vie, mes voyages, mon ressenti. Mes peintures parlent de l’amitié, de l’amour, de la haine. On y retrouve également de la satire. En réalité, ce sont des mises en scène où il y a toujours un fil conducteur».

Dans une autre pièce de son atelier, Rais nous montre une toile dans laquelle il expérimente des choses nouvelles.

« Je n’aime pas donner des noms à mes tableaux, mais celui-là est l’exception qui confirme la règle. Je l’ai baptisé le tableau de l’âge d’or. Les personnages sont plus dans leurs formes, leur gestualité. L’époque bleue, l’époque blanche, tous les peintres expérimentent, cela dépend de l’état d’âme du moment. D’ailleurs, ça fait 8 mois que j’y travaille. Mais je ne sais pas ce que sera la suite. Je préfère que ça vienne tout seul », dit-il, à la veille d'une grande exposition à Prague. Mais avant d’en arriver là, l’artiste a fait du chemin. Un long chemin.

Premiers pas dans la photo

Abdelilah Rais a étudié la photo en Allemagne et en suède avant de lancer un studio photo avec son frère à Casablanca. Rapidement, le studio se fait un nom au point de détenir l’exclusivité de quelques grandes Entreprises publiques. Parallèlement, Abdou Rais devient un des premiers photographes de mode au Maroc. Bien des années plus tard, son expérience de photographe sera un atout à sa carrière de peintre. « La vision de la photo complémente celle de la peinture ».

Rencontre avec Nina Simone

Abdou Rais n’avait pas encore 30 ans quand il a rencontré fortuitement la diva américaine. Alors qu’il devait simplement prendre des photos d’identité de la chanteuse qui se trouvait à Casablanca pour donner un concert, le courant passe, et la chanteuse apprécie le travail du jeune photographe. Par la suite, il devient son photographe personnel et l’accompagne durant 1 an pour sa tournée en Europe.

« Quand elle m’a proposé de partir en tournée avec elle je n’ai pas hésité un instant. J’ai fermé le studio, rangé mes affaires et nous sommes partis. Rapidement, nous sommes devenus amis. Elle m’aimait comme son fils», nous confie-t-il, en ajoutant qu’il détient aujourd’hui quelques 800 clichés de Nina Simone absolument insolites.

« Elle m’a demandé d’écrire sa biographie. J’ai écris 25% de sa biographie, mais je n’ai plus avancé ».

Personnage incontournable de la vie nocturne casablancaise

« J’ai marqué de mon empreinte l’histoire de la vie nocturne Casablancaise ». Dans les années 90, l’artiste a en effet lancé et géré de nombreux établissements nocturnes : Billards privés avec DJ, bars Live…C’est d’ailleurs lui qui se trouve derrière le concept de la musique live à l’Amstrong.

« Pour l’anecdote, je voulais l’appeler l’Armstrong, en hommage à Louis Armstrong. Mais j’ai oublié le R par manque d’attention ».

Découverte d’une vocation

Nous sommes en 1986, et la toute première exposition de l’artiste se déroule à Amsterdam. Depuis, il a exposé de nombreuses fois au Maroc et à l’étranger. Aujourd’hui, il propose un travail singulier empreint d’une grande expérience. Son œuvre inclassable est riche en couleurs et sensations. 

« Je suis peintre autodidacte, mais depuis mon jeune âge, j’ai toujours été inspiré par les couleurs. C’était quelque chose qui venait du fond de moi-même. Un jour, alors j’étais plongé dans une peinture, j’ai eu un déclic : je suis arrivé à un résultat qui dépassait ma propre inspiration. J’étais moi-même surpris », nous confie-t-il.

 « Je prends un plaisir que vous ne pouvez pas imaginer. Je me plais vraiment dans ce monde de la peinture, et en même temps c’est une thérapie pour moi. C’est un plaisir infini que d’être chez moi dans mon atelier, et m’adonner à ma passion. Je ne suis ni un nostalgique, ni un marginal, mais juste un amoureux de la peinture».

Sources d’inspiration

 Plusieurs écoles semblent de dégager de sa peinture, sans néanmoins trahir son feeling. Son peintre favori ?

« Celui qui m’a le plus marqué à une certaine époque, c’est Claude Monet. Picasso aussi. Et beaucoup d’autres encore ! En tout cas, ceux qui font de la musique classique et du jazz avec leur pinceau, chacun avec sa sensibilité. Sinon, il y a un mouvement des années 50 que j’affectionne particulièrement, celui de liberté du jazz à Montmartre avec Jean Cocteau, Boris Vian, Juliette Gréco ou Raymond Queneau. Ces gens venaient chaque soir chez Boris et narraient le jazz comme Fischer joue aux échecs ».

Sa conception des artistes peintres au Maroc

« Il y a beaucoup de peintres marocains qui ont été imprégnés de la lumière adéquate. Ils s’en sont inspirés, comme Eugène Delacroix pour les occidentaux, Edy-Legrand ou Majorelle ».

Qu’en est-il des peintres d’aujourd’hui ? « En tant qu’artiste, je pense qu’il faut passer à une autre ère, celle de la réconciliation, de la fraicheur, l’ère d’un regard neuf. Cela consiste à aller prospecter dans les ruches des nouveaux talents. Ces talents existent et ne demandent qu’à être compris ».

Et la photo, va-t-il y retoucher un jour? « C’est possible, mais rien n’est certain », se contente-t-il de répondre.

Une chose est sûre, Abdelilah Rais représente aujourd’hui la relève des artistes peintres marocains.

 

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