Damir, un mouvement marocain pour les « lumières »

C’est un événement. Plusieurs grandes figures modernistes se réunissent et s’organisent dans le cadre d’une initiative menée par Salah El Ouadie et ont créé ce samedi 14 décembre le mouvement «Damir».

Damir, un mouvement marocain pour les « lumières »

Le 15 décembre 2013 à 17h11

Modifié 15 décembre 2013 à 17h11

C’est un événement. Plusieurs grandes figures modernistes se réunissent et s’organisent dans le cadre d’une initiative menée par Salah El Ouadie et ont créé ce samedi 14 décembre le mouvement «Damir».

De grands noms de la galaxie libérale, des intellectuels, artistes, créateurs, journalistes, militants de la société civile et des libertés individuelles, font partie du mouvement, dont Moulim Laaroussi, Ahmed Assid, Bachir Znagui, Latefa Ahrar ou Saïd Saadi.

Damir se situe clairement dans le contexte né des révolutions arabes, de la poussée salafo-frériste et du regain identitaire que l’on a observé en Tunisie, en Libye et en Egypte entre autres. Et il a choisi son camp. En quelque sorte, pour prévenir une éventuelle contagion du Maroc.

Les propos de Salah El Ouadie, tout comme le discours inaugural qui a les caractéristiques d’un manifeste, se positionnent clairement dans cette dialectique, celle qui s’est exacerbée ces dernières années mais que l’aire géographique arabo-islamique vit depuis plus de dix siècles: cet échec répété de la rationalité, cette défaite de la création, de l’innovation, de l’esprit critique, de l’individu, de la pensée dissidente…

L’initiative repose en fait sur la promotion des ingrédients essentiels combattus par les intégrismes: la création, la pensée critique et les libertés individuelles. Sans lesquels aucune modernité n’est possible.

Les initiateurs qui ont préparé l’événement pendant deux ans, se placent d’emblée, dans leur plateforme, au service du Maroc et des valeurs universelles. Ils font allusion au «legs civilisationnel et spirituel du Maroc». Ils se déclarent «concernés par la lutte permanente en faveur de «attanouir» (les lumières), contre l’ignorance ou les velléités de confisquer le sacré et d’en faire usage dans l’espace public, avec des objectifs politiques ou en faveur de la tyrannie».

Une association donc pour «fédérer et coordonner des initiatives visant l’émancipation, la liberté, la démocratie,  et pour jouer leur rôle naturel de conscience civile vivante.» Les promoteurs ne le disent pas ainsi, mais la démocratie n’est pas seulement la liberté d’expression ou le mode de sélection des dirigeants. Des dirigeants élus démocratiquement peuvent faire des choix anti démocratiques. Ou rédiger une constitution anti démocratique. Les Tunisiens et les Egyptiens l’ont appris à leurs dépens.

Les promoteurs de Damir se positionnent donc dans l’action de la société civile, «qui s’abreuve dans la modernité, s’attache au legs lumineux de notre histoire, reconnaît le droit à l’ijtihad (exégèse), encourage l’initiative, respecte l’opinion contraire». Une initiative qui se déclare indépendante de tout parti et reconnaît un destin commun à toute l’humanité.

Elle essaie en quelque sorte de maintenir les sociétés de la région dans la trajectoire vers la modernité, aussi lente soit-elle, en se cramponnant contre toute retour en arrière. Et déclare qu’elle critiquera autant que nécessaire, «tout archaïsme restant tapi dans les rouages de l’Etat ou de la société».

«Nous ne sommes ni une alternative à quoi que ce soit, ni un rival de qui que ce soit,» précise-t-on de même source.

Juridiquement parlant, l’assemblée générale constitutive a eu lieu samedi à Casablanca. L’association portera le nom de Damir, qui signifie conscience en langue française. Un comité exécutif de 15 membres a été élu. Un comité d’honneur composé de personnalités d’envergure internationale sera constitué. Parmi les noms qui ont donné leur accord, citons Abdellatif Laâbi, Mohamed Chafik, Nawal Saâdaoui, Adonis et Edgar Morin. Feu Lâafif Lakhdar, le penseur tunisien grand pourfendeur des intégrismes, avait également donné son accord.

Coïncidence réelle, des initiatives comparables ont lieu dans d’autres pays d’Afrique du Nord. La tentation archaïque provoque les même réflexes chez les modernistes. La seule différence, c'est que dans le texte de Damir, les mots laïcité et sécularisation sont absents.

Les modernistes marocains ont d’autant plus de mérite que le Royaume a été épargné par les excès salafo-fréristes qu’ont subis tous les autres pays nord-africains. Mieux vaut prévenir… Damir a raison d'insister à la fois sur la portée universelle des valeurs humaines et sur l'ancrage marocain de son action: nous avons besoin de concilier les deux, pour nous approprier les valeurs de la modernité sans craindre de nous faire accuser d'être la cinquième colonne d'une obscure machination occidentalo-américano-colonialiste. 

 

 

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