Historique: le Parlement va enfin discuter de l’officialisation de la langue amazighe

Le 8 janvier prochain, le parlement commencera l'examen en commission d'une proposition de loi organique relative à la mise en œuvre de l'amazigh en tant que langue officielle comme le veut la nouvelle constitution du Maroc.  

Historique: le Parlement va enfin discuter de l’officialisation de la langue amazighe

Le 27 décembre 2013 à 20h32

Modifié 27 décembre 2013 à 20h32

Le 8 janvier prochain, le parlement commencera l'examen en commission d'une proposition de loi organique relative à la mise en œuvre de l'amazigh en tant que langue officielle comme le veut la nouvelle constitution du Maroc.  

C’est la commission de l'enseignement, de la culture et de la communication qui discutera cette proposition de loi organique, présentée par les députés Rahhal Nassiri et Mohammed Abdelali Hilali du groupe parlementaire de l’alliance du centre (PRE, MDS et Al Ahd).

«On ne peut retarder indéfiniment cette loi organique. Bien au contraire, l’officialisation effective de la langue amazighe doit vite aboutir, conformément à l’article 5 de la constitution [dans l’article 5 de la nouvelle constitution du 1er juillet 2011, l’amazigh est consacré comme langue officielle au même titre que l’arabe, ndlr]», a déclaré à Médias 24 Chaker Achahbar, président du parti du peuple (ex-parti du renouveau et de l’équité), lequel parti se trouve derrière cette proposition de loi organique.

Une initiative louable donc, respectueuse de la constitution et répondant aux attentes des défenseurs des droits linguistiques amazigh au Maroc. Toutefois, a-t-elle des chances d’aboutir avec la présence à l’intérieur de l’hémicycle de partis politique fervents et exclusifs défenseurs de la langue de Sibawaih ?

«J’espère que le jour de sa présentation, tous les partis pourront montrer une certaine détermination pour discuter cette proposition de loi, car il s’agit d’une loi essentielle», estime Chaker Achahbar, qui précise que son parti a organisé plusieurs journées d’étude, nécessitant une année de travail et mobilisant plusieurs acteurs de la société civile afin de préparer cette proposition de loi.

Par ailleurs, le Parti du Peuple a été le premier parti politique à proposer une loi organique sur la langue amazighe, le 17 janvier 2013. Mais pour son fondateur, le mérite revient surtout à la société civile.

«Ce sont des idées qui existaient déjà. Et le fond de notre travail a déjà été fait et présenté par des acteurs de la société civile», explique-t-il, en précisant que son parti n’a fait que synthétiser un travail déjà fait tout en lui donnant la forme d’une loi organique. «C’est avant tout un travail collectif», résume-t-il.

Selon le recensement de 2004, le Maroc compte 8,4 millions de citoyens parlant quotidiennement un des trois principaux dialectes berbères du pays. C’est pourquoi la consécration dans la constitution du caractère officiel de la langue amazighe, au même titre que l’arabe, a été accueillie avec une certaine ferveur. Mais le retard constaté dans sa préparation a donné lieu à de multiples interrogations au sein de la société civile.

Cette initiative tombe donc à point nommé et présente surtout le mérite d’ouvrir le débat.

Les principaux points de la proposition de loi

Il s’agit d’un texte de 10 chapitres et de 34 articles, dont nous vous livrons les principaux points:

-Chapitre 1, principes et dispositions générales: il vise à définir les conditions de mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe, son intégration dans l’école et la vie publique, les règles générales relatives à son utilisation, son développement, sa promotion et sa protection.

Il est également précisé dans ce chapitre que l'amazighe est une langue officielle aux côté de la langue arabe, et représente le fondement de la culture marocaine, en étant un héritage et un patrimoine commun chez tous les Marocains. Son écriture se fait par l'alphabet tifinagh, alors que tachelhit, tarifit et tamazight en sont des variétés régionales.

-Chapitre 2, modalités de l'intégration de la langue amazighe dans l'enseignement: ce chapitre définit les étapes et les démarches à suivre pour une intégration totale de la langue amazighe dans le système éducatif marocain.

Son enseignement doit être généralisé à l’ensemble des établissements primaires, secondaires et universitaires. Le début de cette intégration ne doit pas dépasser 5 ans à compter de l'entrée en vigueur de la loi organique.

-Chapitre 3, l'utilisation de l'amazigh dans les administrations publiques et les établissements semi-publics: le texte définit les mesures à prendre et les moyens à mobiliser pour que l’amazighe soit utilisée dans les administrations publiques, les collectivités territoriales, les partis politiques, les syndicats et les organisations professionnelles, les entreprises publiques et les organisations de la société civile, qui plus est s’il s'agit de s'adresser à des citoyens amazighophones.

Les contrats doivent également être rédigés en amaghize en plus de l’arabe. Les concours d’accès à la fonction publique doivent comporter un test sur la connaissance de la langue amazighe.

-Chapitre 4, l'utilisation de la seconde langue officielle dans le domaine judicaire : ce chapitre stipule que les procès devant les tribunaux marocains se dérouleront aussi en langue amazighe.

-Chapitre 5, l'utilisation de la langue amazighe dans le secteur privé: les entreprises privées qui opèrent dans les secteurs de l’industrie, du commerce, de la finance et des services peuvent adopter la langue amazighe dans tous leurs travaux, documents officiels, annonces, interventions et attestations relatives aux employés.

-Chapitre 6 : utilisation de la langue amazighe dans les espaces publics : les sceaux officiels, les logos des ministères et des administrations publiques, les panneaux de signalisation et toute information destinée au public doit être écrite en langue amazighe. Cela concerne aussi les emballages des produits de commerce.

-Chapitre 7, l'utilisation de la langue amazighe dans l'espace audiovisuel et dans le domaine artistique: Toutes les productions cinématographiques et/ou télévisées, et les pièces de théâtre diffusées par les chaines publiques, seront aussi en langue amazighe, être traduites dans cette langue ou bien sous-titrées. L’utilisation de la langue amazighe au niveau de l’audiovisuel et dans les domaines artistiques seront régit par la loi.

-Chapitre 8, mécanismes et cadres de suivi et de développement de la langue amazighe : le texte propose la création d'une académie de la langue amazighe, indépendante financièrement, visant à promouvoir et développer la langue amazighe et à définir sa saine utilisation. Son mode de fonctionnement sera définit par la loi.

-Chapitre 9, la responsabilité : il stipule que le Chef du gouvernement devra présenter une fois par an, lors de la session parlementaire du printemps, un exposé détaillé devant le parlement portant sur la généralisation et la promotion de la langue et la culture amazighes.

-Chapitre 10, les mesures finales : ce dernier chapitre prévoit l'annulation de toute mesure et procédure interdisant l'utilisation de la langue amazighe.

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