Sucre : quand la politique budgétaire va à l’encontre de la santé publique

La consommation abusive de sucre, une denrée alimentaire subventionnée par l’Etat, est lourde de conséquences pour la santé des Marocains. Mais pour les ménages modestes, le sucre reste un aliment de base dont le coût a un impact important.  

Sucre : quand la politique budgétaire va à l’encontre de la santé publique

Le 20 décembre 2013 à 20h14

Modifié 11 avril 2021 à 2h35

La consommation abusive de sucre, une denrée alimentaire subventionnée par l’Etat, est lourde de conséquences pour la santé des Marocains. Mais pour les ménages modestes, le sucre reste un aliment de base dont le coût a un impact important.  

Un rapport du CESE sur la couverture médicale de base a récemment pointé du doigt la transition épidémiologique dans laquelle le Maroc est engagé, avec une prépondérance des maladies non transmissibles. Parmi ces maladies non transmissibles, le diabète n’est pas des moindre. Or, le sucre reste un produit bénéficiaire de la politique de compensation de l’Etat.

Est-il bien raisonnable de financer partiellement par de l’argent publicune consommation à la source d’une des maladies dont la prise en charge est par ailleurs très lourde, pour les ménages comme pour le budget de la santé publique ?

1,5 million de Marocains souffrent de diabète

Selon la Ligue marocaine de lutte contre le diabète (www.lmlcd.com), les cas recensés de diabète font apparaitre une prévalence de la maladie de 9% chez les plus de 20 ans et de 14%, chez les plus de 50 ans. Ce sont ainsi 1,5 million de Marocains qui vivent aujourd’hui avec la maladie. Mais, la ligue estime que faute d’une politique de dépistage, environ 50% des diabétiques s’ignorent.

Selon les statistiques de l’OMS, la prévalence du diabète chez les plus de 25 ans est de 9,9% – 9,8% chez les hommes et 10% chez les femmes – ce qui correspond à peu près à la moyenne mondiale – 9,8% chez les hommes et 9,2% chez les femmes. Cette prévalence est toutefois supérieure à celle observée en Egypte (6,5%), en France (6,8%), au Portugal (7,9%), en Algérie (8%) ou encore en Italie (9,1%).

Selon la LMLCD, outre les risques d’infection accrus, les grossesses compliquées, le diabète est la première cause de :

–          mortalité par insuffisance rénale, 25% des dialysés étant des diabétiques ;

–          morbidité et mortalité par maladie cardio-vasculaire ;

–          cécité ;

–          amputation des membres inférieurs.

Bien qu’il n’existe pas de statistiques précises, il est clair que la prise en charge directe de la maladie et de ses conséquences représente un coût important, aussi bien pour les ménages que pour l’Etat. A ces coûts directs s’ajoutent, selon l’OMS, des coûts indirects liés à la baisse de la productivité des personnes malades et des coûts immatériels liés à la perte de qualité de vie.

Seuls les fabricants de sodas reversent la compensation

Alors que l’impact d’une alimentation de plus en plus riche en sucre et en graisse sur le risque de développer la maladie est scientifiquement prouvé, le sucre est toujours subventionné au Maroc.

En effet, selon le rapport sur la compensation accompagnant le projet de loi de Finance 2014, en 2013 le sucre bénéficie des subventions suivantes :

–          la production locale bénéficie d’une subvention forfaitaire de 2.661 dirhams hors taxe par tonne de sucre raffiné allouée aux mises en consommation ;

–          les importations de sucre brut, sont subventionnées de sorte à garantir un prix cible de 5.335 dirhams la tonne.

De plus, la restitution de la subvention forfaitaire de la part de certaines industries non destinées à l’exportation, telles que les biscuiteries, les chocolateries, boissons gazeuses et non gazeuses, en place depuis 1999 a été abandonnée en 2007, sauf pour les boissons gazeuses et non gazeuses.

La facture de compensation du sucre est donc variable en fonction des quantités consommées et des cours mondiaux. Elle est ainsi passée de 2,4 à 5 milliards de dirhams entre 2008 et 2012, la subvention sur les importations ayant représentée à elle seule 1,9 milliards de dirhams en 2012. Sur les huit premiers mois de l’année 2013, la facture est estimée à 2,3 milliards et devrait attendre 3,5 milliards pour l’ensemble de l’année, en raison d’un repli des cours mondiaux. Pour l’année 2014, sur les 35 milliards de crédits ouverts pour la compensation, 5 milliards sont alloués aux produits alimentaires (blé et sucre).

A titre de comparaison, le budget du ministère de la santé inscrit dans la loi de Finance 2013 était de 5,95 milliards de dirhams, dont 2 milliards pour l’investissement.

Favoriser un changement d’habitudes alimentaires

Les quantités de sucre raffiné consommées mensuellement avoisinent les 100.000 tonnes, ce qui correspond à une consommation mensuelle moyenne proche des 3 kg de sucre par habitant ! La subvention de la consommation, en agissant sur le prix, a nécessairement un impact sur les quantités consommées.

Par ailleurs, la subvention du sucre a très certainement un impact sur le choix des procédés de production employés par les industriels, tentés de favoriser l’emploi d’une matière première subventionnée, donc moins chère, pour diminuer leurs coûts de production.

Par cette subvention, la politique budgétaire de l’Etat favorise donc la consommation d’un produit par ailleurs à la base d’un problème de santé publique aux conséquences et au coût incalculables.

Si cette subvention est sans aucun doute importante pour le budget des populations les plus pauvres, comme pour les producteurs locaux de canne à sucre, elle encourage tout de même des habitudes alimentaires nocives pour la santé des Marocains, ce qui pose la question de la cohérence de la politique budgétaire.

On en revient donc toujours à la nécessité de remplacer les mécanismes de subvention actuels par d’autres filets de protection sociale plus efficaces et plus ciblés.

 

 

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