Légaliser le cannabis ? Les parlementaires lancent le débat

Plusieurs élus veulent explorer les pistes qui permettraient de tirer profit de la légalisation de la culture et de la transformation du cannabis dans le pays. Le chiffre d’affaires de la filière oscille entre 5 et 15 milliards de dollars.  

Légaliser le cannabis ? Les parlementaires lancent le débat

Le 3 décembre 2013 à 18h50

Modifié 3 décembre 2013 à 18h50

Plusieurs élus veulent explorer les pistes qui permettraient de tirer profit de la légalisation de la culture et de la transformation du cannabis dans le pays. Le chiffre d’affaires de la filière oscille entre 5 et 15 milliards de dollars.  

Ce montant représente 10% du PIB du Maroc.

Apparemment plus consensuel que les débats sur la darija où les relations avec Israël, le débat sur la légalisation de la culture du cannabis à des fins industrielles et pharmaceutiques est lancé.

Avant le débat au parlement, une journée d’étude sur « le rôle des utilisations positives du kif pour la création d’une économie alternative » est prévue ce mercredi 4 décembre à Rabat.

A la chambre des représentants, au moins deux groupes parlementaires de l’opposition, ceux du PAM et de l’Istiqlal souhaitent une évolution dans ce sens. Cette journée du mercredi 4 décembre sera d’ailleurs consacrée à des échanges entre experts et politiques marocains et étrangers.

47.500 ha en 2011 contre 134.000 en 2003

Selon le rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) basée à Vienne, « le Maroc reste le premier fournisseur de cannabis dans le monde depuis 12 ans ».

Le rapport 2013 présenté en juin dernier dans la capitale autrichienne met le Maroc en numéro 1 suivi de l’Afghanistan, avec l’Espagne 8ème pour la production et le voisin algérien 11ème.

47.500 hectares étaient consacrés à la culture du cannabis au Maroc en 2011 contre le triple, 134.000 ha en 2003.

Depuis les années 1990 et le premier rapport de l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD) de Bruxelles qui critiquait et mettait à nu des liens entre trafiquants et milieux politiques, le dossier du cannabis a pris de l’ampleur.

Dès novembre 1992, le ministre de l’Intérieur de l’époque Driss Basri interdisait de participation aux élections, prévues le mois suivant, 400 candidats, notamment pour financement électoral avec de l’argent suspecté de venir des milieux du trafic de drogue.

C’est à partir de cette époque que le dossier du cannabis a commencé à impacter négativement l’image du Maroc. En raison des liens entre certains milieux politiques et des barons de la drogue et en raison des importantes superficies cultivées et du peu de bénéfices qu’en tiraient la région du Nord ou les paysans du Rif, le cannabis marocain suscitait des critiques acerbes de la part de la presse internationale qualifiant parfois le Maroc de narco-Etat.

En 1993, Hassan II décidait de créer l’Agence de développement des provinces du Nord (ADPN) dont le premier directeur sera Hassan Amrani, l’actuel wali de Rabat. L’ADPN proposera des plans de développement et diverses alternatives dont le développement de filières oléicole, caprine, apicole ainsi que le tourisme rural.

A la fin des années 1990, le leader du Mouvement populaire Mohand Laenser avait dirigé une commission d’enquête parlementaire sur les liens entre argent de la drogue et politique. Auparavant, le rapport de l’OGD et des enquêtes de l’Intérieur avaient pointé du doigt le rôle de l’argent de la drogue dans la politique marocaine.

Quant à l’image du Maroc, la situation est paradoxale. Au moment où les polices européennes se plaignent du surcroit de travail donné par le trafic de cannabis marocain, la légalisation va bon train dans nombre de pays européens (Espagne, Suisse, Pays-Bas) mais aussi en Uruguay ou au Colorado et en Californie. Au Québec, il existe même un parti politique nommé Bloc Pot, « pot » signifiant « cannabis » en Amérique du Nord.

Selon l’ONUDC, pas moins de 17 polices et douanes de pays européens de l’Ouest et du Centre sont très actives sur le trafic de cannabis marocain.

Durant le seul mois de novembre 2013, Prague a délivré sa première licence d’importation à des fins thérapeutiques et un hôpital français en a autorisé la prescription.

Des débouchés industriels et pharmaceutiques

Interrogé sur l’impact du cannabis sur l’image du Maroc, le député du PAM Mehdi Bensaid indique qu’ « au sein de l’ONU, un débat est en cours qui devrait retirer le cannabis de la liste des drogues et donc des crimes avec l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, en pointe sur ce dossier ».

Sur ce plan du droit international et de ces éventuelles conséquences sur l’économie marocaine, Mehdi Bensaid « ne cache pas sa volonté d’anticiper sur les changements à venir » pour la transformation au Maroc ou l’exportation.

Du côté de Rabat et d’Al Hoceima, on n’a pas attendu pour créer la Coalition marocaine pour l’utilisation thérapeutique et industrielle du kif, sachant qu’au PAM, MM. Benchemmas et Ilyas Omari sont originaires d’Al-Hoceima.

Aujourd’hui, et depuis 15 ans,  les archives de l’APDN regorgent d’études économiques et sociologiques sur le cannabis, de business plans, de projets de reconversion agricole et de plans de développement intégré, en plus des rapports de l’OGD et de l’ONUDC.

Si les superficies ont été divisées par 3 en moins de 10 ans c’est notamment en raison des efforts accomplis en considérant ces résultats miraculeux car le cannabis reste rentable pour le paysan rifain.

Jusqu’en 2006, un rapport de l’APDN notait ainsi que « le cannabis est la seule culture rentable qui justifierait l’effort et le risque encouru (…) ; le cannabis reste l’une des seules cultures bénéficiant d’un circuit de commercialisation, certes illicite, mais favorable à un écoulement des produits ».

L’estimation médiane la plus courante sur le chiffre d’affaires tourne autour de 10 MM de dollars (8 MM d’euros, 90 MM DH) pour 2012, soit 10% du PIB du pays rapporte Courrier International (septembre 2013).

 Alors que la répression s’intensifiait au fil des années et que les superficies cultivées diminuaient, les revenus de la drogue ont oscillé entre les 5 et 15MM de dollars certaines années », selon des estimations réalisées auprès de personnes familières avec le secteur.

Selon l’élu du PAM Mehdi Bensaid, co-organisateur de la journée sur la légalisation et l’économie alternative du mercredi 4 décembre, « si le principe est adopté, il restera à l’Etat de s’impliquer et de voir où la culture du cannabis pourrait être autorisée sachant que des tests dans le Souss et le Tadla se sont révélés concluants ; ce texte ne peut être adopté qu’avec l’appui de la majorité qui ne s’est pas encore beaucoup prononcé sur le sujet », souligne-t-il.

Aujourd’hui, outre le PAM et l’Istiqlal, des élus du PJD et de l’USFP, dont le maire d’Agadir,  se seraient montrés favorables à l’option de la régularisation des cultures du cannabis à des fins industrielles et thérapeutiques.

Pas de répression, plus d’accompagnement

Dès le milieu des années 2000, l’APDN recommandait que « la stratégie de l’Etat dans le domaine de la lutte contre le cannabis ne doit en aucun cas s’appuyer sur des actions répressives, mais doit intégrer des mesures de fond pour restaurer la dynamique économique locale sur des bases légales, durables et concertées. Ceci implique, poursuivait l’APDN,  la définition et la mise en œuvre de mesures d’accompagnement socio-économiques d’envergure suffisantes pour maintenir, au niveau des foyers, des revenus immédiats et comparables à ceux générés par la culture du cannabis ».

Mais ce qui a permis de légèrement renverser la vapeur, c’est que tout compte fait, moins d’un million de personnes sont concernés. L’Etat a ainsi pu subventionner des projets de reconversion, investir dans le désenclavement jusqu’à achever la rocade méditerranéenne en 2012 et continuer d’investir dans l’industrie et l’aménagement touristique à Tanger, Tétouan, mais également et de plus en plus à Nador, Saidia et à Al Hoceima. Dans le même temps, ces investissements qui créaient des alternatives au business de la drogue au sens large auront aussi permis… de blanchir une partie du produit de ces trafics.

L’impact de l’économie du cannabis est ressenti jusqu’à Fès, Saidia et Oujda. Nador est l’une des villes aux plus forts taux de dépôts bancaires tandis que les prix de l’immobilier nadori dépassent tout ceux du reste du Maroc, avec des prix au mètre carré d’appartement de standing moyen plus proche des 20.000 DH que des 16-18.000 Dh de Casablanca ou des 10-12.000 DH de Tanger.

1 milliard DH en faveur de la principale région de production

Sur le plan institutionnel, un Plan de développement intégré (PDI) est en place : s’étalant sur 3 ans (2012-2014), conduit par l’APDN et 10 partenaires ministériels et institutionnels et doté d’un budget global d’un milliard de DH. En mars 2013, il avait réalisé entre 65 et 70% de ses objectifs.

Sur le plan territorial, ce PDI concerne « 95 communes réparties sur les 5 provinces de Larache, Taounate, Chefchaouen, Al Hoceima et Tétouan qui totalisent 78% des surfaces cultivées en cannabis recensées », indique l’APDN. Le désenclavement (451 MDH), l’amélioration des conditions de vie des populations rurales (88 MDH), le développement du tissu économique et des cultures alternatives (244 MDH) et le développement durable et la protection des écosystèmes (117 MDH) constituent les 4 principaux axes d’action.

 


 

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