Le Maroc n’est pas l’Eldorado rêvé par les Espagnols

Fuyant la crise économique qui sévit en Espagne, de nombreux entrepreneurs ont tenté l'aventure marocaine. A la surprise succède la désillusion face à ce pays qui a fini par les décourager et avoir raison de leur motivation.  

Le Maroc n’est pas l’Eldorado rêvé par les Espagnols

Le 4 décembre 2013 à 17h10

Modifié 4 décembre 2013 à 17h10

Fuyant la crise économique qui sévit en Espagne, de nombreux entrepreneurs ont tenté l'aventure marocaine. A la surprise succède la désillusion face à ce pays qui a fini par les décourager et avoir raison de leur motivation.  

La tentation de franchir le détroit de Gibraltar est bien séduisante du côté africain. Mais le rêve d’une vie meilleure ne laisse pas indifférent en Espagne. Parcourir quelques kilomètres pour fuir un pays en proie à une redoutable crise économique depuis l’effondrement de la bulle immobilière, où le chômage atteint des taux record ; un choix pour lequel de nombreux entrepreneurs espagnols ont opté. Arrivés au Maroc, ils pensaient y trouver un Eldorado et un avenir radieux. La désillusion a été terrible, selon le magazine hispanique Cuartopoder, qui relate certaines expériences déçues.

«Ici, tout est compliqué !»

Alfonso Martos (le nom a été modifié) installé à Tanger depuis 2006, possède une petite entreprise de bâtiment. Selon lui, un grand nombre de ses compatriotes ont fait la traversée «inverse», certains avec du matériels, bétonnière, grue, d’autres avec d’énormes prêts sur le dos. Misant sur les «70.000 maisons tangéroises » et pas moins de «40.000 autres demeures de Tétouan» à réhabiliter, ces entrepreneurs du bâtiment ont pensé avoir déniché un filon inespéré. Ils ont toutefois cruellement manqué de nez au Maroc. «Ici, tout est compliqué !» lance Alfonso Martos, exaspéré. «Il est moins difficile de lancer son affaire en Allemagne» peste-t-il.
Après avoir lutté plus de deux ans à Casablanca pour donner naissance à son entreprise, le jeune espagnol a fini par baisser les bras et abandonner l’idée. «Je pensais pouvoir louer un bateau pour 2.000 euros, l’équivalent de ce que cela m’aurait coûté à Barcelone, mais au Maroc on m’a demandé près de 8.000 euros ! Rien n’est gratuit, tout se paie : les administrations, les permis, même les faveurs. Cependant, ce qui épuise par-dessus tout, c’est qu’en dépit de tout cet argent versé, l’incertitude demeure. Payer le prix ne garantit rien… Et en tant qu’étranger, attendez-vous à débourser bien plus que n’importe quel Marocain » déplore Alfonso. Carlos, un brin plus cynique et davantage factuel, dresse lui aussi un tableau noir de l’entreprenariat au Maroc. Son constat est simple : il interroge sur le nombre de grandes firmes espagnoles s’étant implantées au royaume avant de réaliser qu’elles sont rares à avoir tenues la distance. «Telefonica, ACS ou BBVA ont été poussées vers la sortie», explique-t-il, dépité.

Travailler deux fois plus pour gagner deux fois moins

Lui, c’est un nouveau choix de vie que l’a conduit vers les rives marocaines. Luiz Hernandez vit à Tanger depuis huit ans et enseigne la peinture au sein de l’Institut Espagnol Cervantes de la ville du nord, après avoir usé ses semelles dans l’export de chaussures. Selon lui, ceux qui «viennent en quête de nouvelles opportunités au Maroc sont bien naïfs». Alertant sur les difficultés de faire fortune au Maroc lorsque l’on vient d’Espagne, il met également en garde ses compatriotes contre «ces femmes qui chercheront à vous mettre le grappin dessus et vous piéger en vous incitant à les épouser». Vision pessimiste d’une terre de cocagne qui ne tient pas ses promesses, de hordes de vampes sans scrupules ? La description semble caricaturale et pourtant, le même discours est repris en chœur. Un dernier témoin anonyme rappelle une réalité marocaine. Ce pays est une terre de «contrastes, un beau pays, cependant ne vous méprenez pas : venir au Maroc signifie travailler deux fois plus pour gagner deux fois moins».

«Je travaille», une phrase magique

Malgré les nombreuses désillusions, Alfonso Martos finit par mettre de l’eau dans son vin – ou dans son thé à la menthe – : «Je travaille» affirme-t-il, une phrase simple mais «magique pour de nombreux Espagnols » vivant dans un pays happé par plus de 25% de chômage. «Certes les salaires restent peu élevés, mais fort heureusement le coût de la vie aussi.» En revanche contre «l’immobilisme administratif», les entrepreneurs étrangers ne font pas le poids, s’insurge-t-il. Un David impuissant face à Goliath. Pourtant si le jeune roi biblique a pu terrasser le géant d’un coup de fronde, les entrepreneurs et investisseurs hispaniques ne doivent pas capituler si vite. Selon l’économiste Roberto Ortiz, des secteurs tels que les énergies renouvelables, le recyclage ou encore le développement des infrastructures restent des mines d’or pour les investisseurs espagnols. Un nouveau rêve, pour qui veut encore y croire.

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